Washington critique la passation de pouvoir à Cuba

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WASHINGTON (AFP) – Les Etats-Unis sont sortis de leur réserve jeudi en critiquant la passation temporaire de pouvoir de Fidel Castro à son frère Raul en mettant en avant qu’elle niait aux Cubains le droit de choisir leur gouvernement.

"L’imposition de Raul Castro (à la tête de l’Etat) nie au peuple cubain le droit d’élire librement son gouvernement", a indiqué dans un communiqué le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, trois jours après que Fidel Castro a transmis provisoirement les rênes à son frère cadet.

Depuis l’annonce de la passation de pouvoir lundi, en raison de l’état de santé de Fidel Castro, Washington avait observé une grande retenue dans ses réactions.

"Nous surveillons la situation. Nous ne voulons pas spéculer sur sa santé", avait prudemment déclaré lundi soir Peter Watkins, un porte-parole de la Maison Blanche. "Nous allons continuer à travailler pour le jour où Cuba sera libre", avait-il ajouté.

Cette attitude prudente a été attribuée par des experts à la volonté de ne pas plonger Cuba dans des turbulences qui pourraient inciter nombre de Cubains à quitter l’île.

"Nous craignons une crise migratoire" comme celles de 1994 ou de 1980, où des dizaines de milliers de "boat-people" avaient pris la mer, a indiqué Mark Falcoff, analyste d’un centre conservateur de recherche American Enterprise (AEI), pour expliquer la position attentiste de Washington.

Il a notamment rappelé les propos de la Maison Blanche mercredi qui, pour éviter une crise humanitaire, a appelé les Cubains à ne pas essayer de gagner les Etats-Unis et les exilés à ne pas tenter de rentrer à Cuba.

Des propos encore repris jeudi par Sean McCormick qui a encouragé les Cubains à "faire avancer le combat (pour la démocratie) en restant à Cuba et en travaillant pour des changements positifs".

Les experts soulignent aussi le fait que les Etats-Unis ont déjà beaucoup à faire sur le front du Proche-Orient et de l’Irak.

"Je ne crois pas que Washington se trouve en position de s’ingérer dans la politique cubaine", estime Ana Faya de la Fondation canadienne pour les Amériques (Focal).

"La guerre en Irak et le conflit au Proche-Orient sont des questions trop compliquées pour que les Etats-Unis commencent à s’occuper" de Cuba, estime-t-elle.

En outre, souligne Mark Falcoff, "il est important de souligner que Cuba n’a rien que les Etats-Unis ont besoin. Ce n’est pas comme l’Irak ou l’Iran", qui possèdent de grandes réserves pétrolières.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président cubain Fidel Castro il y près d’un demi-siècle, Washington a maintenu sans relâche la pression sur le régime communiste avec un embargo économique de 44 ans, renforcé par la loi Helms-Burton en 1996 puis en 2004 par de nouvelles dispositions.

Les Etats-Unis comptent également depuis un an un coordinateur pour la transition à Cuba, Caleb McCarry, et avaient récemment octroyé 80 millions de dollars à l’opposition cubaine afin de "préparer le changement" sur l’île communiste.

Mais Nelson Cunningham, ancien conseiller de l’ex-président Bill Clinton pour l’Amérique latine, minimise l’importance de la commission gouvernementale pour la transition à Cuba.

"A ce stade, dit-il, ils ne font probablement rien d’autre qu’organiser des réunions internes, revoir les plans qu’ils ont envisagés, et attendre".

L’opacité de la situation à Cuba a aussi été mise en avant par Sean McCormack, qui dans un communiqué écrit: "Je ne pense pas que beaucoup de monde, en dehors du petit groupe de gens qui dirige Cuba, savent ce qui se passe réellement".

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