Face à la dégradation de la situation sécuritaire au Nord Mali :ATT pourra-t-il tenir les élections dans les délais ou va-t-il opter pour une nouvelle Transition ?

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A part les quelques rares et laconiques communiqués émanant du gouvernement et les avis de décès de militaires diffusés à la radio nationale, c’est le mutisme total sur la réalité du front au nord-Mali. Alors que la situation ne cesse de se dégrader. On parle de plusieurs centaines de soldats et de civils tués (égorgés) par ces groupes armés qui plantent, après chacune de leurs sales œuvres, le ” drapeau ” de leur «République de l’Azawad» sur le sol de ces localités. Face à cette situation, nombreux sont les Maliens qui se demandent si ATT serait en mesure de tenir les élections conformément au calendrier établi. Ou s’il ne va pas opter pour une nouvelle Transition? 

es nouvelles qui nous viennent du front au nord du pays sont si alarmantes qu’on a de la peine à les publier. Surtout qu’il s’agit d’oeuvrer, tous, pour la préservation de la paix, de la quiétude des populations et de l’intégrité du territoire national. En effet d’après les dernières informations, la ville de Niono a vécu, avant-hier, dans l’obscurité et cela, suite aux rumeurs de l’imminence d’une attaque des groupes armés sur la localité. Le préfet du Cercle, en séjour à Bamako, à l’instar de plusieurs autres représentants de l’Etat qui ont fui leur lieu de travail, a été informé qu’une quarantaine de véhicules 4×4 appartenant aux bandits armés faisait route sur la capitale du riz. Ce qui a créé une panique sans nom, obligeant des officiels et des éléments des forces armées et de sécurité à mettre à l’abri leurs familles.

C’est la même situation qui s’était produite à Nara, il y a de cela deux semaines. Une radio communautaire avait eu l’imprudence d’annoncer que des groupes armés se dirigeaient sur cette localité. Là encore, les forces armées et de sécurité se sont vues dans l’obligation de réunir leurs familles en un endroit sécurisé avant de les faire convoyer, le lendemain, sur Bamako.

D’après des sources bien informées, les forces armées ne seraient plus visibles dans des villes telles Goundam et Tombouctou. Ne parlons pas des localités attaquées, en mi-janvier, par des groupes armées qui se sont rendus coupables d’assassinats  odieux et de prédations massives. En effet, à Aguel Hoc et à Anderamboukane, par exemple, les assaillants ont égorgé, comme on le ferait avec de la volaille, les militaires qui ont été capturés. A Léré, il semblerait qu’ils ont eu à enlever les plaques solaires alimentant le château d’eau de la ville. Hier, dans la soirée, c’est la ville de Niafunké qui a essuyé les feux nourris des bandes armées. Avec tout ce que cela est susceptible de créer comme situation de panique au sein de la population.

En un mot, face au silence des autorités, c’est la rumeur qui s’amplifie et s’empare de la ville, de toutes les villes situées dans les régions nord. Dans les grins et les salons huppés à travers le pays, tout le monde ne parle, aujourd’hui, que de la situation au nord. D’ailleurs, une bonne partie de l’opinion pointe du doigt le président ATT comme responsable de la situation. Au motif qu’elle l’arrangerait dans sa présumée volonté de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel. Devant prendre fin le 8 juin prochain. Quelle ignominie!

Mais admettons même que cela soit une aberration, voire une pure méchanceté d’aigris sociaux ou d’adversaires politiques, une chose est sûre : il sera difficile, voire impossible que la présidentielle du 29 avril 2012 puisse se tenir dans la situation de guerre dans laquelle notre pays est en partie  plongé. Et cela avec ou sans ATT à la tête de l’Etat.

Que peut maintenant faire ATT ?

Face aux propos non convaincants du ministre de l’Administration territoriale, le Général Kafougouna Koné, il est à craindre que le pouvoir ne soit à même d’organiser, à terme échu, la présidentielle du 29 avril 2012. Ne parlons même pas des législatives de juillet prochain. Car, il faudra d’abord franchr avec succès le cap de la présidentielle. Raison pour laquelle, les Maliens s’interrogent, inquiets, ne sachant même plus à quel saint se vouer. De plus en plus, les autorités faisant preuve de fatalisme face aux menaces qui endeuillent, chaque jour que Dieu fait, une famille malienne.

Au sein de l’Armée, la situation n’est pas moins préoccupante. Certains soldats envoyés au nord ne cessent de se plaindre du manque de logistique et de carburant…pour ne pas en dire plus. De jeunes soldats, dont certains sentent encore le lait maternel, se plaindraient beaucoup n’étant pas préparés à ce genre de situation. Quand on sait également que beaucoup d’entre eux ont choisi le métier des armes dans le but uniquement d’échapper au…chômage. D’où des désertions en cascades, d’après plusieurs sources.

Face à cette situation sécuritaire des plus inquiétantes, ou ” bèe bi i babolo ” (chacun ne pouvant compter que sur les bénédictions de sa maman), beaucoup de nos soldats se seraient enfuis au Niger voisin.

Va-t-il conduire une nouvelle

Transition? ?

Quant au président ATT, il est en train de déployer toutes les ressources de sa diplomatie afin d’arrêter cette guerre contre Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui n’a dit son nom que très tardivement. Mais comme on le voit, le ministre des Affaires étrangères, Souleylou Boubèye Maïga, semble être déjà à bout de souffle. Dépassé qu’il est lui-aussi par la résurgence de cette rébellion transformée en groupes armés dotés d’une puissante force de frappe.

La dernière sortie, sur une radio internationale du ministre mauritanien des Affaires étrangères, en dit beaucoup sur la dégradation des relations entre le Mali et ce pays qui accuse également nos dirigeants d’être le maillon faible de la guerre contre Al Qaïda au Maghreb islamique. Notre pays paye, désormais, la très malheureuse décision de Koulouba d’avoir  autorisé l’entrée sur le territoire national des ex-militaires libyens – qu’on dit d’origine malienne -, après le renversement du pouvoir de Mouammar Kadhafi.

Maintenant que les régions de Tombouctou, Mopti, Gao, Kidal et une partie des régions de Ségou (Niono) et Koulikoro (Nara) connaissent une situation sécuritaire grave et préoccupante, peut-on parler d’élections dans ces conditions ? Voilà toute la question que ne cessent de se poser les Maliens de toutes conditions sociales. Riches comme pauvres, puissants comme ceux au pouvoir d’achat érodé, tous sont inquiets. Si ATT n’arrive pas à organiser les élections, que deviendra le pays ? Va-t-il lui-même conduire une nouvelle Transition ou va-t-il laisser le fauteuil présidentiel, au terme de son mandat le 8 juin prochain, à un président intérimaire qui va organiser le retour de la paix et…plus tard les élections ? A trois petits mois de la présidentielle du 29 avril, tous les scenarii sont envisageables.

En tout cas, tout le pays a aujourd’hui intérêt à prier pour que le président ATT réussisse à chasser le démon, c’est-à-dire bouter hors du pays les groupes armés venus parfois de l’étranger porter mains fortes  aux bandes criminelles vivant de rapines et d’assassinats. L’initiative du Haut conseil islamique (HCI) d’organiser, le vendredi prochain, une grande prière à la Grande mosquée de Bamako, pour le retour de la paix au nord est donc la bienvenue.

Mamadou FOFANA

 


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