Rétrospection : Les Maliens du Nord

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Il y a peu, l’une des principales causes du rejet du RAVEC (Recensement administratif à vocation d’état-civil) pour l’élaboration d’un fichier électoral avancées par le gouvernement est que les milliers de Maliens vivant en Côte d’Ivoire ne seraient pas recensés à temps pour bénéficier de cartes d’électeur afin de pouvoir voter.


Aujourd’hui, des millions de Maliens ont été recensés et auront sans doute les documents de vote à temps. Mais pourront-ils pour autant voter ? En l’état actuel des choses, rien n’est moins sûr. En effet, malgré les préparatifs des élections par les structures impliquées dans la gestion du processus électoral et malgré cette campagne précoce, super active et acharnée des prétentieux à la couronne, il n’est pas sûr que, comme les Maliens de l’extérieur qui pourraient voter avec un fichier électoral consensuel, les Maliens du nord puissent avoir le temps, l’occasion et les moyens de prendre part aux opérations de vote, ni  le cœur et l’esprit à ça.


La crise qui secoue le septentrion malien n’a pas pu être circonscrite et jugulée dans les délais requis pour éviter la psychose généralisée. Conséquence : les potentiels électeurs prennent le chemin de la sécurité dans l’exil, les villes et les campagnes se vident de leurs populations. On peut dire que cette crise, qui est en train de prendre les allures d’une véritable rébellion armée et qui pourrait dégénérer en affrontements interethniques ou intercommunautaires, tombe à point nommé pour annuler ou reporter aux calendes grecques le référendum et les élections présidentielle et législatives pour lesquels il y a tant d’agitations. Le ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, Kafougouna Koné, lors d’une conférence de presse animée dans ses locaux le 30 janvier, avoue que c’est à la Cour constitutionnelle qu’il revient de prendre la décision concernant les scrutins d’avril et de juillet prochains. Peut-être. Mais c’est au président de la République, chef suprême des armées, et aux ministres en charge de la défense nationale et de la sécurité intérieure qu’il revient d’expliquer aux Maliens pourquoi la situation déborde, pourquoi les forces armées et de sécurité (FAS) ne parviennent pas à contenir les insurgés et assaillants, pourquoi les hauts gradés ne souffleraient plus dans la même trompette, pourquoi la troupe ne semble plus écouter et entendre cette cacophonie. La troupe serait-elle démobilisée et démoralisée ?


Ce ne serait pas pourtant le moment. Avec tous les ingrédients d’une sauce explosive prête à l’emploi. Les assaillants, une conjonction de revenants de Libye, de déserteurs des rangs de l’armée, de survivants de la bande à Bahanga, d’ex-combattants des MFUA, et d’éléments d’AQMI, ne semblent pas vouloir reculer ni renoncer à installer durablement une situation d’insécurité dans le nord où la présence des FAS est de plus en plus indésirable. Or, le retrait des FAS favoriserait, très certainement, le réveil et l’activation des mouvements d’autodéfense, Mouvement patriotique Ganda Koy (MPGK) et Mouvement populaire Ganda Iso (MPGI) des communautés sédentaires. Celles-ci se désolidarisent, en tant que parties prenantes du nord, des actions menées par le MNLA et ses complices en leur nom et au nom d’un prétendu délaissement du nord par les autorités. Et les menaces à peine voilées de l’Association Gandakoye, avatar du MPGK, font craindre ce qui s’est passé dans les 90, quand les mouvements d’autodéfense ont terrorisé et fait fuir les communautés touaregs, maures et arabes, forçant de paisibles et innocentes populations à abandonner leur milieu naturel, de paisibles et innocentes populations dont le seul était, à l’époque, de partager la même communauté que quelques criminels aventuriers.


Ce ne serait pas non plus le moment de compromettre les élections dans cette partie du pays. Avec le redécoupage administratif, en effet, qui crée deux régions supplémentaires et plusieurs cercles et arrondissements, le nord, plus que jamais, a besoin que ses ressortissants s’expriment à travers des élections calmes et apaisées, et choisissent eux-mêmes les hommes et les femmes les plus aptes et capables d’impulser leur développement. Le processus de décentralisation exige effectivement le développement local et la gestion participative de tous les projets et programmes.
Concernant ces programmes et projets, il importe que les populations locales seules en désignent les responsables, contrôlent leur mise en œuvre en fassent le suivi et l’évaluation.


Mais avant, déjà il convient de faire l’audit de toutes les actions menées dans le nord, notamment celles qui concernent la réinsertion socio-économique des ex-combattants des MFUA (mouvements et fronts unifiés de l’Azawad) et du MPGK.
Suite à cette requête des ressortissants du nord, l’audit pourrait commencer par les deux principales agences sur lesquelles les populations locales et les collectivités territoriales comptent le plus : l’ADN et l’ANICT. Les populations ont besoin de savoir ce qui ne marche pas ou n’a pas marché, pourquoi ça ne marche pas ou n’a pas marché.
Cheick Tandina

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