16ème édition de l’Espace d’interpellation Démocratique (Eid) : L’APDF épingle le Code des personnes et de la famille adopté par l’Assemblée nationale le 2 décembre 2011

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A l’occasion de la 16ème édition de l’Espace d’interpellation démocratique (EID) tenue le 10 décembre dernier, l’Association pour le Progrès et la Défense des droits des Femmes (APDF) a tiré à boulets rouges sur le tout-nouveau Code des personnes et de la famille adopté par l’Assemblée nationale le 2 décembre 2011. Le Code, qualifié de consensuel par plusieurs milieux est, selon l’APDF, «contraire à la Constitution et en deçà des attentes du peuple malien».

Tous la présidence du jury d’honneur et en présence du Premier ministre  Cissé Mariam Kaïdama Sidibé et des membres du gouvernement, du président du Haut conseil des collectivités territoriales, Oumarou Ag Mohamed Ibrahim Haïdara, l’Espace d’interpellation démocratique a, une fois de plus, respecté la tradition en tenant sa 16ème édition, le dimanche dernier, dans la salle des 1000 places du Centre international de conférences de Bamako.

Elle était organisée sous l’égide du ministère de la Justice avec une forte implication des associations de la société civile et de défense des droits de l’Homme. La Commission de dépouillement de cette 16e édition a reçu 96 dossiers de la part des citoyens qui s’estiment victimes d’abus de la part de l’autorité. Après examen, ce sont une trentaine de dossiers qui seront retenus pour être lus à cette 16ème édition de l’EID.

Comme à l’accoutumée, les ministères épinglés par les interpellateurs sont ceux en charge de l’Administration territoriale, de la Justice, du Logement et des affaires foncières, de la Sécurité et de la protection civile, de l’Economie et des finances, de l’Education, de l’Equipement et des transports, du Travail et de la fonction publique, de la Défense et des anciens combattants, du Développement social et des Affaires étrangères.

Si, d’année en année, les Maliens suivent avec un intérêt certain, en direct sur l’Ortm (télé et radio), cela est dû fondamentalement au fait que le citoyen moyen, sans ressources, ploie sous le lourd fardeau des injustices et abus de la part de certains de nos gouvernants. N’ayant d’autre recours, ou ayant épuisé tous les recours, le citoyen lambda vient demander secours auprès de l’EID, institué par les autorités dans le but qu’elles puissent, elles-mêmes, prendre connaissance et corriger certains de ces abus.

 Lors de cette dernière édition, c’est le foncier qui aura ravi la vedette comme toujours. Les riches ne s’embarrant, parfois, d’aucun scrupule pour spolier les pauvres, les sans-soutiens et cela au vu et au su de ce nous appelons maires, préfets,  gouverneurs ou ministres. Ce qui donne l’allure, quelque fois, d’un pays à deux vitesses : d’un côté les riches adossés aux deniers publics et de l’autre…la masse des pauvres qui ne sont en droit d’attendre aucun rotin de l’Etat. Devenu pour les premiers une vraie vache laitière inépuisable.

Dans le concert des interventions qui ont émaillé cette journée du dimanche 10 décembre, rares ont été les contributions à la hauteur de cet événement à forte symbolique démocratique. Certes, chaque ministre interpellé a fait preuve d’humilité pour répondre aux préoccupations exprimées dans les dossiers des citoyens interpellateurs. Sans, toutefois, qu’on puisse saisir la réalité de certaines décisions prises dans le but de réparer telle ou telle injustice, tel ou tel abus d’autorité. Un constat qui fera dire que "l’EID est devenu un véritable marché de dupes", selon une interpellatrice.

C’est l’APDF, à travers sa représentante Mme Diawara Bintou Coulibaly, qui a rompu le concert d’éloges à notre démocratie pour remuer le couteau dans la plaie.

En effet, malgré tout ce qui se raconte, la très respectueuse association de défense des droits de la Femme dira, du haut de la tribune de cette 16ème édition,  que "le Code des personnes et de la famille adopté le 2 décembre 2011, n’est pas conforme à la Constitution, et il est en deçà des attentes du peuple malien. Il constitue un retard de plus de 50 ans par rapport aux avancées que le Chef de l’Etat a bien voulu exprimer en terme de défense et de protection des droits des femmes et des enfants dans notre pays".  Tout en saluant la présence des femmes dans des instances de décision, l’APDF souhaite maintenant l’adoption d’une loi sur la parité, la violence domestique et celle basée sur le genre. (A lire dans notre prochaine édition, les recommandations issues de cette 16ème édition de l’EID).

 

Mamadou FOFANA

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.