Elections générales de 2012: Les menaces d’un report

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Les élections générales de 2012 auront-elles lieu dans le contexte actuel ? La question hante les esprits. Mais, ni l’Etat, ni les partis politiques, ni la société civile ne veulent prendre la responsabilité d’aborder le sujet ou encore moins d’apporter une réponse. Mais l’évidence crève l’œil, la crise du nord passe par là. Analyse. Notre pays était jusqu’à la chute du Guide de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi, un havre de paix où se côtoient dans une parfaite harmonie les sédentaires et les nomades, les peaux noires et blanches, les ruraux et les citadins, bref les Maliens dans leur diversité culturelle, ethnique et linguistique. Mais la chute du régime de Kadhafi a eu des répercussions négatives sur toute l’Afrique et particulièrement sur le Mali, avec le retour de ressortissants Touaregs ; une donne qui a provoqué un climat délétère dans la partie septentrionale du pays. Les assurances des autorités maliennes et les appels au calme et au dialogue des bonnes volontés et de la communauté internationale ne semblent pas avoir convaincu. Les rescapés de la guerre libyenne, après avoir perdu la bataille de Tripoli, ont regagné le nord Mali avec armes et bagages. Et cela, semble-t-il, avec la complicité de la France et de l’Algérie. Au lieu de déposer les armes et demander la protection (sous toutes ses formes) du gouvernement malien, certains se sont réfugiés dans les collines de Kidal en revendiquant la création d’un Etat fantoche qui s’appellera l’Azawad. Bien de gens croyaient à du chantage afin de monter les enchères et avoir plus d’avantages dans l’administration malienne. Loin sans faux, le Mali est désormais face à un complot mûri et réfléchi avant même la chute de Mouammar Kadhafi.

Les soldats réfugiés sont passés à l’acte en attaquant les garnisons militaires de Ménaka et d’autres villes maliennes. L’armée malienne se bat dans la dignité contre ces rebelles, sans foi, ni loi qui veulent coûte que coûte briser l’unité nationale. Il y a certes eu des victimes de part et d’autres, mais les braves soldats des forces armées et de sécurité du Mali défendent la République avec honneur et dignité. Le débat sur le tapis Cette tentative de déstabilisation du Mali coïncide avec une année cruciale pour notre pays, notamment l’organisation des élections générales et particulièrement l’élection présidentielle du 29 avril 2012. Les attaques rebelles, la réplique des forces loyalistes et les agissements d’une certaine couche de la population ont instauré une psychose générale sur l’étendue du territoire national. Les populations sont, d’une manière ou d’une autre, inquiètes et commencent même à se poser la question sur la nécessité d’organiser des élections dans un tel contexte. Certaines d’entre elles, ont simplement fait le choix de l’exil pour, « assurer », leur sécurité. Pourrait-on tenir les élections dans une telle situation d’incertitude ? Pour le ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, seule la Cour constitutionnelle est habilitée à répondre à cette interrogation. Mais avant, les faits ne sont pas anodins. Il y a eu des morts et des blessés. Le pays est, qu’on le veuille ou pas, dans un état de guerre qui exige une mesure exceptionnelle. Des populations sont en train de se déplacer vers les pays voisins et aucun accord n’est encore envisageable. Bref, il y a problème. Et la solution est difficilement envisageable dans la mesure où le chef de l’Etat s’est engagé à remettre le pouvoir, le 8 juin 2012. Et le report de la date de la Présidentielle entrainera sans aucun doute le décalage des autres dates (passation de pouvoir, élections législatives…).

Mais le plus important, c’est la restauration de la paix et de la quiétude. Tout était prêt Tout est pourtant bien parti pour la tenue des élections générales en 2012. Le gouvernement malien a, à travers une commission nationale, procédé au toilettage des textes dans le cadre d’une réforme globale qui devrait aboutir à un référendum, couplé à la Présidentielle. Il y a eu, en rapport avec les partis politiques, la révision des listes électorales, la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et ses démembrements ; le vote de la loi électorale par l’Assemblée nationale ; l’adoption du projet de réforme ; l’investiture de plusieurs candidats à la Présidentielle de 2012 ; la mobilisation des militants dans une sorte de précampagne électorale ; etc. Voilà que cette crise imposée à notre pays vient bouleverser l’ordre établi. Les politiques continuent leurs activités comme si de rien n’était. Ils se contentent juste de condamner les actes barbares d’une rébellion soutenue ouvertement par la Mauritanie, si l’on en juge par les déclarations du ministre mauritanien des Affaires étrangères et des actes posés çà et là par le président Mohamed Ould Abdel Aziz. Le risque d’un report de ces élections n’est pas pour l’instant dans les agendas des différents états-majors politiques. Quant à la Cour constitutionnelle, elle attend certainement des propositions, soit des pouvoirs publics ou des partis politiques, afin de prendre une décision. Une décision que le peuple appréciera et qui pourrait changer les rapports de force. Idrissa Maïga

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