Chronique satirique: Les mauvais diables de la primature

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Tous les premiers ministres maliens qui ont tentĂ© l’aventure de Koulouba se sont fracassĂ© le nez. De mauvais diables postĂ©s Ă  la primature leur portent la poisse et gâchent leur festin. Cheick Modibo Diarra, le Martien, les vaincra-t-il ?

 Les anciens racontent que quiconque entame la recherche du pouvoir Ă  partir de la ville de BafoulabĂ© n’atteindra jamais son but. Simple superstition ? En tout cas, autant BafoulabĂ© traĂ®ne une triste rĂ©putation, autant la primature, au Mali, porte malchance Ă  son titulaire chaque fois que celui-ci a voulu monter en grade et devenir calife Ă  la place du calife.

Premier chef de gouvernement victime des mauvais diables de la primature, Ibrahim Boubacar KĂ©ita ne nous dĂ©mentira pas. Cet homme  qui parle comme un livre et roule le latin Ă  ses heures perdues, a dirigĂ© le gouvernement 6 ans durant – un record ! CĂ©rise sur le gâteau, il tenait aussi les rĂŞnes du parti au pouvoir, l’Adema, qui alignait plus des deux tiers des dĂ©putĂ©s et des maires. De surcroĂ®t, IBK bĂ©nĂ©ficiait d’une popularitĂ© inĂ©galĂ©e après avoir jetĂ© en taule le leader estudiantin YĂ©hia Ould Zarawana et ses troupes de casseurs urbains qui avaient prĂ©cipitĂ© le dĂ©part de deux premiers ministres. IBK, fort de tous ces atouts, avait renoncĂ© Ă  briguer, comme l’y invitaient les AmĂ©ricains, le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de l’ONU, convaincu de succĂ©der bientĂ´t, inch Allah, Ă  son frère et ami Alpha Oumar KonarĂ©. Mais voilĂ : au moment oĂą IBK voguait tranquillement vers l’objectif suprĂŞme, de lourdes tuiles surgies on ne sait oĂą lui sont soudain tombĂ©es sur la tĂŞte. Une meute de “rĂ©novateurs” le chassa sans mĂ©nagement du parti et du gouvernement; quelques mois plus tard, tous ses proches furent balayĂ©s des hautes sphères de l’Etat et sevrĂ©s des marchĂ©s publics. Quand, malgrĂ© tout, IBK, Ă  la tĂŞte du RPM (son nouveau parti), parvint Ă  gagner la prĂ©sidentielle de 2002, il fut gentiment soulagĂ© de sa victoire par les 9 sages de la Cour Constitutionnelle qui ne se gĂŞnèrent point de jeter au panier 600 000 voix exprimĂ©es en faveur du candidat. Le pauvre IBK n’avait plus, en vĂ©ritĂ©, que ses yeux pour pleurer mais comme il avait fait le pèlerinage de la Mecque et mentionnait souvent le saint nom d’Allah au dĂ©but de ses discours, il aura, au moins, la consolation de prĂ©sider l’AssemblĂ©e Nationale. PrĂ©sider quelque chose, c’est toujours mieux que de planter des choux ou de jouer au tiercĂ©, n’est-ce pas?

MandĂ© SidibĂ©, malgrĂ© son grand âge, n’a pas tirĂ© les leçons de la mĂ©saventure d’IBK. Premier ministre du prĂ©sident KonarĂ© et ex-chef de la BCEAO, le compère avait de l’argent et de l’influence qu’il mit vite au service de ses ambitions prĂ©sidentielles. MandĂ© avait, hĂ©las, oubliĂ© que la primature portait la poisse et, pour parapraser Laurent Gbagbo, il confondit la foule et le peuple. RĂ©sultat des courses: MandĂ© ne glanera que 3% des voix aux Ă©lections, juste devant le cĂ©lèbre troubadour Maribatrou Diaby.

Modibo SidibĂ©, frère cadet de MandĂ© (eh oui, mes amis!), aurait dĂ» poser quelques questions Ă  l’intĂ©ressĂ© avant de s’Ă©lancer ern terrain inconnu. Mais comme Modibo, le Abdou Diouf malien, Ă©tait docteur en criminologie et, après avoir trustĂ© les ministères et fini Premier ministre, avait la toute-confiance du chef de l’Etat, il n’avait que faire de conseils. Il croyait avoir partie gagnĂ©e d’avance et se prĂ©parait Ă  ne faire qu’une bouchĂ©e de ses concurrents lors du scrutin d’avril 2012. Et puis patatras! DĂ©valant, sans crier gare, la colline de Koulouba et obligeant le “Vieux Commando” Ă  fuir nuitamment son palais, des soldats ont pris le pouvoir le 22 mars 2012, bien dĂ©cidĂ©s Ă  “restaurer l’Etat” et Ă  “redresser la dĂ©mocratie”. Vaste programme qui se situait aux antipodes de celui de Modibo SidibĂ©, sans doute, puisque ce dernier n’aura plus la paix. On aurait dit que toute la merde du nord-Mali avait Ă©tĂ© transportĂ©e Ă  son domicile. TantĂ´t, on le rĂ©veille au petit matin pour l’emmener dans une caserne; tantĂ´t, on le traĂ®ne  dans une gendarmerie; et tantĂ´t on le fait asseoir toute la journĂ©e sous un arbre de camp, Ă  regarder les moutons paĂ®tre. A ce train, le bonhomme n’aurait pas du tout tort de s’inscrire sur les listes du HCR ou de la Croix Rouge…

Avant cette petite foule de premiers ministres, c’est Zoumana Sacko, chef du gouvernement de transition (1991), qui a subi les foudres des mauvais diables de la Primature. RĂ©putĂ© grand gestionnaire pour avoir rĂ©gularisĂ© les salaires sous le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral Moussa TraorĂ©, Zoumana Sacko a Ă©tĂ©, Ă  la satisfaction gĂ©nĂ©rale, appelĂ© Ă  diriger le gouvernement de transition après la RĂ©volution du 26 mars 1991. Il rĂ©ussit Ă  mener le bâteau Transition Ă  bon port et quitta ses fonctions sous les Ă©loges de tous. Petit problème: Zou a cru pouvoir, en 1997, Ă´ter le pain de la bouche du prĂ©sident KonarĂ© en venant briguer son fauteuil. Ce que Zou ne savait pas, c’est que KonarĂ©, soucieux de gagner un second mandat, avait piĂ©gĂ© le scrutin prĂ©sidentiel:  les listes Ă©lectorales bidon fabriquĂ©es pour la circonstance ne laissaient aucune chance de festin Ă  un autre concurrent, fĂ»t-il ancien premier ministre. Zou, voyant la messe dite et les carottes cuites, se retrouva  avec les opposants radicaux du Coppo. Or, contrairement Ă  Bâ Mountaga, Choguel et autres, Ă  qui la faim donnait Ă  l’Ă©poque une grande agilitĂ© physique, l’ancien premier ministre, rĂ©pu de beurre et de mayonnaise, n’avait guère l’habitude des marches avec barricades: il fut donc, un beau jour, cueilli par les forces  de l’ordre qui lui cassèrent, dit-on, un os et l’inondèrent copieusement de gaz lacrymogène. Depuis cet Ă©vĂ©nement, oĂą son mythe laissa de grosses plumes, l’homme est candidat Ă  chaque scrutin mais en sort toujours brĂ©douille s’il arrive, bien entendu, que le scrutin se tienne.

A prĂ©sent, les regards se tournent vers Cheick Modibo Diarra, l’actuel chef du gouvernement de transition. RĂ©sistera-t-il Ă  la tentation prĂ©sidentielle ou bien vaincra-t-il de vive force les mauvais diables de la Primature ? A priori, pour peu qu’il parvienne Ă  les voir de ses propres yeux, Diarra n’aura aucune peine Ă  terrasser les diables : il dispose, en effet, d’une carrure de lutteur sĂ©nĂ©galais, d’une voix Ă  effrayer tout gĂ©nie malfaisant et d’une gĂ©nĂ©alogie royale remontant Ă  l’illustre Da Monzon de SĂ©gou. Sur ses prĂ©dĂ©cesseurs Ă  la Primature, Cheick Modibo a aussi l’avantage de ne pas ĂŞtre un Malien ordinaire. D’abord, c’est un Maliano-AmĂ©ricain, donc un AmĂ©ricain: or il se dit que les diables n’ont pas de prise  sur les Blancs ou ce qui y ressemble. Ensuite, Diarra est un astrophysicien qui a visitĂ© la planète Mars, un lieu que les gĂ©nies eux-mĂŞmes ne peuvent atteindre, malgrĂ© leurs milliers d’ailes. Alors, Diarra, futur vainqueur des diables ? Qui vivra verra. En tout cas, notre ami ne devrait pas pĂ©cher par excès de confiance. DĂ©jĂ , les diables semblent avoir marquĂ© un bon point. Ils ont obligĂ© Diarra Ă  dĂ©voiler trop tĂ´t ses ambitions prĂ©sidentielles, se mettant aussitĂ´t Ă  dos les militaires, dont le puissant colonel-ministre de l’Administration territoriale. Pour ne rien arranger, la CEDEAO, qui aime mettre son nez Ă  toutes les fenĂŞtres, a dĂ©crĂ©tĂ© qu’aucun membre du gouvernement de transition ne pourrait se porter candidat Ă  la prĂ©sidentielle de 2013. La meilleure feinte que Cheick Modibo Diarra pourrait infliger aux diables, c’est peut-ĂŞtre tout bonnement de renvoyer les Ă©lections aux calendes…maliennes ou de la conversion de Iyad Ag Ghali au christianisme. Histoire de prolonger le festin de la transition…

 

Tiékorobani

 

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3 COMMENTAIRES

  1. C’est vrai on reprochait pas mal de choses Ă  Modibo après le putsch. Mais avec le temps on s’est rendu compte qu’iL a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© Ă  maintes reprises pour rien. QUE DIEU SAUVE LE MALI.

  2. Vous racontez du n’importe quoi: Modibo SIDIBE est le seul sur lequel se sont acharnĂ©s les imbĂ©ciles de Kati et depuis il est en paix chez lui!
    Des maliens ordinaires qui refusent l’injustice, la barbarie et l’ignominie sont entrain de rejoindre les partisans de Modibo SIDIBE pour la future prĂ©sidentielle. Car, estiment-ils, on ne peut pas avoir autant d’acharnement sur un seul homme. Et vous savez que le malien n’aime pas qu’on s’en prenne indĂ©finiment Ă  quelqu’un: rappelez vous IBK en 2002!!!
    Aujourd’hui, c’est Modibo SIDIBE la victime!!!

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