Rétrospection : La dernière ligne droite

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C’est parti ! La décennie Amadou vient d’entamer sa dernière ligne droite, qui aboutira, en principe (en principe, seulement ?) à la quatrième alternance au pouvoir du Mali indépendant et souverain.

 

La première a eu lieu, brutalement, entre un régime autocratique civil dirigé par l’US-RDA, un parti unique de fait, et un pouvoir dictatorial instauré par une junte militaire. Le premier, qui a duré 8 ans, avait à sa tête un instituteur, Modibo Kéita, lequel a été salué à son avènement pour avoir conduit le pays à l’indépendance. Le second a sévi pendant plus de 22 ans, dirigé par un lieutenant de l’armée (qui a fini général), Moussa Traoré. Lui aussi a été acclamé par le peuple à son arrivée par les armes, pour avoir délivré le pays d’un régime impitoyable et coupable d’avoir engendré une milice impopulaire, auteur des pires exactions.

 

Du 19 novembre 1968 au 26 mars 1991, Moussa Traoré et ses compagnons ont tenté de légitimer leur totale emprise sur le pays par l’imposition constitutionnelle, en 1974, d’un parti unique, l’UDPM, avant de se faire renverser par une junte militaire couronnant les actions d’une insurrection populaire. Commencée le 26 mars 1991 par un putsch, cette deuxième alternance se poursuit par une transition pendant laquelle le pays est géré par le putschiste en chef, ATT, et un Premier ministre technocrate, Soumana Sako, avec comme organe légiférant, un CTSP composite. Elle s’achève le 8 juin 1992 avec la remise du pouvoir à un civil, ancien ministre de l’UDPM, alors président de l4adema PASJ, Alpha Oumar Konaré, à l’issue d’élections que certains prétendent encore libres et transparentes.

 

Dix ans plus tard, le passage de témoin se fera, cette fois, dans l’autre sens, entre Alpha Oumar Konaré et son prédécesseur au pouvoir. La troisième alternance est consommée avec l’installation à Koulouba du putschiste revenu par les urnes, à l’issue d’élections que d’autres prétendent encore libres et transparentes.

 

Quid de la quatrième alternance ? Y aura-t-il un 8 juin 2012 ?

Nonobstant les doutes légitimes et inhérents à la nature humaine souvent sceptique, beaucoup d’observateurs pensent qu’il y aura un nouveau passage de témoin en 2012. Sera-ce une alternance ? Oui, si le candidat investi par un parti politique prenait le pouvoir. Douteux, si un certain schéma se précisait. En effet, il est de plus en plus envisagé un passage de témoin de général à général. D’ATT à son ancien chef du gouvernement, officier supérieur de police. Le contexte particulièrement défavorable aux responsables politiques déclarés, la méfiance et la défiance des populations envers la classe politique partisane se prêtent à cela. Et si Modibo Sidibé succédait à ATT sans fraude, sans corruption et sans manipulation, ce ne serait que justice puisqu’un tel résultat serait l’expression du vote populaire et la volonté du peuple malien. Car la démocratie n’interdit nullement l’élection d’un non partisan.

Le peuple, qui a toujours eu le dos large, a bien des raisons d’être déçu de ses politiciens. En 52 années d’indépendance, les partis politiques au pouvoir n’ont pas brillé : l’Us-Rda était un parti unique de fait qui a condamné les droits de l’Homme ; l’UDPM était un parti unique constitutionnel qui a emprisonné les droits de l’Homme; le PASJ est un parti totalitaire et hégémonique qui a sorti de prison les droits de l’Homme pour les placer en résidence surveillée et en liberté conditionnelle.

 

Les partis politiques, même celui qui s’est entouré des atours de la démocratie, se sont illustrés par des mensonges, de fausses promesses électorales, la gabegie, la délinquance financière, la fraude, la corruption, et les mesquineries de leurs responsables.

 

Le PASJ, parti pilote avec palmes

Mais c’est le PASJ, selon le mot de l’UDPM, qui mériterait le titre très flatteur de parti «pilote avec palmes».  Pendant 10 ans (de 1992 à 2002) de pouvoir, il a fait l’objet d’accusations graves pour une gestion cahoteuse, controversée et contestée. Dix ans au cours desquels, les nouveaux maîtres du pays, de maigrichons cadres de la fonction publique (pour la plupart des enseignants) et gourous des professions libérales, issus du parti majoritaire, l’Adema, et de ses affidés, ont fait main basse sur les commandes de l’administration, des finances et de la diplomatie. En 1981, ils peinaient à payer leur loyer et à s’acquitter des cotisations scolaires de leurs enfants inscrits à l’école publique, à partir de 1992, ils logent dans les maisons les plus cossues et envoient leur progéniture dans les meilleures écoles privées de la planète.

 

Pendant dix ans, malgré la confiance renouvelée des bailleurs de fonds, le Mali n’a jamais pu être tiré par le haut, se contentant essentiellement de poursuivre, en reprenant à leurs comptes, les programmes et actions du régime défunt.

En revanche, pendant autant d’années, leur successeur au pouvoir, tout militaire qu’il est, a effectué un véritable travail de titan, avec la réalisation d’énormes et importantes infrastructures (ponts, routes, logements, bâtiments, aménagements hydro-agricoles, irrigation villageoise et pastorale, centres de santé) et des réformes, notamment sociales. Mais si ATT a été élu et réélu, beaucoup ne lui pardonnent pas d’avoir livré le pays, en 1992, aux « démocrates sincères et convaincus » de l’Adema and CO.

 

Et ils ne lui pardonneraient certainement pas de récidiver en 2012.

Cheick TANDINA

 

 

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.