Commissariat de police du 6e arrondissement : Un marchand de la mort attente Ă  la vie du commissaire

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L’éducation civique au Mali est en péril. Elle est en proie à des maux qui ont pour noms : incivisme, indiscipline caractérisée, irresponsabilité des parents et de l’Etat. Le commissaire de police du 6e arrondissement a payé le prix fort en voulant interpeller un jeune boucher qui voulait mettre sur le marché la viande de bœuf exposée à la poussière et à la fumée des moteurs.

C’était dans la matinée du 31 octobre dernier quand le commissaire divisionnaire de police Mamoudou Baka Sissoko, car c’est de lui qu’il s’agit, se trouvait devant son commissariat en attendant l’heure du briefing hebdomadaire avec ses chefs de section. Subitement, un motocycliste transportant son camarade, arrive de vers Fadjiguila avec la viande de bœuf exposée à toutes sortes d’intempéries. Pire, le conducteur avait posé ses pieds sur la viande pour mieux rouler dans la poussière en direction du marché de Banconi via le commissariat de police du 6e arrondissement. Quand le commissaire a remarqué le marchand de la mort, il lui fait signe de s’arrêter. Le boucher réalise aussitôt qu’il a affaire avec un policier. Dans un premier temps, il feint de s’arrêter. A peine le commissaire s’est-il saisi du porte-bagages que le pilote a ronflé sa Jakarta, entraînant derrière lui sa victime. Celle-ci, pour éviter de tomber sur la tête, se jette à terre en s’appuyant sur son bras droit sous les yeux étonnés public et de ses agents. Il en est sorti avec sa main droite en lambeaux, des égratignures sur le visage et ses genoux. Le divisionnaire de police Mamoudou Baka Sissoko est vite transporté au centre de santé de référence de Korofina pour les soins, pendant que son agresseur avait réussi à s’échapper.

La brigade de recherche détrousse le malfaiteur

Ce que le boucher n’avait pas compris, c’est qu’après son geste, un autre motocycliste l’avait discrètement poursuivi jusqu’au marché de Banconi où se trouve son lieu de travail. Celui-ci le dénonce aux éléments de la brigade de recherche fortement mobilisés pour faire tomber le délinquant. Le « Lion de Djonkala », l’inspecteur divisionnaire de police Moussa Diarra, chef de la brigade de recherche et ses hommes le cravatent suite à une véritable épreuve de nerf pour le conduire à leur base. Il se nomme Bassirou Coulibaly, né vers 1976 à Bamako, de feu Karamoko et de Fatou Diarra, domicilié à Banconi-Flabougou, chez son feu père. Il est gardé à vue pour les besoins de l’enquête. Cela ne plait pas à Bassirou Coulibaly.

Le boucher déchaîne comme un fauve

Malgré la gravité de son acte, Bassirou Coulibaly ne met pas de l’eau dans son vin. Il nargue sa victime qui voulait le voir à la garde-à-vue, à son retour de l’hôpital. Cette attitude blesse plus d’un policier dont l’inspecteur de police Ibrahim Maïga, chef de la section de police judiciaire. Celui-ci le rappelle à l’ordre. Le boucher prend les remarques du policier pour un manquement à sa personne. Devenu fou furieux, il demande à le faire sortir dans la cour pour croiser le fer avec le policier. Bassirou, comme on pouvait déjà l’imaginer, est vite réduit à sa propre expression. Il est devenu plus calme qu’on ne le pense. L’incident clos, la police procède à son interrogatoire sur procès-verbal. Selon ses déclarations, il venait du marché de Fadjiguila où il se ravitaille habituellement en viande quand un homme l’a signalé au niveau du commissariat de police du 6earrondissement. Ne sachant pas de quoi il s’agit, il a continué son chemin sans encore rien voir et rien sentir. Cette version des faits rapportée par Bassirou Coulibaly s’est effondrée comme un château de cartes lorsque le policier en charge de l’enquête a fait venir les témoins à charge. Devant ceux-ci, le boucher agresseur est devenu totalement muet.

« Je pardonne comme le Pape l’a fait à son agresseur »

Le commissaire divisionnaire de police Mamoudou Baka Sissoko est un homme de cœur. Musulman convaincu, le policier s’en est remis à Dieu. Il dit en ces termes : « c’était écrit que cela m’arriverait. Pourquoi ne pas pardonner à ce pauvre type comme le Pape Jean Paul II l’a fait avec le jeune homme qui a tenté de le tuer. S’agissant d’une éventuelle plainte, j’attends d’abord. Le désistement du patron du commissariat de police du 6e arrondissement peut-il faire éteindre l’action publique ? Le procureur de la République près le tribunal de la Commune I, saisi de l’affaire, appréciera.

Le policier est-il un paria ?

Le policier, avouons-le, est issu du peuple. Tout comme l’agent de santé ou l’enseignant, est un fonctionnaire de l’Etat. Son rôle est de veiller à la sécurité des personnes et de leurs biens. Ce qui fait de lui, le protecteur des autres et l’ennemi numéro 1 des malfaiteurs, des hors-la-loi qu’il arrête et met à la disposition de la justice pour toutes fins utiles. Sa mission combien noble fait que ceux-là qui se reprochent quelque chose ne le portent pas dans leur cœur. Or, sans ce policier tout serait sens dessus, sens dessous. Sans être l’avocat du diable comme certains peuvent déjà le penser, le commissaire divisionnaire de police Mamoudou Baka Sissoko n’a fait que son travail, c’est-à-dire empêcher le boucher d’écouler la viande impropre sur le marché dont les conséquences sont catastrophiques pour la santé humaine. Ce qui lui est arrivé, mérite une grande réflexion.

O. BOUARE

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