Cablegates ou les murmures de l’oncle Sam de Amadou Wane

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TiĂ©bilĂ© DramĂ© en 2009 dĂ©sapprouvait  la dĂ©cision du Mali d’utiliser des milices irrĂ©gulières pour combattre les rebelles touaregs et critiquait les États-Unis pour avoir condamnĂ© le gĂ©nocide au Soudan MAIS PAS CELUI AU NORD DU MALI

Le 2 fĂ©vrier 2009, TiĂ©bilĂ© DramĂ©, fondateur du PARENA et plusieurs fois, candidat Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle, a rencontrĂ© des officiers amĂ©ricains chargĂ©s des Affaires politiques Ă  l’Ambassade des États-Unis Ă  Bamako. La discussion Ă©tait centrĂ©e sur les Ă©lections et la situation sĂ©curitaire au Mali. DramĂ© Ă©tait extrĂŞmement critique envers les États-Unis et particulièrement le DĂ©partement d’Etat, qui avait qualifiĂ© les Ă©lections maliennes de  « gĂ©nĂ©ralement libres et justes ».

Dans sa critique, DramĂ© est allĂ© plus loin que Bocary TrĂ©ta en accusant les amĂ©ricains d’ĂŞtre complices dans l’injustice des Ă©lections prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives de 2007. DramĂ© a recueilli 3% des voix durant l’Ă©lection de 2007. Selon lui, le Mali avait une bonne rĂ©putation Ă  l’Ă©tranger et les partis de l’Opposition ont fait de leur mieux pour prĂ©server cette rĂ©putation, car elle constituait un atout important pour le dĂ©veloppement Ă©conomique du pays. Cependant, DramĂ© se plaignit d’une dĂ©connexion entre l’image du Mali Ă  l’Ă©tranger et la rĂ©alitĂ© de la dĂ©mocratie malienne sur le terrain. Il affirma que les Ă©lections de 2007 Ă©taient les plus frauduleuses de l’histoire du Mali et que les institutions gouvernementales d’alors Ă©taient donc illĂ©gitimes puisqu’elles Ă©taient basĂ©es sur cette fraude. DramĂ© rĂ©pĂ©ta bon nombre des accusations de fraudes formulĂ©es par les dirigeants de l’Opposition. Il accusa le gouvernement d’avoir manipulĂ© les listes d’inscription permettant ainsi Ă  de nombreux partisans d’ATT de voter plus d’une fois. Le gouvernement avait confiĂ© le contrat d’impression des bulletins de vote Ă  une entreprise dirigĂ©e par un partisan d’ATT.  DramĂ© dit avoir vu des bulletins prĂ©-marquĂ©s pour ATT quelques jours avant l’Ă©lection et qu’un bourrage massif de bulletins de vote avait eu lieu. Ce qui expliquait pour lui une anomalie oĂą le nombre de votes Ă©tait de 108% du nombre total d’Ă©lecteurs inscrits. Après avoir Ă©numĂ©rĂ© divers exemples de fraudes Ă©lectorales, DramĂ© demanda comment les États-Unis et d’autres observateurs internationaux avaient pu qualifier les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2007 comme libres et justes.

DramĂ© remarqua que la DĂ©lĂ©gation GĂ©nĂ©rale aux Elections (DGE) Ă©tait contrĂ´lĂ©e, non pas par un civil, mais par un colonel de l’ArmĂ©e malienne, Siaka SangarĂ©, un proche d’ATT. Il souligna Ă  maintes reprises que mĂŞme le colonel doutait de la fiabilitĂ© des registres Ă©lectoraux et qu’il pensait qu’il serait impossible de tenir des Ă©lections libres et Ă©quitables dans de telles conditions. Il se plaignit ensuite de la politique amĂ©ricaine de deux poids, deux mesures et conclut que les États-Unis ne pensaient pas que les maliens mĂ©ritaient une vĂ©ritable dĂ©mocratie.

DramĂ© a Ă©galement exprimĂ© sa prĂ©occupation au sujet du dĂ©ficit budgĂ©taire croissant et avertit qu’il avait atteint un stade critique. Il attribua le dĂ©ficit aux exonĂ©rations fiscales accordĂ©es par le gouvernement aux alliĂ©s politiques, produisant ainsi une baisse spectaculaire des recettes publiques.

Concernant, le conflit dans le nord du Mali, DramĂ© compara la situation au conflit au Darfour. Il dĂ©sapprouva la dĂ©cision du Mali d’utiliser des milices irrĂ©gulières pour combattre les rebelles touaregs et reprocha au gouvernement d’avoir laissĂ© le nord du pays se transformer en un havre pour les preneurs d’otages. DramĂ© fit une remarque qui parut assez Ă©trange aux yeux de ses interlocuteurs amĂ©ricains. Il critiqua les États-Unis pour avoir condamnĂ© le gĂ©nocide au Soudan mais pas celui au nord du Mali. Pensait-il que le Mali avait commis un gĂ©nocide au nord ? Et contre qui ce gĂ©nocide aurait Ă©tĂ© commis ? C’est une accusation sĂ©rieuse venant d’un grand leader politique comme TiĂ©bilĂ© DramĂ©.

Les accusations de fraudes Ă©lectorales massives ne devraient cependant pas occulter deux points de prĂ©occupation valables : les registres Ă©lectoraux peu fiables et le manque d’indĂ©pendance politique des institutions responsables de l’administration des Ă©lections. Le nombre d’Ă©lecteurs a augmentĂ© de près de 20%, passant de 5,7 millions d’Ă©lecteurs Ă©ligibles aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 2002 Ă  6,8 millions en 2007. Un fonctionnaire de l’agence française de dĂ©veloppement (AFD), qui travaillait avec le Ministère de l’Administration territoriale, a dĂ©clarĂ© que la base de donnĂ©es Ă©lectorale Ă©tait entièrement contrĂ´lĂ©e par les militaires maliens qui, de l’avis de ce fonctionnaire, affichaient une aptitude douteuse Ă  gĂ©rer des bases de donnĂ©es informatiques.

La prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle prĂ©vue pour 2018 sera une Ă©lection cruciale pour la stabilitĂ© du Mali. Pour prĂ©server l’intĂ©gritĂ© de l’Ă©lection et Ă©viter les tensions, il est important que la base de donnĂ©es des Ă©lecteurs soit contrĂ´lĂ©e par une structure qui est politiquement indĂ©pendante. La sociĂ©tĂ© civile doit aussi avoir accès Ă  cette base de donnĂ©es pour s’assurer de son intĂ©gritĂ© et de sa fiabilitĂ©.

Amadou O. Wane

Collaborateur externe,

Floride, Etats-Unis

amadou@amadouwane.com

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