Afri’Actu* : Le cas d’Hissène Habré

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Ce samedi 8 juillet 2011, le monde entier apprenait, par la voix du ministre porte-parole du gouvernement sénégalais, le renvoi sinon l’expulsion de l’ancien président Hissène Habré vers son pays. Satisfaction pour les uns, stupéfaction et indignation pour les autres dont les avocats de l’ex « homme fort »  de N’djaména.

Sommes-nous face à une manœuvre dilatoire du gouvernement sénégalais pour détourner l’attention des populations des vrais problèmes de la nation ?

 Est-ce, comme le prétend, le ministre sénégalais, « une décision motivée par les recommandations de l’Union Africaine (UA) à Malabo ? Ou bien s’agit-il de conforter l’opinion internationale, en l’occurrence occidentale, qui veut à tout prix juger l’ex-président par ses juridictions ?

Une chose est sûre, la Belgique a toujours affiché avec insistance sa volonté de juger Hissène Habré, exilé au Sénégal depuis 1990. Cela en vertu d’une loi belge dite de « compétence universelle », activée dès lors qu’au moins un citoyen de nationalité belge est concerné. Fort heureusement, Mme Pillay, Haute commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, après que le gouvernement sénégalais a renoncé au jugement de l’ex-président, a émis des doutes sur la mesure. Selon elle, cette mesure risque de constituer « une violation du droit international », car il s’agit de renvoyer un homme dans son pays où il est accusé de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de tortures, où il risque lui-même la torture et la mort et où, du reste, rien ne lui garantit un procès juste.

D’autant qu’il a, déjà, été condamné à mort par contumace  au Tchad pour ses crimes présumés de 1982 à 1990. La Haute commissaire a été entendue puisque le gouvernement sénégalais a suspendu sa décision d’expulsion. Pourquoi la Belgique veut-elle tant l’extradition de l’ancien président tchadien chez elle en vertu de sa loi dite de « compétence universelle» ? Simplement les Occidentaux en général et les Européens en particulier, pensent que les africains ne sont pas capables d’offrir un procès équitable en la matière, la requête de l’avocat américain Reed Brody, de Human Rights Watch (organisation non gouvernementale américaine) en est l’illustration  la plus flagrante, car ce dernier estime que « l’extradition d’Hissène Habré en Belgique est désormais la seule option pour qu’il répondre des accusations contre lui lors d’un procès équitable ».

Une fois de plus les Occidentaux pensent, de la façon la  plus flagrante, la plus outrageuse, la plus cynique, que les Africains ne sont pas en mesure de résoudre leurs différends ou contentieux juridiques. Pour ma part, si Hissène Habré devrait être jugé, la meilleure juridiction serait africaine et non internationale, quand nous savons que les dirigeants occidentaux, à commencer par ceux USA, de l’Angleterre, surtout de la France, sont eux-mêmes des criminels de guerre passibles de poursuites judiciaires. Mais leur puissance économique et militaire les met au-dessus des juridictions internationales en les rendant impunissables. 
* Par Gaoussou Madani TRAORE

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