Examen du projet de reforme sur les jeux de hasard : Le Gouvernement jubile, les religieux protestent

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En plus du front sécuritaire, universitaire et alimentaire mais aussi et surtout du tourbillon électoral qui se profile à l’horizon, le régime finissant du Président ATT s’apprête à faire passer au forceps un projet de loi qui fâche au plus haut point les religieux maliens (musulmans et catholiques) : la loi sur les jeux de hasard.


En effet, de sources parlementaires, les députés devront examiner et adopter lors de leur session du 16 janvier prochain la loi sur les jeux de hasard. Selon les mêmes sources le retour de ce projet de loi sur la table de l’Assemblée Nationale s’explique par une tradition parlementaire qui impose la reconduction mécanique des projets de lois non adoptés lors de la session précédente. Est-ce la simple raison de la présente session extraordinaire convoquée à l’initiative du Gouvernement sur différents projets de lois dont celle portant sur l’excision et les jeux de hasard ? Toujours est-il que pour les besoins de la cause le Gouvernement actuel en place a tenu coûte que coûte à conditionner nos honorables députés pendant ladite session. Nos sources parlementaires nous indiquent  en effet que le Gouvernement aurait fait un effort extraordinaire d’éponger tous les arriérés de nos honorables députés dans la foulée du réveillon de la Saint Sylvestre.


Mais au regard de l’extrême sensibilité de cette loi et de la réticence des milieux religieux ne sommes-nous pas en droit de nous interroger sur la pertinence et l’urgence de son débat aujourd’hui ? Force est en effet de se demander pourquoi après les péripéties de l’adoption du Code de la famille, le Gouvernement sans aucune concertation de fond et donc sans accord avec les milieux religieux (musulmans et catholiques) s’empresse de réchauffer le texte  de la loi sur les jeux de hasard à l’Assemblée Nationale. Que veut-il réellement ? Le pouvoir du Président ATT veut-il en découdre à nouveau avec les musulmans ?
A moins que se sachant sur le départ donc aucunement besoin encore du poids et du soutien électoral des 90% des électeurs musulmans et chrétiens, il ait choisi tout simplement de faire un pied de nez aux religieux maliens qui ont clairement exprimé toute leur désapprobation et leur opposition à la prolifération des jeux de hasard dans le pays. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir à qui peut bien profiter une levée de bouclier de religieux ? Est-ce aux députés qui ont été instrumentalisés pour les besoins d’une cause à tout point de vue satanique ? Vont-ils encore lier leur existence et sacrifier leur avenir politique et électoral au pouvoir en votant le texte pour faire plaisir au Gouvernement ? Ce qui est sûr, nombre d’entre eux qui sont déjà pistés par le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) pour avoir défendu,  voté et œuvré à faire voter le Code controversé de la famille le 3 août 2009 auraient à tout perdre, en cette période préélectorale, en prenant le risque de se mettre dans la ligne de mire des religieux qui avaient fait une condition préalable de leur retour à la table de négociation le retrait pur et simple des projets de loi sur les jeux de hasard et l’excision. « L’accord obtenu sur le Code des personnes et de la famille ne nous fera pas baisser de vigilance. Il y a les projets de reforme des lois sur l’excision et les jeux de hasard que nous considérons comme une véritable provocation à l’endroit de nos valeurs sociales et religieuses », avait prévenu la haute instance de l’islam malien.

Dioncounda Traoré en difficulté
Président de l’Assemblée Nationale du Mali et non moins candidat à l’élection présidentielle du 29 Avril 2012, le Professeur Dioncounda Traoré est aujourd’hui très embarrassé. En effet, pour le Code des personnes et de la famille, tout le monde sait comment les choses se sont passées et quelles difficultés Traoré a eu pour renouer le fil du dialogue entre les élus et les religieux. Le Professeur Dioncounda Traoré, Président de l’Assemblée Nationale, mais candidat à la présidentielle sous les couleurs de l’ADEMA a-t-il pris toute  la température de la situation ? Principal artisan du modus vivendi avec les religieux pour l’adoption du Code, le Président Dioncounda ne peut pas ne pas être en méconnaissance des préoccupations, des réserves et l’opposition catégorique des religieux quant à ces deux projets. Après le refus de son prédécesseur Ibrahim Boubacar Kéita de statuer sur ce fameux code de la famille, beaucoup au sein de la communauté des religieux ont le sentiment que quelque part, il y a un « un lobby de Satan » piloté par des gens insoupçonnables, des gens « haut placés », qui parlent au nom du Président ATT sans avoir l’aval, qui ont tout intérêt non seulement à mettre Dioncounda Traoré en porte à faux avec les musulmans, donc à saper sa candidature en faisant passer comme un politique qui joue un jeu double avec cette forte communauté représentative de 90% de l’électorat mais aussi à brouiller les pistes en donnant l’impression que c’est le Président de la République, ATT lui-même qui veut le vote de cette loi satanique.


C’est dire donc que personne dans le marigot politique malien n’a intérêt à un passage en force de ce projet de loi. Ni le pouvoir ATT qui cherche l’apaisement sur tous les fronts pour pouvoir conduire dans la sérénité les élections générales, ni le Président Dioncounda Traoré, candidat à la présidentielle du 29 avril 2012 qui compte sur le poids et la force de frappe des religieux encore moins les députés qui ne pourraient pas compter demain sur les gages d’un Gouvernement en fin de mission pour se faire réélire.
La logique et l’intelligence politique recommandent donc de renoncer pour le moment à l’examen et à l’adoption de ces projets qui fâchent.
Birama Fall
 

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