Elections générales : Qui contrôle les médias ?

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Les médias publics et privés sont, à tout point de vue, des acteurs majeurs du jeu électoral. Pour les échéances électorales de 2012 et plus particulièrement la Présidentielle d’avril, le rôle et la place des médias sont évoqués dans tous les discours et débats. Y-a-t-il des raisons qui justifieraient cette interpellation répétée du monde des médias? Réponse. La mission des médias a-t-elle tendance à changer en période électorale ? Aucune loi pour le moment n’évoque ce sujet. Sauf pour les médias publics dont l’accès pour les partis et les leaders politiques est régulé par le Comité national de l’égal accès aux médias d’Etat (Cneame), conformément à la loi 93-001/An-Rm du 6 janvier 1993. La discussion sur le rôle des médias en période électorale ne semble pas tarir.

Au quotidien, l’opinion nationale se plaint des déviations, des irrégularités et des excès de certains médias, accusées de parti pris ou de diffamation. Que ce soit en période électorale ou non électorale, les médias ont un rôle de sensibilisation, d’information et de formation du citoyen, censé être le dépositaire du suffrage universel. Mais les déviations constatées en longueur de journée ont ancré une certaine confusion dans la pensée collective sur le rôle des médias. D’où les interrogations sur le rôle des médias en période électorale. Un rôle, qui par essence, doit être cadré, par le Conseil supérieur de la communication (Csc) pour les médias privés et le Comité national de l’égal accès aux médias d’Etat pour les médias publics. Ce dernier est un organe indépendant de régulation, contrairement au Conseil supérieur de la communication, placé sous la tutelle du ministère de la Communication et qui ne dispose d’aucun moyen juridique de pression sur les médias privés.

L’existence de ces organes de régulation n’a pas permis de clarifier le rôle des médias en période électorale. Exceptionnellement pour les médias publics, le Cneame assure l’égal accès de tous aux médias d’Etat dans les conditions fixées par les lois en vigueur. Il veille à l’équilibre et au pluralisme de l’information en tenant compte des différentes sensibilités politiques, économiques, sociales et culturelles du pays ; à une gestion équitable du temps d’antenne et de l’espace rédactionnel consacrés aux candidats et aux formations politiques pendant les campagnes électorales. Réduire la pression sur les médias d’Etat C’est dans ce contexte, qu’il a publié, il y a deux semaines, un communiqué pour réguler la diffusion des activités des formations politiques sur les médias d’Etat en période non électorale.

Le Cneame a, ainsi, permis de réduire la pression sur l’Ortm et l’Amap, qui sont pris d’assaut par les candidats et les formations politiques. Le communiqué émane d’une décision prise par le Cneame lors de sa session ordinaire du 21 décembre 2011. La décision a pour objet de fixer et de garantir les conditions de l’égal accès aux médias d’Etat pour les formations politiques et les Associations à caractère politique en période non électorale. Cette décision impose à l’Ortm et à l’Amap de ne pas couvrir plus d’une activité dans la même semaine pour une même formation politique ou association à caractère politique. Mieux, le Cneame précise le temps d’antenne pour celles-ci. Pour les formations politiques, la durée du temps d’antenne dans le journal est de 2mn30 à la télévision et à la radio. Elles disposent d’un espace d’un quart de page dans L’Essor.

Les associations à caractère politique affiliées ou se réclamant d’un candidat parrainé par un parti politique ont 2mn dans le journal télévisé et radiodiffusé, et un quart de page dans L’Essor. Quant au Conseil supérieur de la communication, son rôle est ambigu pour le Malien lambda. Il est même décrié dans certains milieux de la presse. Dans tous les cas, l’impact de cette institution, censée réguler les médias privés, n’est pas perceptible dans le paysage médiatique de notre pays. En réalité, il ne dispose pas de moyens juridiques lui permettant de sanctionner les dérives de la presse privée.

Le Csc se contente de dresser un rapport annuel sur l’Etat de la presse et de faire des recommandations. De par ses attributions, il n’est qu’un organe consultatif. La fonction de régulation qui permet de mieux garantir la diversité, l’objectivité et le pluralisme de l’information, est partagée entre le Cneame et le ministère de la communication. Un nouveau système de régulation des médias En fait l’existence de deux organes de régulation des médias, qui est une spécificité malienne, n’a pas permis de clarifier le rôle des médias dans notre pays. Pis, elle en a rajouté à la confusion. C’est ainsi que la Commission Daba Diawara pour le renforcement de la démocratie a proposé, dans les réformes en cours, de mettre fin à cette dualité « coûteuse et inopérante » en proposant la dissolution du Conseil supérieur de la communication et du Cneame. Ils seront remplacés par un organe unique de régulation de l’audiovisuel. L’organe de régulation serait une autorité indépendante compétente exclusivement pour la régulation des médias audiovisuels, mais de tous, quel que soit leur statut juridique, public ou privé. Il disposera à cet effet de pouvoirs de contrôle et de sanction, et d’une autonomie totale au plan budgétaire et administratif.

 

Idrissa Maïga

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