Entretien avec Jeamille Bittar, candidat de l’UMAM à la présidentielle du 7 juillet : ” Ma candidature se fonde sur mon engagement et mon dévouement pour mon pays “

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Jeamille Bittar, candidat à l’élection présidentielle de juillet 2013 au nom de son parti, l’Umam, n’est mêlé ni de près ni de loin aux événements du Gms, contrairement à des affabulations distillées par le Syndicat de Siméon Kéïta qui s’acharne sur lui à coups de contrevérités, depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012. C’est ce qui ressort de cet entretien, dans lequel Bittar nous parle de sa sortie du Pdes, ses relations avec ATT après cette décision, la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, etc. Nous vous livrons cette interview dans  son intégralité.

 

Jeamille Bittar
Jeamille Bittar

On vous a vu remettre un document aux autorités, notamment au président de la République et au Premier ministre. Qu’en est-il exactement ?

Jeamille Bittar : J’ai remis ce document aux plus hautes autorités du pays au nom du Conseil économique, social et culturel dont je suis le président élu. Ce que vous appelez document, c’est en fait le recueil des préoccupations et attentes des populations. Nous avons fait le tour du Mali et nous sommes allés aussi dans des pays d’émigration de nos compatriotes où se trouve une forte concentration de Maliens, pour discuter avec tout le monde afin de recueillir leurs préoccupations et attentes, que nous avons consignées dans ce recueil, afin de le remettre officiellement au président de la République, au Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale. Ce travail est une exigence de la Constitution du Mali et nous nous y sommes conformés. Mais je dois avouer que c’est un travail passionnant qui permet de mieux cerner les préoccupations et attentes des citoyens de notre pays, toutes couches socioprofessionnelles confondues. En d’autres termes, c’est un très bon baromètre pour la gouvernance du pays.

Je dois préciser que cette tâche, je la trouve exaltante car il n’y a pas un coin ou recoin du pays où un pays à forte concentration de Maliens de la diaspora, que nous avons laissé dans le cadre de la collecte de ces préoccupations et attentes, au cours de laquelle, des échanges très intéressants permettent en même temps de jauger l’état d’esprit des populations, par rapport à beaucoup de choses et surtout, leur appréciation des paramètres de la vie nationale.

Cela voudra-t-il dire que Jeamille Bittar, candidat à l’élection présidentielle, est bien outillé pour savoir quoi proposer aux citoyens dans le cadre d’un projet de société ?

C’est exact de dire que je connais actuellement le pays mieux qu’il y a quelques années. Bien que, quand-même, je n’ai jamais été loin des Maliennes et des Maliens dans mes activités quotidiennes de tous les temps. L’expérience du Conseil économique, social et culturel est très enrichissante, mais je profite de l’occasion pour rappeler que j’ai accumulé, au fil des années, des expériences diverses à travers des activités variées. Pour rappel, j’ai été dans le milieu du sport, notamment comme président de la Fédération malienne d’athlétisme, entre autres responsabilités ; j’ai fait du syndicalisme dans le milieu des transports où j’ai eu à couver sous l’ombre de grands transporteurs et syndicalistes ; j’ai milité aussi dans des associations à but non lucratif. Tout ceci avant de devenir président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, président de l’Union nationale des chambres consulaires du Mali, vice président de la Chambre consulaire régionale de l’Uemoa et vice président de la Chambre de commerce africaine. Le Conseil économique social et culturel est venu couronner ce parcours que je n’ai pas décliné de façon exhaustive.

Il y a aussi vos activités politiques pour lesquelles vous vous êtes fait remarquer au sein du Pdes. Qu’est-ce qui a motivé votre divorce d’avec cette formation politique ?

Divorce ? C’est trop dire car je n’ai pas de problème particulier avec les cadres et membres de cette formation politique dont la plupart entretiennent encore de très bonnes relations avec moi. Et qui sait si nos chemins ne se croiseront pas un jour. Dans la vie, tout est possible. Je dois tout simplement préciser qu’en un moment donné, nous avions eu des divergences en ce qui concerne la vision politique et les orientations. J’ai reçu une éducation telle que je ne m’accommode pas de certaines situations de non-dits et de soumission absolue à une ligne politique que je ne trouve pas conforme à mes ambitions pour le Mali.

Je pense bien que l’histoire m’a donné raison car ce parti vient de tenir sa conférence des cadres et envisage de présenter un candidat à la prochaine élection. Je ne défendais pas autre chose que cette position et je souhaitais un débat interne, fort, à ce sujet. Lorsque j’ai compris que je devais chercher mon chemin, je l’ai fait, en transformant l’Union des mouvements et associations du Mali (Umam) qui me soutenait, en un grand parti politique d’envergure nationale. Il s’agit de l’Union des mouvements et alliances du Mali dont le sigle est Umam.

Mais justement, en son temps n’avez-vous pas lâché Att de qui se réclame le Pdes, en agissant ainsi ?

Je ne sais pas si oui ou non j’ai désobéi ou j’ai lâché le mentor du Pdes, mais je peux vous affirmer qu’Att n’était pas de mon avis, lorsque j’ai décidé de quitter le Pdes. Mais je ne ferai jamais partie de ceux qui, parce que le vent a soufflé, se permettent des développements désagréables concernant l’ex-président, même si nos relations n’étaient plus ce que les gens pensaient, quelque temps avant le coup d’Etat. En effet, lorsque pour la première fois je lui ai fait part de mon désir d’être candidat à l’élection présidentielle d’avril 2012, il m’a dissuadé, me demandant de ne pas le faire et d’attendre. J’ai respecté son conseil dans un premier temps, mais lorsque j’ai vu que le parti ne posait aucun acte allant dans le sens de la conquête du pouvoir, ce qui en mon sens est l’une des premières missions d’un parti politique, j’ai commencé à travailler avec les mouvements et associations qui me soutenaient, en vue de préparer ma candidature à la présidentielle.

Evidemment, cela a fait grincer des dents dans les rangs du parti où on continuait urbi et orbi à se réclamer d’Att, sans se déterminer sur les orientations et options par rapport au futur proche dont l’échéance d’avril 2012. On ne peut construire un parti politique sur cette base. C’est ma conviction. Sans révéler la quintessence de notre entretien, j’ai dit à Att que j’avais pris la décision d’aller aux élections et si cela demandait de quitter le Pdes, j’allais le faire. Malgré son insistance, pour me demander de rester au sein de ce parti, j’ai campé sur ma position et j’ai déclaré ma candidature, le 20 janvier 2012. Ensuite, deux jours après, j’ai créé le parti politique Umam, le 22 janvier 2012 comme c’est mentionné sur le récépissé de déclaration. C’est-à-dire, deux mois, jour pour jour, avant le coup d’Etat du 22 mars 2012.

Mais, c’est pourquoi des proches du pouvoir disaient en son temps que vous avez trop osé en bravant l’autorité du parrain qui était quand même le tout puissant président de la République.

(Rires). Vous m’obligez à entrer dans certains détails que j’ai tout le temps évité de déballer jusqu’à maintenant. Mais il faut bien en parler un jour et je pense qu’il faut commencer maintenant pour que tout le monde sache ce qui s’est réellement passé. En effet, les positions que j’ai prises n’ont pas plu à un certain niveau. Permettez-moi de parler comme cela pour ne pas personnaliser les choses. Et en choisissant de me porter candidat à l’élection présidentielle qui devait se tenir en avril 2012, c’est comme si j’avais demandé que l’on arrache déjà le fauteuil présidentiel de Koulouba pour me le remettre. C’est pour vous dire combien on a tenu à s’acharner sur moi avec des intimidations, des cabales et autres manœuvres. Mais j’ai tenu bon. Les Maliens ne doivent pas oublier que c’est bien avant le coup d’Etat du 22 mars 2012 que mon nom était malmené par-ci et par-là. Je comprenais que le fait d’avoir refusé de rester dans cette formation politique sans ambition de conquête du pouvoir et sans éclairci pour l’avenir, ne pouvait se passer sans douleur. J’ai assumé.

Pourtant, on vous prend pour un protégé de l’ancien président, Att. D’aucuns sont allés jusqu’à dire que vous êtes son dauphin ? 

(Rires !). Je pense avoir déjà trop dit sur ca. En effet, avec tout ce que je viens de vous révéler, personne ne doit plus s’imaginer que j’étais dans ses bonnes grâces pour les prochaines échéances électorales. Vous savez, comme je vous l’ai dit au départ, je ne tire pas sur un corbillard. En plus, Att est un homme que j’ai respecté et que je continue de respecter comme beaucoup de jeunes de ma génération, qui ont grandi en ayant à l’esprit les actes salutaires qu’il a posés lors de la révolution du 26 mars 1991. Ces souvenirs d’enfance sont comme les racines d’un arbre profondément ancré dans le sol. On ne les arrache pas facilement. Permettez-moi donc de ne pas trop parler de lui en ce moment où je suis concentré sur l’avenir.

Depuis quelque temps, des rumeurs circulent, comme quoi cinq de vos proches et non moins membres fondateurs de votre parti, à savoir Amadou Goïta, Beydi Diakité, Hamane Touré dit Serpent, Cheick  Coulibaly et Sékou Sidibé, vous ont quitté, arguant que vous ne vous présenterez pas à l’élection présidentielle, mais que vous travaillez plutôt pour les législatives. Qu’en est-il exactement ?

Je l’ai appris par voie de presse. Jusqu’au moment où je vous parle, je n’ai pas reçu leur démission. Je vous précise que Serpent, quant à lui, a été exclu du parti pour faute grave. En ce qui concerne les autres, rappelez-vous que c’est Amadou Goïta qui, lors d’une cérémonie publique au Palais de la Culture, m’a remis la lettre d’or avec les autres camarades, me demandant d’être candidat à l’élection présidentielle. Comme on est en politique, tout est possible, mais je précise que la présidentielle, pour moi, c’est l’engagement entre un homme et son peuple. Je n’ai pas besoin d’avis ni de conseil pour cette décision qui se fonde sur mon engagement et mon dévouement pour mon pays. Je suis candidat et je resterai candidat jusqu’à la victoire finale, c’est- à-dire quand je serai élu président de la République du Mali.

Est-ce donc à dire que la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, c’est derrière vous ?

Je vais répondre en vous posant une question. Est-ce que, vraiment, celui qui ambitionne d’être président de la République du Mali, doit perdre son temps pour un poste de président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali ? Vous voyez que la réponse coule de source et fonde ma démarche actuelle, empreinte de sagesse et de retenue. Mais n’empêche ! Je suis avec une équipe au niveau de la CCIM et j’entends aller jusqu’au bout du combat que cette équipe est en train de mener car nous avons été ensemble hier, nous sommes ensemble aujourd’hui. Demain appartient à Dieu. C’est un combat de principe et pour le triomphe du droit sur l’arbitraire. C’est donc un combat noble.

En plus, je considère que je suis toujours le président légitime et légal de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali parce que j’ai le droit avec moi. Ce qui a été confirmé par la Cour suprême. Dans les textes qui fondent la CCIM, il est dit que l’ancien bureau reste en place jusqu’à l’élection d’un nouveau bureau. C’est écrit noir sur blanc. Cette disposition m’avait permis de rester en place avec mon bureau, suite au contentieux électoral de l’année 2006, en attendant la fin du processus judiciaire de contestation des résultats enclenché par mes adversaires. Dans la jurisprudence de la CCIM, ce principe a permis à d’anciens présidents de rester aux affaires sans être inquiétés.  Pourquoi les choses devraient-elles changer aujourd’hui ? Parce qu’on a voulu peut-être appliquer une solution politique à un problème juridique.

Nous sommes dans une situation particulièrement délicate dans le pays. Ce qui exige de chacun d’entre nous le sens des responsabilités. Les membres du bureau sortant de la CCIM en sont conscients pour laisser les tribunaux et les responsables du pays gérer ce dossier pour le triomphe du doit et face à l’histoire. Si maintenant d’autres veulent, au contraire, profiter de la situation que vit le pays pour assouvir des ambitions personnelles par l’illégalité, nous les laissons dérouler leur plan machiavélique. Mais qu’ils sachent qu’un jour viendra où, entre Maliens, nous nous regarderons dans les yeux pour nous parler, et dire qui est qui et qui a fait quoi. Car nous sommes tous des fils du pays.

Justement, parlant de la situation délicate dans le pays, c’est l’occasion de parler de la sortie médiatique d’un homme se disant policier et membre du Syndicat de la Police nationale, plus précisément de la tendance Siméon Kéïta, qui affirme que vous êtes derrière le syndicat  adverse créé récemment au Gms, pour leur créer des problèmes ?

(Rires aux éclats! Avant de prendre un ton grave et sérieux). Je ne suis mêlé ni de près ni de loin à ces histoires. Nous avons d’autres préoccupations que de nous occuper de lutte syndicale au niveau de la police. Ce qui est sûr, chacun doit répondre de ses actes, plutôt que d’essayer de charger ou de vilipender les autres. Le ridicule ne tue jamais dans ce pays. Après avoir chanté que ce sont des cars de Bittar Trans qui ont transporté des mercenaires, après avoir claironné que Bittar a financé des mercenaires pour venir faire un coup, et j’ai été entièrement blanchi suite à ces affabulations, ces mêmes éléments reviennent aujourd’hui avec des propos diffamatoires. Le peuple malien n’est pas dupe et saura faire la part des choses. En d’autres termes, la poussière commence à se dissiper et on parvient à savoir exactement qui a fait quoi.

Par Youssouf Camara

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3 COMMENTAIRES

  1. N’importe quoi, des escrocs pareils qui veulent se donner une virginité! Tu rendra compte devant la justice inchAllah. Tout pour échapper à la justice. Il ne gagnera même pas dans son propre bureau de vote. Wait and see.

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