Et si on en parlait : Le politicien et les élections

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Le compte à rebours a commencé. Tout un chacun affûte ses armes pour la conquête de Koulouba ou de Bagadadji. Le député élu qui n’a jamais mis pied dans la localité où il est élu, se prépare encore à solliciter la voix de ces concitoyens. Ainsi va la vie. Ce groupe de délinquants politiques se sont entassés durant 5 années à la gloire des salaires et autres indemnités. Mais à quelle fin justement.

La fièvre des élections gagne tous les états-majors politiques. Les marchandages ont été des plus âpres pour la constitution des différentes listes de candidatures. Les alliances entre partis politiques ont été construites au terme de longues tractations non dénuées d’arrière-pensées et de calculs. C’est à donner de la politique l’image d’une jungle impitoyable où tous les coups sont permis, où toutes les audaces manœuvrières sont autorisées. Cet activisme forcené de la classe politique autour des toutes prochaines élections présidentielles et législatives a l’avantage de dévoiler les règles d’un jeu plutôt malsain : dans le contexte malien, le pouvoir au niveau national est vu et apprécié comme la face d’une seule et même médaille.

On ne peut concevoir qu’ayant déjà l’un, on ne s’engage pas plus avant pour conquérir l’autre. Et quand, au départ, on a été privé de l’un, on ne peut accepter de continuer à gérer un tel handicap en manquant de contrôler l’autre. Les acteurs politiques, de ce point de vue, quels qu’ils soient et où qu’ils se situent sur l’échiquier national, sont sur le point de livrer une bataille peu banale. Bataille dans laquelle ils jouent leur va-tout. C’est une question de vie ou de mort. Pour les uns, il s’agit de renforcer l’existant en ajoutant du pouvoir. Pour les autres, il s’agit de rester coûte que coûte dans le cercle du pouvoir, instruits qu’ils sont que, hors du pouvoir point de salut. En cela, le politicien et le joueur de cartes partagent une même définition du malheur : être déclaré hors jeu et se voir contraint de sortir du jeu faute de cartes en main.

Mais cette ruée des politiciens vers la base, vers nos villes et nos campagnes, vers le pouvoir local en d’autres termes, après qu’ils eurent tiré leurs salves et vidé leurs chargeurs dans les élections nationales, comme la présidentielle et les législatives, est symptomatique d’une maladie bien africaine, d’une maladie bien malienne: une faim dévorante de pouvoir, hélas et souvent, du pouvoir pour le pouvoir, le politicien ne se concevant pas hors son milieu naturel qu’est le pouvoir, un peu comme ce que l’eau est au poisson. Cette boulimie du pouvoir des politiques que révèlent, encore une fois et une fois de plus, les prochaines échéances, est l’une des graves infirmités qui affectent notre expérience démocratique. Elle risque, à terme, si nous n’y prenions garde, de pousser une telle expérience vers des voies d’impasse, vers des chemins de traverse.

 

Destin GNIMADI

 

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