Infos ou intox ? Manger et vidanger

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La presse suit avec grand intérêt, aux quatre coins du Mali, les prétentieux, déclarés ou pas, comme si, hormis cette campagne électorale à peine déguisée, il n’y a rien d’autre. Certains confrères, cependant, ont planché sur des sujets terre à terre qui, pourtant, sont les seuls qui intéressent vraiment les Maliens: manger et vidanger. Ça rime bien non ?

A en croire Le Hoggar (09/01/12), l’insécurité alimentaire guette parce que «les Bamakois jettent près d’une tonne de nourriture par jour» dans les poubelles. Le constat serait fait par un coordinateur de GIE qui, rien que pour cela, mériterait de diriger le Commissariat à la sécurité alimentaire. Selon lui, ces déchets alimentaires seraient gaspillés par moins du quart de la population bamakoise. Or, s’il est vrai que le district de Bamako compte 1 810 360 habitants (sur un total national de 14 528 662, selon les résultats définitifs du recensement général de la population et de l’habitat, RGPH, de 2009) comme l’affirme L’indépendant (10/01/12), 452 590 personnes jetteraient chacune plus de 2 kilo de nourriture par jour. Difficile de croire qu’il y ait autant de Maliens qui se débarrasseraient ainsi de viandes, poissons, fruits, légumes, pains, même dans les «quartiers les plus huppés » de la capitale. Vu le prix auquel ces précieuses denrées sont cédées par des commerçants de plus en plus cupides, difficile de croire qu’il y ait un nabab assez fortuné pour alimenter ses poubelles plutôt que son ventre.


A l’ACI, qui un quartier huppé, certaines concessions n’ont même pas de poubelles, et «notre » spécialiste du ramassage des ordures a dû confondre celles-ci avec les fosses d’aisance, d’ailleurs les plus ostentatoires.


Selon le même RGPH, beaucoup plus des populations vivent dans les campagnes, où sont cultivées les denrées si chères aux ventres maliens. Or, au Mali, le monde paysan serait en passe d’être ruiné par le business agricole (
La Lumière, 11 janvier). Nos dirigeants, qui ne sont jamais à court d’une idée lumineuse, ont le souci de moderniser notre agricole. ATT, lui, parle de «puissance agricole ». Ils ont alors concédé des terres fertiles à certains pays comme la Libye, la Chine, les USA, etc., en dépossédant de leurs terres des paysans accusés d’agriculture traditionnelle peu rentable, au profit de multinationales étrangères ayant vocation de générer des bénéfices. Pire, ces paysans ont été délocalisés et déménagés, souvent manu militari, priés d’aller cultiver leur riz ailleurs que sur les terres destinées aux produits d’exploitations (arachide, tournesol, sésame,…). Les fonctionnaires citadins de Bamako, qui estiment avoir plus de ventres, de W.C et de droits que les pauvres paysans, ont vite fait de se joindre aux étrangers pour spolier et exproprier encore plus des malheureux qui se retrouvent encore plus affamés et démunis. Malheureusement pour les prédateurs, le projet est tombé en panne sèche : pas d’irrigation, point d’eau. Mais pas pour tous. Les Libyens, eux, ont la priorité de boire et d’arroser leurs plants même si les populations devaient mourir de soif. Le pognon avant tout.


Du blé, c’est le ministre des affaires étrangères et de la coopération qui s’enorgueillit  d’en avoir eu au cours de ces huit derniers mois.
La Nouvelle République (12 janvier) affirme que lors d’une cérémonie de présentation de vœux, Soumeylou Boubèye Maïga dit avoir mobilisé 513 milliards de FCFA. Mais il est embêté. Car, cet argent, il l’a demandé pour booster l’aide au développement de son pays. Or, quelques petits malins veulent l’utiliser pour financer le manger et le vidanger. Alors que pour la circonstance, les travailleurs et le ministre se souhaitent bonne année, bonne santé, un syndicaliste, qui ne pense décidément, comme beaucoup de Maliens, qu’à manger et à vidanger, apostrophe SBM et lui réclame cantine et cabinet. Le ministre, de plus en plus bon diplomate, lui répond diplomatiquement qu’ils ne sont pas «dans un meeting estudiantin », que la fronde doit cesser, que son département est un lieu de travail où il n’y a pas de place pour s’empiffrer à longueur de temps. Circulez, il n’y a rien à bouffer. Ce département, où les travailleurs sont si proches des cantine et cabinet,  mériterait une opération coup de poing de Mariam. Elle en épinglera plus d’un, comme cela a été le cas pour d’autres.


Mme le Premier ministre aurait, en effet, rendu une visite inopinée à six ministres pour constater des cas de flagrant délit d’absentéisme dans l’administration malienne (Le Républicain). Prévenant les sanctions qui s’imposent pourtant, un confrère assagi par une excursion à
la Mecque
et endurci dans la célèbre Université Apicole, Faculté Laissez-butiner, en appelle à la magnanimité «primatoriale». Dieu fasse qu’il ne soit pas entendu et que les fainéants soient virés d’un gouvernement seulement de mission.
Cheick Tandina




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