16è édition de l’espace d’interpellation démocratique (EID) : « L’EID est devenu un marché de dupes » dénonce une interpellatrice

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Pour nombre de Maliens, l’Espace d’interpellation démocratique n’a plus de sens. Il a même été qualifié de « marché de dupes » par un interpellateur samedi dernier lors de son édition de cette année. Pour donner un nouveau départ à ce créneau populaire, son organisation et son  suivi seront désormais confiés au bureau du Médiateur de la République. C’est ce qu’ont révélé les assises de la 16ème édition de l’EID qui se sont déroulées le samedi dernier au Centre international de conférence de Bamako (CICB).

C’est sous la supervision de Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé, Premier ministre  et en présence de plusieurs membres de son gouvernement dont le ministre de la Justice Garde des Sceaux, Marahafa Traoré et celui de l’Administration Territoriale le général Kafougouna koné, du président du jury d’honneur Me. Moustapha Cissé, des représentants des organisations de la défense des droits humains, des victimes d’abus ou de l’autorité de l’Etat et le public que l’édition 2011 de L’Espace d’Interpellation Démocratique (EID), s’est déroulée samedi dernier au Centre international de Conférences de Bamako. Cette rencontre annuelle permet aux Maliens  estimant leurs droits violés de s’adresser directement  aux membres du gouvernement et de faire des réclamations concernant le fonctionnement des services publics. Il se tient chaque 10 décembre et cela depuis 1996 dans notre pays.  Comme pour fêter la date anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, la 16e édition de l’EID a  enregistré 96 interpellations et la plupart d’elles s’articulaient autour des problèmes fonciers. Sur ces 96 dossiers, 22 ont été retenus pour être lus devant le public et retransmis en direct sur les ondes de la chaine nationale. Ainsi,  9 des 22 interpellations directes concernent les litiges fonciers et ont été adressées directement au département de l’Administration territoriale et des Collectivités locales et le reste était adressé aux ministères des Affaires étrangères, de la Justice, de l’Education, de la Santé, de la Sécurité Intérieure et des Equipements et du Transport.

 Devant un jury composé de 9 membres, présidé par Me. Moustapha Cissé,   des membres du gouvernement et de responsables d’associations de défense des droits de l’homme, les interpellations ont été lues au nombre de 20 car deux ont été retirées à la dernière minute. Il s’agit de celle du capitaine Balla Diakité et d’un autre interpellateur dont les raisons n’ont pas été élucidées. Si l’existence de cette tribune active et pédagogique à l’implantation d’une culture démocratique et à l’impulsion d’une politique de promotion et de protection des droits et libertés des citoyens, est salutaire,  les plaignants la considèrent désormais comme un saupoudrage, voire du bluff médiatique car la plupart des recommandations formulées reste à l’état d’intention. D’où la colère de cette interpellatrice, Mme Sow Fatoumata Fofana de l’Association de développement du secteur de Sotuba (ADSS) qui s’en est prise aux membres du gouvernement « l’EID est devenu un marché de dupes et qu’il ne répond plus aux attentes des citoyens». Cette dame dénonçait  l’installation par le richissime libano malien M. Aïchar en violation flagrante de tous les textes de la République du Mali, d’une usine de détergents sur une parcelle à usage d’habitation empoisonnant les habitants du lieu. Malgré l’interpellation lors de l’EID de 2010, cet operateur est décidé d’aller jusqu’au bout de son projet machiavélique « au nez et à la barbe des autorités maliennes grâce à la magie de l’argent ». « Un exemple parmi tant d’autres où l’Etat ne fait que rêver les pauvres citoyens. Car aujourd’hui, selon les observateurs, la justice malienne est au service des nantis. Alors à quoi sert l’EID ? Si ce n’est que de mettre le couteau dans les plaies. Et combien coute la tenue d’une édition ? », s’est exclamé Dame Sow.

 

1 milliard sur 114 milliards recouvré

Le bilan de la précédente édition est médiocre en termes de satisfaction des victimes et de fonds recouvrés. Toute chose qui confirme les propos des citoyens. Et le plus écœurant est que le terme « Manque à gagner » ressort dans le discours du ministre de la Justice Marahafa Traoré. Ce terme qui était au centre d’une grande polémique en 2010 entre  le gouvernement de  Modibo Sidibé et l’ex Vérificateur général, Sidi Sosso Diarra au prétexte que ce terme n’existe pas le lexique judiciaire. De qui se moque- t- on alors ? Voici ce que le ministre de la Justice a pourtant dit : « 21 affaires ont fait l’objet de justifications ou de versements au Trésor public au cours des enquêtes pour un montant compromis ou « MANQUE A GAGNER » de 114 728 876 645 F CFA qui se présente ainsi : sommes justifiées par les pièces : 88 761 250 310 F CFA ; sommes versées au trésor : 1 123 256 702 F CFA ».

Ces chiffres sont du pôle économique et financier de Bamako pour la période du  janvier-  septembre 2011.

Pour l’avenir, il  a  été décidé de confier au Médiateur de la République la responsabilité de l’organisation de l’Espace d’Interpellation Démocratique et du suivi de la mise en œuvre de ses recommandations conformément au projet de reforme politique d’ATT. En marge de cette cérémonie, le Premier ministre a donné le coup d’envoi des activités de la semaine des détenus au CICB.

 

  Aliou Badara Diarra


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