Lettre à mon oncle Bass,

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Cher oncle,

Alhamdoulilahi ! Alhamdoulilahi ! Alhamdoulilahi !

Encore une fois, je dis, et je voudrai, (Walahi, bilahi, je jure !) pendant au moins cent ans être à même de  dire … Alhamdoulila !

 Eh oui tonton Bass, je dis Alhamdoulilahi, parce que, nombreux sommes-nous les En bas qui avons pu assister aux funérailles de l’an 2012 et respirons encore… Walahi, Bilahi, je jure, Dieu est Grand et juste. Et pour cause.

Combien étaient-ils, ceux qui avaient argent, or, diamant, pouvoir, prestige, renommée, et qui n’ont point eu cette chance, (la meilleure) de voir les lueurs de cette année nouvelle ?

Combien étaient-ils, ces intraitables zélés de la République qui, hélas, n’ont pas, eu le privilège d’être encore là ? 

Combien étaient-ils,  ceux-là, ces damnés de la terre, «ces malheurs qui n’ont point de bouches » et que, l’indésirable minibus noir a pourtant  épargnés…  ?

Des questions dont les réponses ne résident que dans cette seule évidence : que l’on soit « d’en haut ou d’en bas », égaux Nous sommes devant le Tout Puissant.

Eh oui, adorable tonton, 2013 est là et nous sommes aussi encore là !

Au grand complet, au niveau de la troupe familiale.

Malgré une année 2012 au cours de laquelle, nous n’aurions mangé très souvent, qu’une fois tous les trois jours.

Malgré les inondations, les maladies, les hausses des prix des denrées de première nécessité, des médicaments, les injustices, la pauvreté chronique, nos illusions perdues, nos espoirs étouffés, nos droits piétinés.

Oui, tonton Bass, malgré tout, dans la famille à Fantambougou-Bamako, des 18 petits morveux à grand mère, en passant par les 12 jeunes chômeurs et les 13 bouches qui nous sont revenues de la Libye, personne, grâce à Allahou Soubahanatala (et à toi aussi), n’a été embarqué à bord de l’indésirable minibus noir. Alhamdoulilahi !

Aussi, au nom de toute la troupe familiale, je te remercie, encore une fois, non seulement pour le gros bouc que tu nous a envoyé lors de la fête de Tabaski, mais aussi pour les poissons séchés et les « yougou-yougou » que nous venons de réceptionner.

Cher Bass, l’année 2012 est certes, définitivement dernière Tous, d’en haut, comme d’en bas qui avons encore le privilège d’être sur terre.

Mais, y a-t-il des raisons objectives pour nous les petits et les faibles (l’écrasante majorité) de croire que l’année nouvelle nous apportera plus à manger, plus de justice, d’emplois et d’espoir ?

C’est vrai que, en tant que croyants, nous ne devons jamais perdre l’espoir.

Mais, soyons réalistes : les crocodiles ne seront jamais des moutons et l’inverse non plus ne se produira jamais.

Or, nous sommes dans un pays où règne insolemment une minorité d’implacables prédateurs, de crocodiles insatiables et de vampires.

Et, tant que ces gens qui se nourrissent de notre sang et se baignent dans notre sueur ne seront pas mis hors d’état de nuire, chaque année sera la même (ou pire) que celle qui l’a précédée. Walahi !

Parlant à présent de « nouveau », je dois te souligner, qu’à l’occasion du nouvel an, le Pr Dioncounda Traoré, dans son premier discours (en tant que président de la République par intérim) de fin d’année, a martelé que le Mali n’attendra pas des mois pour se débarrasser des cafards armés qui occupent depuis bientôt un an les régions de Tombouctou, Gao et Kidal. « Nous n’attendrons pas que le cancer fasse des métastases dans tout le corps » a conclu le président de la République par intérim. Allah Akbar !

La pratique disait le philosophe est l’unique critère de la vérité. Aucun discours ne saura nous en dormir. Dans cette histoire d’occupation des 2/3 du territoire nationale, il faut du concret. Faire est la meilleure manière de dire !  

Aussi, tous, nous savons que la faim et la soif, l’injustice et le désespoir, la pauvreté et la misère constituent les problèmes « cardinaux » des Maliens d’en bas, l’écrasante majorité.

Et, ce sont aussi, sur ces terrains que tous, nous les « piétinés », attendons des solutions appropriées. Viendront-elles ces solutions en 2013 ? Il n’est pas interdit de rêver.

Enfin, à toi, tonton Bass, à ta famille à Dakar, à tes hôtes sénégalais, à tous tes amis auxquels tu fais lire mes lettres, je souhaite une bonne et heureuse année 2013.

A lundi prochain, Inchallah !

Par ton petit Ablo !

 
SOURCE:  du   8 jan 2013.