Association des amis du Monde diplomatique: L’autopsie du consensus malien

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Le jardin du musée du district de Bamako a abrité samedi soir le lancement des activités de l’association malienne des amis du monde diplomatique. Ce mouvement associatif a décidé de s’investir dans la lutte contre les discriminations et la promotion des échanges, les discussions et les débats démocratiques.
 
«Le consensus et la démocratie », tel est le thème choisi par l’Association malienne des Amis du monde diplomatique pour annoncer son intégration dans la société civile active. L’événement intégré dans un dîner-conférence était présidé par le ministre de l’Artisanat et du tourisme, Ndiaye BA.
Pour le professeur Issa N’DIAYE qui est le président de l’association, ce lancement intervient dans un contexte d’allégeance politique de courtisanerie et de flatterie où le discours politique semble relever plus de la griotique que de toute autre considération. Le Mali, a-t-il indiqué, est le seul bien qui appartienne à ses citoyens, tous confronté aux défis multiples, urgents et gigantesques qui méritent d’être analysés avec complaisance et intelligence.
Le Monde diplomatique est un journal indépendant français d’actualités vieux de près d’une trentaine d’années. Il est aujourd’hui édité en 21 langues étrangères pour un tirage total de 1,4 millions d’exemplaires mensuels dont 350.000 en français. Les associations des amis du journal qui comptent plus de 6.000 adhérents détiennent 25% des parts du capital de l’entreprise de presse. L’antenne malienne compte 89 membres et le ministre Ndiaye BA a souhaité que l’association puisse apporter sa pierre dans l’édification d’une société démocratique en construction. 
Les débats proprement dits ont porté sur les fondements culturels et historiques du consens, présentés par Richard TOE, le consensus d’aujourd’hui présenté par Amadou Seydou TRAORE et les perspectives présenté par Sékou DIARRA de Cad/Mali. Selon ces communicateurs, le consensus est une coutume africaine qui prône la solidarité autour des décisions prises sur un problème précis. Des témoignages de l’histoire existent pour confirmer cette pratique traditionnelle comme la charte du Kurukanfuga. Cependant, le consensus expérimenté en politique comme modèle de gouverna²²nce a ses hauts et ses bas. Il convient en tous les cas de mettre l’intérêt général au centre de la gestion des affaires publiques et non de construire des alliances contre l’intérêt général.
Au Mali, selon certains intervenants comme Me Amadou T. DIARRA, le consensus actuel n’est qu’un consensus pour la corruption, l’impunité et les belles villas. Il est détourné de véritables questions socio-économiques et politiques du pays. Selon le célèbre juriste, un consensus n’est bon que pour sauver la République d’un danger majeur (république, multipartisme, laïcité en cause), mais en aucune manière pour se liguer derrière le chef. Selon A.T. DIARRA, c’est quand les victoires sont arrachées dans des conditions obscures que les dirigeants inventent des subterfuges pour se maintenir. Au Mali, a-t-il dit, les gouvernants ont de tout temps été contre la critique, la contradiction, l’opposition ou les gauchistes. La démocratie est alors alimentaire. Il condamne aussi les pays européens qui prétendent avec hypocrisie adhérer à ce consensus qui occulte le statut économique des populations, puisque le socle même de l’Europe est la distinction de la droite et de la gauche. La France a souffert de 168 ans d’unanimité entre 1789 et1946 de lutte contre les forces de gauche désignées sous le vocable de Jacobins.  
La lecture du Dr Oumar MARIKO est proche de celle de Me DIARRA, puisqu’il a précisé que l’avènement de ATT n’a pas été un plébiscite. Seulement, a-t-il expliqué, son prédécesseur a mis la classe politique et l’Adéma à terre avant les élections. Il ne reconnaît également pas que ATT soit un homme de consensus et qu’il ait apporté la démocratie au Mali, les forces sociales et syndicales ayant précédé l’armée dans la lutte pour le changement en 1991.
En somme, les opinions sont très partagées sur la question, les uns modérant ou rejetant les propos des autres. Une chose es sure : s’il est vrai que la langue dogon ne pourra jamais gouverner la France, le Mali ne se fera que par ses forces et valeurs endogènes.

Par Ibrahim SANGALA

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