Infos ou intox ?: La guerre des chiffres

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Depuis le 8 juin 2002, le Mali est entre les mains des officiers supérieurs de l’armée, notamment le général Kafougouna Koné, qui régente l’existence des partis politiques, le général Sadio Gassama, qui assure leur protection civile, et, surtout, le général ATT qui commande tout le monde. Après avoir longtemps bénéficié des largesses de l’Etat, un autre général (de police), Modibo Sidibé, pourrait lui succéder.

Depuis donc dix ans (et peut-être pendant dix autres années), les partis politiques sont portés disparus ou vivent en déshérence. Chaque année, pour occuper lesdits partis, l’Etat leur octroie un pécule dont personne, à part quelques rares initiés, ne connait le vrai usage qu’ils en font. Cette année, au titre de ce financement public, près d’un milliard et demi, selon L’Indépendant du jeudi 26, seront repartis entre 34 formations politiques. C’est tout simplement un désaveu général et une honte nationale. La classe politique se targue à chaque fois d’avoir usé et abusé du multipartisme intégral en créant plus de 120 partis politiques. Or, à l’évidence, malgré l’obtention d’un récépissé, ces formations, pour la plupart, n’ont qu’une existence informelle. C’est le constat que le gouvernement a fait en n’élisant que 37 partis sur les 47 qui ont pu fournir un dossier, preuve que tous les autres, y compris le parti présidentiel qui a toutes les raisons de ne pas être trop regardant sur la sincérité des comptes et bilans, sont de petits plaisantins qui se plaisent à amuser la galerie, sans se priver de polluer l’environnement institutionnel.

Parmi les recalés figure le RpDM. A notre humble avis, ce parti ne mérite rien du tout, vu qu’il ambitionnerait, toujours selon le confrère, de ramener le Mali à la charte de Kurukan Fuga. On aurait compris que son président, astrophysicien de renom et ex-gendre national, nous tire vers la lune à la recherche de sources d’eau, denrée de plus en plus rare sur terre, mais qu’il nous promette un nouveau Soundjata Kéita, cela, non ! On a déjà un descendant de l’empereur du Mali qui, pour avoir reçu des mains du général un sceptre qui aurait appartenu à son aïeul, voit «tout en grand» et rêve de grandeur.

Il n’est pas le seul. La prochaine présidentielle, prévue pour le 29 avril, ravive bien d’appétits et attise autant de convoitise. Parmi les favoris, outre le général policier, il y a le candidat du parti qui compte le plus d’élus à l’Assemblée nationale et dans les collectivités locales. Lui et sa formation politique font l’objet, depuis quelques temps, d’une véritable ruée. Ce 27 janvier, 15 partis politiques pour Dioncounda (InfoMatin), 14 partis politiques en soutien à la candidature de Dioncounda (Nouvel Horizon), 20 partis politiques s’allient à l’Adéma/PASJ (Les Echos). La guerre des chiffres bat son plein même si aucun confrère ne donne avec exactitude le nombre de militants que comptent ces partis qui viennent en renfort au candidat de la «Ruche».

Si ce sont ces partis politiques qui n’ont pour seule existence que leur récépissé, et pour seuls militants les membres d’un bureau national incomplet, Dioncounda Traoré ferait mieux de se tourner plus sérieusement vers les associations islamiques et islamistes, de plus en plus convoitées depuis qu’elles ont fait plier l’Assemblée nationale et le chef de l’Etat, ramener les femmes et les enfants à l’âge de Kurukan Fuga, et damer le pion aux associations de défense des droits des minorités, dans la fameuse affaire du Code de la famille et des personnes, et placé un des leurs à la tête de la CENI. Elles referont encore parler d’elles. Si l’on en croit L’indicateur du renouveau, les leaders religieux seraient divisés entre Ibrahim Boubacar Kéita du RPM, Dioncounda Traoré du PASJ, et Me Tall du CNID, tous trois candidats à la prochaine présidentielle. Contrairement au pays, ces chefs religieux ne perdent pas le nord. Ils ont décidé de miser sur des candidats en vue, capables de trôner à Koulouba à partir du 8 juin 2012. C’est bien. Par contre, ce qui l’est beaucoup moins, c’est de le faire de manière si ostentatoire qu’ils pourraient fausser les règles de laïcité et de démocratie. Beaucoup trop de gens leur reprochent, à raison plus qu’à tort, de mélanger militantisme politique et prosélytisme religieux, de fréquenter les états-majors politiques au lieu des mosquées souvent désertées, depuis qu’ils ont été admis à imposer leur avis dans l’enceinte du parlement.

A vrai dire, s’ils s’en tenaient uniquement à l’enseignement de leur foi au lieu de nager dans les eaux troubles de la politique politicienne, ils y gagneraient beaucoup et mieux. Comme, par exemple, de convertir à l’islam des ministres d’autres cultes, à l’instar de ce révérend catholique sierra-léonais qui vient d’embrasser la religion musulmane, rebaptisé du nom musulman de Cheick Abbas Cissé (Le Matin, 26/01).

Cheick Tandina

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