Infos ou intox ? Dioncounda et IBK élus avant l’heure ?

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Serait-on déjà au 09 juin 2012 ? On le dirait, certains partis politiques, dont la CNAS, seraient victimes de plusieurs formes d’ostracisme et de discrimination de la part de l’administration. Beaucoup d’observateurs ont critiqué déjà la répartition du temps d’antenne entre certains partis proches de la majorité gouvernementale et ceux qui osent émettre quelques critiques sur la gestion des affaires publiques. C’est sans doute pour corriger les nombreux dysfonctionnements de la chaine nationale qu’on a fait appel à Bally Idrissa Sissoko. Le nouveau directeur général de l’ORTM est en train de nettoyer les «écuries d’Augias » et d’exterminer la vermine. Les autorités en feront-elles autant pour d’autres médias de service public ?

Car apparemment, l’ORTM n’est pas le seul à pratiquer la politique de «deux poids, deux mesures» L’AMAP (Agence malienne de presse et de publicité), qui bénéficie également et surtout des largesses du trésor public, aurait également décidé de fausser le jeu démocratique. Propriétaire et gestionnaire des panneaux publicitaires et d’affichage, l’AMAP, selon un responsable politique, entend également gérer le contenu des messages que lui apportent ses clients. Une formation politique qui prépare son premier congrès ordinaire s’est vu proposer un changement de son slogan, sous prétexte que son message originel ne plairait pas à Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée nationale, candidat à la prochaine présidentielle, proche d’ATT, et à Ibrahim Boubacar Kéita, ancien président de l’Assemblée nationale, candidat à la prochaine présidentielle, proche d’ATT. Cela ne plairait pas non plus à Modibo Sidibé ou au PDES, dont les affiches inondent la ville et les campagnes.

L’AMAP n’est pas seulement un média d’Etat. Elle est surtout un patrimoine familial géré depuis des décennies par un clan, selon le mot de l’éphémère (pendant trois mois en 1991) directeur de la RTM (Radio télévision du Mali), Mamadou Kaba. Un puissant clan qui a pris en otage la politique d’information et de communication des gouvernements successifs. Selon M.KABA qui en a fait les frais, ce clan ne frappe jamais directement et agit dans les salons pour discréditer tous ceux qui ont des velléités d’objectivité et de neutralité dans le traitement de l’information. Il s’adapte à tous les régimes et s’accommode de tous les pouvoirs. Nombreux journalistes professionnels qualifiés, diplômés et expérimentés, parait-il, ont été mis à la touche pour avoir osé vouloir travailler en toute liberté, dans la transparence. Comme ce clan appartiendrait prétendument au Mouvement citoyen dont s’est prétendument prévalu Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré, on serait étonné de voir se libérer l’espace médiatique public par un renouvellement objectif de sa direction et une restructuration nécessaire à l’atteinte de ses véritables missions qui ne sont pas de servir le prince du jour ou le monarque attendu pour demain.

ATT doit se demander pourquoi son projet de réformes institutionnelles et politiques, malgré son adoption par les députés censés représentés le peuple, ne bénéficie pas de l’accueil populaire escompté. Une grande part de l’échec de la mobilisation est à imputer à la stratégie de communication officielle handicapée par la méfiance et la défiance du citoyen lambda, vis-à-vis des messages officiels. Ou plutôt vis-à-vis des hommes utilisés à cet effet.

L’AMAP ne veut pas seulement la diffusion des messages de l’Etat. Elle veut aussi un monopole de fait sur tout ce qui est panneau, et ne crachera pas sur le moindre support de communication. Récemment, l’agence gouvernementale s’est véhémentement opposée à une saine et loyale concurrente du privé. Elle aurait même saccagé les biens de cette concurrente et aurait fait déterrer des panneaux que celle-ci avait imprudemment plantés sans l’autorisation de l’AMAP.

Mais si ça se trouve, ces deux prétentieux à la couronne ne sont pas au courant du trafic antidémocratique qui se trame sur leur dos par des agents publics. Or l’Etat (administration, services publics dont les médias d’Etat, agents publics dont les travailleurs de l’ORTM et de l’AMAP) est censé être neutre, impartial et équidistant vis-à-vis de tous. Mais il n’est pas exclu que Dioncounda Traoré et Ibrahim Boubacar Kéita soient bel et bien au courant de la situation, et qu’ils en attendent des retombées bénéfiques. Et si c’est le cas, ils ne feront rien, absolument rien pour la changer. Issus tous deux de la grande famille ADEMA, ils sont habitués à se servir de tous les moyens pour gagner des élections. Et ce n’est certainement pas eux qui lèveront le petit doigt pour mettre fin à ces pratiques discriminatoires qui sont également frauduleuses. Reste au président ATT à prendre toutes ses responsables et à rappeler ses agents à l’ordre, s’il est vrai qu’il veut vraiment s’en aller à l’issue d’élections propres et crédibles.

Cheick TANDINA

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