CNJ-Mali : Une réconciliation déjà entachée

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La poignée de mains devant la presse entre le président du Conseil national des jeunes, Abdoulaye Touré et son grand rival, Alioune Gueye devant la presse ce lundi 23 janvier au siège du CNJ-Mali semblait consacrer « l’unité retrouvée au sein du mouvement de jeunesse ». Mais, cette mise en scène cacherait mal les dissensions persistantes au sein de la jeunesse malienne, dénonce-t-on dans les deux camps après le refus d’un des proches du président Touré, Safounè Togo, de céder la 1ère vice-présidence à Alioune Gueye.

Les assises du 3ème congrès ordinaire du Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ) tenues le 24 février 2011 à Tombouctou avaient donné lieu à une bataille rangée entre deux camps rangés respectivement derrière Abdoulaye Touré et  Alioune Gueye même si le bureau du premier fut finalement reconnu par les autorités. Un an après, les choses semblent rentrer dans l’ordre. Le 21 janvier dernier à Mopti, la Conférence nationale statutaire de l’organisation a consacré la réconciliation entre les deux tendances. Un nouvel organe exécutif  consensuel de 49 membres a été mis en place sous la présidence du gouverneur de région, Seydou Toumani Camara. Si Abdoulaye Touré garde le fauteuil de président, et la 1ère vice-présidence par un de ses lieutenants, Safounè Togo,  la 2ème vice-présidence est revenue à son désormais ex-concurrent Alioune Gueye. Le poste de secrétaire général et trésorier restent en revanche dans le camp Abdoulaye Touré. Dans ce nouveau bureau, 17 membres du clan Gueye font leur entrée, tandis que les autres membres, de part et d’autres, constitueront les Commissions de travail. 

« Unis face aux défis »

Fruit des médiations de l’Union des jeunes musulmans du Mali (UJMA) et de la Commission de Bons Offices, cette réconciliation a été scellée officiellement devant la presse ce lundi 23 janvier au siège du CNJ-Mali. Pour Alioune Gueye, cette acceptation  de la réconciliation n’est ni l’aboutissement d’une pression, encore moins un retournement de veste. Selon lui, elle se veut le fruit d’un dialogue fraternel entrepris par des personnes de bonne volonté, qui ont souhaité que les jeunes du Mali s’unissent face aux enjeux auxquels ils sont confrontés. « Notre objectif est de satisfaire la volonté de réconciliation du président de la république, d’une part, et de bâtir, d’autres, un mouvement de jeunesse fort, débout pour le développement du pays. Ce défi ne peut être relevé dans la division » a déclaré Alioune Gueye. Qui dit avoir enterré la hache de guerre « au nom de la jeunesse du Mali ». 


Abondant dans le même sens, le président du bureau consensuel a révélé que cette réconciliation répond à un « hommage rendu au chef de l’Etat qui a toujours privilégié  le dialogue et l’entente au sein de la famille des jeune du Mali ». Selon Abdoulaye Touré, ces retrouvailles marquent un nouveau départ pour la jeunesse du Mali face aux défis qui l’attendent : ces défis, dit-il, ont pour noms : l’emploi et la formation, l’éducation pour une stabilité durable dans nos écoles, la citoyenneté pour la participation des jeunes aux élections générales de 2012 et à la campagne référendaire, la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme, la santé (notamment la lutte contre le sida), l’insécurité routière, etc. « C’est en resserrant nos rangs, que nous réussiront à jouer notre place dans le développement » a conclu le président du bureau de consensus.


Mais au delà du discours, force est de s’interroger sur l’avenir de cette union. Dans un bureau où des individus sont présents uniquement pour des postes, difficile de croire à « une union sacrée », ou à « une convergence de vue ». On comprend dans la présentation du nouveau bureau dit « consensuel » que les postes les plus stratégiques sont restés entre les mains des lieutenants d’Abdoulaye Touré. Et le refus de Safounè Togo de céder la 1ère vice-présidence à Alioune Gueye (conformément aux démarches de réconciliation), est un indice palpable de la guerre des postes. Si le sieur Gueye ne s’en offusque, car explique-t-il, « l’essentiel c’est ce qu’on peut faire et non ce qu’on occupe comme poste », ce refus de Safounè Togo traduit bien des intentions. La question est de savoir en ce moment, dans quelle atmosphère les deux camps vont travailler pendant les deux  années restantes du mandat ? Le temps nous le dira.
Issa Fakaba SISSOKO

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