D’un discours à l’autre : Que cache l’ambigüité d’IBK ?

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Quelques jours avant sa réponse à la demande de candidature faite par les organisations (clubs, associations et partis politiques) qui le soutiennent, le président du RPM Ibrahim Boubacar Kéita avait adressé un message de vœux aux Maliens pour l’année nouvelle. Le ton flagorneur de ce message à l’endroit du régime en place pour ses différentes réalisations a surpris plus d’un. « L’année écoulée aura vu notre pays avancer dans de nombreux domaines.»

La livraison de nouvelles infrastructures de transport, d’équipements énergétiques, hospitaliers et la poursuite de la construction de logements sociaux sont à saluer. D’un point de vue institutionnel, le parlement a voté un code de la famille plus consensuel, garant de la paix sociale, et une nouvelle constitution, qu’il reviendra au peuple de ratifier par référendum.

 Malgré ces avancées, 2011 n’a pas été une année facile pour notre pays ». Comment comprendre qu’au moment où des démocrates sincères se battent contre des «reformes constitutionnelles inopportunes et rétrogrades», Ibrahim Boubacar Kéita assimile ces mêmes reformes à des « avancées » ? Si la réalisation de nouvelles infrastructures est à saluer pour le bonheur des populations, IBK n’a pas suffisamment dénoncé, dans ce message, le vaste courant de corruptions qui a eu libre cours pendant cette période, encore moins sur la possibilité de réaliser plus d’infrastructures de transport, d’équipements énergétiques, hospitaliers, et de logements sociaux, avec les mêmes montants pendant la même période, si une efficace lutte contre les détournements de deniers publics accompagnait ces projets. Cette réserve de la part de l’homme de rupture qui a dénoncé en toute responsabilité, et l’histoire semble lui en donner raison aujourd’hui, la gestion solitaire de la question du nord par le Président ATT et la signature de l’accord d’Alger en 2006 est donc surprenante. Que dire des reformes constitutionnelles que le charismatique président du RPM assimile à des avancées ? C’est dire qu’Ibrahim Boubacar Kéita est en déphasage avec les nombreux démocrates engagés dans la lutte contre ces reformes, comme ceux regroupés au sein du « Collectif touche pas à ma constitution » qui ont assez souvent organisé des manifestations de protestation contre ces reformes. Comment comprendre cette marche à contre-courant d’IBK au moment où le Pr Ali Nouhoum Diallo, Tiebilé Dramé, Mme Sy Kadiatou Sow, Cheick Oumar Sissoko, Soumana Sako, Oumar Mariko ou  Hameye Founé Mahalmadane et autres appellent le Président ATT à surseoir à ces reformes ?  

Pour autant, l’homme reconnait dans le même message que parmi les nombreux défis que le Mali devra affronter, « trois me semblent particulièrement décisifs en 2012 : l’insécurité dans le Nord, les risques d’une crise alimentaire, et l’organisation d’élections libres et transparentes ». On remarque que parmi ces défis de 2012 ne figurent pas les reformes. Une ambigüité qui nécessite  explication aux électeurs maliens. C’est partant de ces défis électoraux, sécuritaires au nord, et de sécurité alimentaire que des organisations politiques et de la société civile, pour des questions de quiétude sociale, ont demandé à surseoir auxdites reformes. Toutefois IBK retrouve sa fermeté de ton lorsqu’il s’est agi de redonner confiance à ces organisations de soutien.

Lors de sa réponse à l’appel à candidature, le samedi 7 janvier au Palais de la Culture, c’est l’homme du franc-parler qui se représente à ses militants, un homme requinqué en bloc qui galvanise. Cet homme de rupture, en la personne d’IBK, est « candidat à la Présidence du Mali ». Selon lui, « la situation actuelle du Mali appelle des politiques nouvelles. Elle appelle des solutions fortes. Elle appelle un homme d’expérience, qui a un sens élevé de l’Etat, un homme honnête et libre, pour lequel la chose publique est sacrée. Un homme d’Etat capable de moderniser le Mali, de s’adresser à vous tous, Maliennes et Maliens de toutes les générations, de toutes les régions ». Il est candidat pour restaurer l’autorité de l’Etat, la justice et la confiance en la politique. Des solutions existent : elles s’appellent lutte contre la corruption et bonne gouvernance, selon IBK.                         

B. Daou

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