Infos ou intox – Généraux et épouses de bidasses

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La semaine dernière, la presse a largement relayé certaines choses. D’abord, ces deux généraux, ex et actuel chef d’Etat, qui se sont retrouvés côte à côte pour enterrer un autre général, ancien ministre. Le fait n’aurait rien d’insolite si le général, actuel président, n’était pas le tombeur de l’autre. Moussa Traoré, en effet, après plus de vingt-deux ans de règne, a réussi à se mettre la peuple sur le dos, entrainant un soulèvement populaire dont a profité ATT pour prendre le pouvoir. Il perdure depuis dix ans. Quant à l’enterré, il a été le puissant ministre du défunt régime. Il a eu droit à tous les honneurs militaires dus à son grade.

 

Un autre général, dont les policiers demandaient depuis longtemps le départ de la tête de leur département, Sadio Gassama, est depuis peu le ministre de la Défense et des anciens combattants. ATT, qui a décidé de muscler son attitude et de hausser le ton face aux nouveaux saigneurs du désert, veut que son ami général serve enfin à autre chose qu’à gérer une police fortement syndicalisée et complètement divisée. Les policiers étaient tellement remontés contre la hiérarchie qu’ils ont failli marcher le même jour que ces dames.
Elles n’ont pas pour époux des généraux, peut-être même pas des officiers. Leurs maris composent la troupe envoyée au nord pour casser du rebelle. Seulement, depuis le départ des troufions, elles n’ont pas de leurs nouvelles, ne savent même pas s’ils sont en vie et, pire, elles n’ont que des informations négatives sur leur compte. Et du coup demande au chef de l’Etat des comptes. ATT les a reçues à Koulouba, les a rassurées, leur  a promis de les mettre au parfum chaque fois que cela est nécessaire. Toutefois, malgré les bonnes dispositions du chef suprême des armées, il n’a pas pu donner aux épouses éplorées ce qu’elles souhaitent par-dessus tout entendre. A savoir que leurs chéris seront bientôt de retour ou bien qu’ils seront épaulés par les nombreux officiers qui se baladent à Bamako où ils n’ont rien à faire.
La marche de protestation des épouses de militaires au front n’était pas pour déplaire à certains, pour de toutes autres raisons. Il s’agit des vandales et des prédateurs qui ne perdent jamais une occasion de ce genre pour casser et piller. A Kati, Bamako et Sikasso, ils ont donc accompagné les femmes, et pendant que celle-ci s’inquiétaient du sort de leur moitié, ils s’en sont pris aux boutiques et magasins bien fournis de membres de communautés arabes, maures et touaregs, sous prétexte qu’au nord, ce sont des Arabes, des Maures et des Touaregs qui sont en train de tuer des soldats.
Le soldat en chef, ATT, est vite sorti de ses gonds pour demander aux populations de ne pas faire de l’amalgame. Il a aussitôt entrainé dans son sillage les associations musulmanes qui ne perdent plus aucune occasion de s’exprimer sur la moindre question, histoire de ne pas tomber dans les oubliettes politiciennes. Mais pour une fois, elles ont eu raison de suivre le général dans son raisonnement. Selon lequel, les insurgés et déserteurs qui sont en train de mettre le pays à feu et à sang, qui sont en train de terroriser les populations civiles, ne constituent qu’une infime portion d’aventuriers. Il est vrai, ils pourraient bénéficier de complicités au sein de leur communauté de base, un ami, un frère, un parent qui vous refilent des infos. Mais comment les reconnaitre ? Comment savoir qui est complice et qui est innocent ?
ATT a lui-même été accusé d’être le complice d’un rebelle depuis qu’un militaire a avoué avoir retrouvé le nom du président dans le répertoire du téléphone satellite d’un ennemi. Vrai ou faux, en tout cas la chose est possible. ATT qui ne cesse de prôner le dialogue et les négociations, que ses amis blancs viennent de «conseiller» dans ce sens, peut très bien être le plus normalement possible en contact avec l’ennemi MNLA. Sinon comment fera-t-il pour les pourparlers ?
Dans les années 90, les membres du MFUA, «démocrates en armes » selon ceux qui voulaient instrumentaliser leur combat et en faire des alliés contre le pouvoir central, « frères égarés» selon le mot de Moussa Traoré qui voulaient amadouer des rebelles prêts à tout, ces membres des MFUA, donc, étaient en étroites relations avec les uns et les autres, les plus hautes autorités de l’époque comme le mouvement dit démocratique. Et beaucoup de fausses promesses ont été échangées. Il n’y a que les niais pour croire à certaines choses. Comme par exemple que le chef de l’Etat ou certains responsables de partis politiques n’ont pas les numéros des chefs du MNLA.
Ils connaissent tous le chemin de l’ambassade d’Algérie et savent y avoir la très bonne information sur tout ce qui concerne une rébellion au nord du Mali.
Cheick Tandina

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