Ligne de force : Petit rappel historique pour militaires férus d’exactions

8 réactions [-] Texte [+] Email Imprimer

Entre le 19 novembre 1968, date à laquelle le président Modibo Kéita fut renversé par un coup d’Etat militaire dirigé par le lieutenant Moussa Traoré et le 28 février 1978, date à laquelle le « comité militaire de libération nationale » (CMNL) qui régentait le Mali vola en éclats, des suites d’une crise interne, le colonel Tiécoro Bagayoko fut l’homme le plus puissant et le plus redouté du pays.

Saouti Labass Haïdara, Dirpub L’Indépendant

Tirant avantage de ce qu’il avait été le seul militaire à avoir osé regarder sans sourciller l’artisan de l’indépendance du Mali pour lui dire qu’il n’était plus président et qu’il devait se mettre à la disposition de l’armée, Tiécoro, ainsi qu’on l’appelait familièrement, occupait une place à part au sein de l’équipe dirigeante.

Directeur général des services de sécurité dont il décupla les moyens en même temps que les prérogatives pour en faire un instrument à sa totale dévotion. Tiécoro s’imposa, la trentaine à peine bouclée, comme le bras séculier du régime, l’exécuteur de ses basses œuvres, celui qui avait en charge de le faire durer aussi longtemps que possible.

Il s’y employa par la terreur. Les arrestations et interpellations irrégulières, les enlèvements et disparitions, les détentions arbitraires accompagnées de sévices corporels (il affectionnait de faire raser le crane de ses victimes avec des tessons de bouteille et de mettre le courant électrique sur leurs organes génitaux) les déportations aux bagnes de Kidal, Taoudénni et Tegazzar devinrent des pratiques courantes pour soumettre toute forme d’opposition et anéantir les velléités de révolte. Pour ne laisser aucun doute chez ses adversaires politiques ou syndicaux sur sa volonté de les écraser si la nécessité s’en faisait sentir, Tiécoro ne se privait pas de leur dire : « Vous savez, nos routes sont étroites et un accident est vite arrivé. Et c’est nous (la police ndlr) qui faisons le constat ».  

A ses rares amis qui avaient le cran de lui faire remarquer qu’il terrorisait les gens, il répondait : « Je ne suis pas méchant. Les Maliens ont naturellement peur de moi »

En plus des étudiants morts au cours des épreuves physiques qui leur étaient imposées dans les camps militaires où ils avaient été internés pour fait de grève, des responsables politiques de l’USRDA qui n’ont pas survécu aux maltraitances qui leur étaient infligées durant de longues années d’emprisonnement sans jugement, le plus odieux crime reproché à Tiécoro a été d’avoir fait assassiner Modibo Kéita par ‘’empoisonnement’’ selon la rumeur de l’époque.

Le 28 février 1978, Tiécoro Bagayoko, qui était passé du  grade de sous-lieutenant à celui de colonel en dix ans, tombait dans un filet tendu par Moussa Traoré, en même temps qu’une myriade d’officiers supérieurs considérés comme de gros calibres du CMLN et de l’armée. Jugé et condamné à mort pour « atteinte à la sécurité de l’Etat » entre autres crimes, il mourut dans des conditions atroces dans un pénitencier du nord où nombre de ses victimes l’avaient précédé.

Les exactions finissent toujours par rattraper leurs auteurs, comme « le veau égaré finit toujours par retrouver sa génitrice au milieu d’un troupeau de mille vaches »  selon un proverbe indien !      

Saouti HAIDARA

 

 
SOURCE:  du   30 nov 2012.    

8 Réactions à Ligne de force : Petit rappel historique pour militaires férus d’exactions

  1. Valsus

    Ce petit rappel est aussi vrai pour les militaires que Saouti lui-même qui colonise son personnel. Tôt ou tard, lui aussi………….

  2. veridique

    Les exactions finissent toujours par rattraper leurs auteurs, comme « le veau égaré finit toujours par retrouver sa génitrice au milieu d’un troupeau de mille vaches »…D’une rare verité! Une chose est sur, les putchistes de Kati finiront mal, peut importe le temps que ça prendra.

  3. dieu est grand tres grand

    C est à cause de l’impunité de Adma Sangaré et du Préfet Sylla que Dieu a envoyé seitane le Maudit faire le coup d etat qui est pire que la rébellion, pour essuyer les larmes de orphelins et veuves. Pendant deux ans les gens ont marché pacifiquemet contre ces deux tous les vendredis apres midi pour demander leur depart et leur punition. rien de rien. ATT et Kafoungouna ont fait le dos rond. Avec le nouveau procureur, Adama et Sylla vous pouvez sacrifier 500 boeufs, chameaux et moutons, vous allez rendre compte et rembourser car la sanction divine est implaccable et ineluctable. soyez juste avant sinon quand il est tard il est tard

  4. fakolyhakika1

    « ……………;…Les exactions finissent toujours par rattraper leurs auteurs, comme « le veau égaré finit toujours par retrouver sa génitrice au milieu d’un troupeau de mille vaches » selon un proverbe indien !  »

    Bonne conclusion. Et les maques vont tomber, juste une question de temps.

  5. 1FILSDUMALIBA

    Merci pour pour ce petit rapel. J’espere que nos milichiens errants en prendrons compte. Vous savez l’armee est plein de surprises. :lol: :wink: . N’est pas capi….

  6. Bougobalini

    Je n’etais pas un grand feru de Mr Haidara, mais il faut reconnaitre que depuis les derniers evenements de mon pays je n’eprouve que admiration pour lui. Bravo Mr Saouti et bonne chance :wink:

    Les journalistes meteorologiques, car n’ayant de position precise si ce n’est la ou le vent du jour les amene, devront prendre exemple sur vous. C’est devant l’adversite qu’on reconnait un homme.

    • justicequity

      Ce journaliste jouer son rôle de contre pouvoir , avec quelques journalistes comme lui les choses pourront vite évoluer .

  7. Sinisigi

    SAOUTI, courage,C’est celà le rôle d’un vrai journaliste dire haut et fort les aspirations du bas peuple sans démagogie aucune sans porter de gang;qui se sent morveux n’a qu’à se moucher.Wa Salam!