« LES REVELATIONS » D’ARSENE LEPIGEON : L’incompréhensible silence de Koulouba

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Le président Amadou Toumani Touré a-t-il vraiment poussé la témérité jusqu’à s’allier avec le bourreau des Maliens de la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire Laurent Gbagbo ? Arsène Lepigeon n’hésite pas à répondre par l’affirmatif dans un tract sur le site www. Fnci. info. Une accusation terrible contre Koulouba soupçonné de torpiller les efforts de la Cédéao pour bénéficier de la générosité de Gbagbo. Paradoxalement, Koulouba garde le silence. Un silence contrarié ou coupable ? Ce qui est sûr, le palais doit sortir de sa réserve parce que c’est tout le peuple malien qui est atteint dans sa dignité à travers lui.

Le 6 octobre 2006, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) s’étaient retrouvés à Abuja (Nigeria) avec un seul objectif : isoler Laurent Gbagbo ! Mais, ils auraient été contrariés par la surprenante position du président malien. Pourquoi ? Selon un tract diffusé sur le site des Forces nouvelles et signé d’un certain Arsène Lepigeon, ATT aurait signé un deal avec son homologue de la Côté d’Ivoire. « Tu prends ma défense à la Cédéao et je finance ta campagne tout en neutralisant ton grand rival (Ibrahim Boubacar Kéita) » : tel peut-être le résumé de l’alliance ATT-Gbagbo, selon Arsène Lepigeon. Il s’en suit une panoplie d’accusations graves contre le président Amadou Toumani Touré.
Mais, comme dans le scandale soulevé par le livre, « ATTcratie, la promotion d’un homme et de son clan », la réaction de Koulouba se fait toujours attendre. Et pourtant cette affaire est en train de prendre une ampleur qui ne peut que ternir l’image du Mali. Ce n’est ni le démenti d’Albert Bourgi ni les élucubrations des « nègres » du régime qui blanchissent celui que l’Elysée appellerait désormais le « furtif ».

Le premier nommé s’est contenté, dans une interview très peu convaincante, de se disculper personnellement de son rôle d’intermédiaire entre ATT et Gbagbo. Mais, il se garde d’avoir une position tranchée sur une éventuelle alliance entre les deux hommes d’Etat. Ce qui en rajoute à la controverse. Tout comme d’ailleurs le communiqué du gouvernement qui n’apporte rien de nouveau ou du moins en rajoute à notre carence diplomatique dans la crise ivoirienne.

A défaut de juger de la véracité des faits reprochés au locataire de Koulouba, il y a néanmoins une vraisemblance dans les accusations. En tout cas les circonstances ne plaident pas en sa faveur. D’abord ces derniers temps, les missionnaires du palais se sont succédé au bord de la Seine. Pour uniquement faire la lumière sur le livre « ATTcratie » ? Ensuite, notre diplomatie a beaucoup brillé par son ambiguïté dans la gestion de la crise ivoirienne. Et cela au nom d’un supposé devoir de réserve pour ne pas exposer la vie de nombreux Maliens vivant en Côte d’Ivoire. Mais, en réalité, cette réserve cache mal les tergiversations du grand manitou de la diplomatie malienne. Tantôt flirtant avec les Forces nouvelles et l’opposition politique, tantôt charmeur à l’égard du pouvoir illégitime d’Abidjan, le rôle de nos dirigeants dans cette crise n’est pas sans équivoque.

C’est d’ailleurs sur cela que repose, en partie, les accusations d’Arsène Lepigeon. « Depuis le début de la crise ivoirienne ATT s’est toujours caractérisé par le double jeu. Ses tergiversations, sa concussion d’avec la rébellion ivoirienne et sa compromission vénale avec le régime de Laurent Gbagbo lui imposaient le silence… Pour certaines diplomaties, le soutien affiché d’ATT au régime d’Abidjan est une très grande surprise tant il est vrai que Laurent Gbagbo n’a jamais manqué l’occasion d’accuser le Mali de soutien avéré à la rébellion », écrit-il dans ses révélations sur le site des Forces nouvelles.
Et ce n’est non plus un secret pour personne que les casseurs de la Bceao de Bouaké ont fait la pluie et le beau temps dans certains quartiers de notre capitale. Ils se disaient intouchables avant de brusquement disparaître dans la nature. A l’insu de notre service de renseignement ? Cela ne serait pas non plus à l’honneur de ce régime et de ses serviteurs. Alors ces gentlemen cambrioleurs bénéficiaient du soutien de qui ? Ce qui est sûr par rapport au dossier Bceao, les révélations d’Arsène Lepigeon corroborent celles de « Le Sphinx ».

L’autre constat qui apporte l’eau au moulin de Lepigeon, c’est la disgrâce des Forces nouvelles et de l’opposition politique ivoirienne qui se font aujourd’hui rares dans notre pays. Ceux qui se hasardent encore à Bamako se font encore plus discrets que par le passé. Tout porte donc à croire qu’ils ne sont plus dans les bonnes grâces de Koulouba. Ils ont donc préféré prendre leur distance pour éviter toute surprise désagréable.

Du sang malien sur l’autel du pouvoir de Gbagbo

Même si les révélations d’Arsène Lepigeon sont « mensongères et calomnieuses », elles sont vraisemblables à l’analyse critique et objective de la situation et surtout de la position affichée par le président malien. Il n’y a aucune logique ou cohérence dans ses actions diplomatiques. C’est pourquoi le silence adopté par Koulouba n’est pas la meilleure stratégie pour se disculper aux yeux de son peuple et de la communauté internationale. Qu’est-ce qui s’est réellement passé à Abuja le 6 octobre dernier ?

Tout tourne autour de ce sommet. Avec une campagne de communication adroite et discrète, le régime peut lever toute équivoque sans trahir le secret du huis clos d’Abuja. Aujourd’hui, le peuple malien ne demande qu’à savoir la vérité. Et le président, surtout sa cellule de communication se doit de nous la donner. Le pouvoir ne peut plus se contenter de se complaire dans ce silence mitigé. Il a le devoir de réagir parce que ce qui lui est reproché est assimilable à une haute trahison.

L’accusation est d’autant grave qu’aucun Malien ne peut comprendre que leur président puisse s’allier avec un xénophobe dont la main est toute rouge du sang de ses compatriotes. En effet, le Mali a payé le plus lourd tribut à la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002. A l’occasion des élections de l’an 2000 qualifiées de calamiteuses par Laurent Gbagbo, des gendarmes ivoiriens ont massacré, dans le quartier d’Abobo, des populations qui réclamaient la reprise du scrutin.

Le lendemain, un charnier de 57 cadavres est découvert dans le quartier périphérique de Yopougon. On y découvre des corps d’une quinzaine de Maliens injustement exécutés. Après les attaques des assaillants le 19 septembre 2002, la chasse aux étrangers devint le sport favori des partisans de Laurent Gbagbo. Ainsi, des Maliens sont poursuivis et assassinés, leurs habitations saccagées et brûlées, d’autres encore spoliés de tous leurs biens…
Le 28 octobre 2002, Amnesty International dénonce les affreuses tueries de Daloa en Côte d’Ivoire. Les victimes sont essentiellement maliennes. Parmi elles l’imam Sylla Gaoussou et son adjoint Haïdara Cheickna Amala. Dans la même période, un charnier fait par l’armée gouvernementale est découvert à Monoko-zohi. On dénombre une trentaine de Maliens massacrés. En décembre 2002 dans la ville de Man, les troupes fidèles à Laurent Gbagbo abandonnent dans leur fuite une dizaine de charniers humains. Des Maliens sont nombreux à y périr. A ce jour, personne n’a chiffré avec exactitude le nombre de victimes.

Un peuple humilié

Le 4 novembre 2004, Laurent Gbagbo lance son aviation à l’assaut des zones rebelles. Bouaké est bombardé. Des camionneurs maliens sont tués. Le 28 février 2005 les miliciens libériens, à la solde de Laurent Gbagbo, massacrent dans l’Ouest de la Côte d’ivoire des allogènes. De nombreux citoyens maliens y ont péri.

Le peuple malien a payé et continue de payer un lourd tribut à la guerre ivoirienne. Et ce n’est pas en s’alliant avec le démon d’Abidjan que cette sanguinaire tendance serait inversée. Bien au contraire, Gbagbo va continuer de se servir des étrangers, notamment des Maliens, comme des otages pour se maintenir au pouvoir.

Personne ne comprendrait que le président du Mali s’allie à celui qui est l’instigateur du massacre de ses compatriotes. Le peuple a droit à une réponse à ses interrogations légitimes et non au silence du palais. Et comme le dit Arsène Lepigeon, « en Afrique, ne dit-on pas généralement que l’épouse du président de la République est bien son peuple ? Il lui jure fidélité. Prête serment de le défendre et de le protéger partout et en toute circonstance ». C’est la raison fondamentale qui doit pousser Koulouba à réagir aux graves accusations du « Sphinx » et d’Arsène Lepigeon. Le régime se doit de répondre d’autant plus que tout Malien peut se sentir humilier par le ton du pamphlet d’Arsène Lepigeon.

L’auteur le dit lui-même : « Que penser d’un chef d’Etat dont des centaines de citoyens innocents ont été injustement massacrés et qui réussit l’exploit de s’allier au meurtrier ? Les Maliens déjà pauvres seraient-ils des couards ? Les Maliens auraient-ils cessé d’être les dignes fils des grands guerriers comme Soundjata Kéita ? Les exploits de ce dernier lors de la bataille de Kirina demeurent-elles une référence dans les livres d’Histoire africaine ? Modibo Kéita, homme d’honneur qui ne baissait pas la tête devant le général de Gaulle (ce sont les confidences du général lui-même) doit se retourner dans sa tombe. La fierté du peuple malien est bafouée. Le Maliba est humilié » !

Qu’attendre de Koulouba si ce n’est de laver notre honneur en apportant les preuves concrètes de son innocence ?

Moussa Bolly

Lepigeon répondu, « Le Sphinx » attend

« Ridicule, inappropriée, subversive… confuse » ! Ce sont là quelques réactions à la déclaration faite par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale par rapport aux accusations d’Arsène Lepigeon. Se croyant dans le bon rôle pour justifier la position du Mali dans la crise ivoirienne, ce département se couvre de ridicule par ce communiqué tiré par les cheveux, certainement imposé. Ce texte lamentable n’apporte rien de nouveau sur la position ambiguë du Mali qui sert de lit aux accusations de Lepigeon. Ce communiqué, censé clarifier et justifier la position de notre pays dans cette crise, met plutôt en évidence notre carence diplomatique, ses balbutiements dans la gestion d’une crise dont les Maliens sont les boucs émissaires. Justifier la position actuelle du Mali, c’est également justifier le massacre des Maliens en Côte d’Ivoire.

Ce qui est surprenant également, pourquoi les AE ont précipitamment répondu à Arsène Lepigeon et continuent de garder le silence sur « ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan » ? Et pourtant, premier à paraître, le pamphlet malmène notre diplomatie. Cette réaction apporte de l’eau au moulin de « Le Sphinx ». Comme on le voit, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale est passé à côté d’une bonne occasion de se taire pour de bon !

M. B.

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