ATT-CRATIE… Et si le coup venait du Palais ?

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L’auteur s’identifie comme un homme du sérail et se situe parmi les victimes comme d’autres l’ont été durant leur passage à la Présidence de la République, dans certains Ministères et à la Sécurité d’Etat.

A la traque du Sphinx ; ainsi pourrait s’intituler la fuite en avant du régime ATT après la publication ce mois de septembre aux Editions L’Harmattan du bouquin « ATT-cratie : promotion d’un homme et de son clan ». Assommé par le contenu et le ton au vitriol de ce bouquin, le régime du président ATT qui abhorre la moindre contrariété a fortiori des critiques acerbes, dans sa fuite en avant, cherche un bouc émissaire, et pour les besoins de la cause, pointe un gros doigt accusateur sur son principal adversaire : Ladji Bourama et son parti.

Le Sphinx n’est pas un fantôme, mais il trouble dangereusement le sommeil d’un régime berné et dorloté par les sérénades d’une philharmonique d’opportunistes, de courtisans et zélateurs de tous acabits qui n’ont cesse de lui miroiter une victoire sans anicroche, sans combat et sans bruit à l’horizon 2007. Comme dans un cauchemar, le réveil du somnambule, avec la parution du livre et la publication de larges extraits dans nos colonnes, a été quelque peu agité voir mouvementé dans l’entourage de Koulouba.

Usage d’un nom de plume

En effet, depuis lundi dernier, la chasse est ouverte : sont réunis en cénacles les éminences grises du palais, toujours surprises par les évènement, parce que ne voyant pas plus loin que les intérêts immédiats, et les fouineurs en mission avec de gros moyens de missionnaires. Objectif : démasquer « qui se cache derrière le Sphinx ?». Comme si la publication d’un livre en France était un jeu de cache-cache ! Il faut être d’une maigreur littéraire et intellectuelle pour se scandaliser de l’usage d’un nom de plume, ce qu’on appelle pompeusement le pseudonyme à propos du livre « ATT-cratie : promotion d’un homme et de son clan ». Sinon Mongo Béti ne serait jamais Eza Boto, Thio Diarra ne serait jamais Mandé Alpha…

Simon n’aurait jamais été Hergé (Tintin), le célèbre Rabelais (auteur de Gargantua) n’aurait jamais été Alco Friba Nasier. Mais la politique a ses raisons que l’usage littéraire ignore. C’est pourquoi, nous avons eu raison, dans notre édition du lundi dernier, en évoquant pour la première dans nos colonnes la publication de ce livre, d’écrire que « derrière « Le sphinx » une foule d’interrogations peut fuser et pour les besoins de la cause des zélateurs ne manqueront pas d’en prendre alibi pour discréditer le travail de fourmi abattu ». Même si l’auteur dit que son ouvrage « qui est le fruit de trois années de collecte d’informations, de questionnement, de discussions, de recoupements, d’observations, de lectures, de constats, et de témoignages, veut être un éclairage sur le pouvoir du Général ATT, sur l’homme, ses proches d’où le titre « L’ATT-cratie = la promotion d’un homme et de son clan ».

Fuite en avant

Un livre, c’est, au-delà de l’auteur ou des auteurs, un contenu, un fond et une forme d’expression littéraire et intellectuelle. Mais, hélas, comme c’est la pratique sous ce régime, on a encore choisi d’occulter le fond pour personnaliser le débat, de ramener encore tout à ATT, pour ou contre ATT. Et cette fois-ci, C’est Koulouba lui-même qui prend la tête de la fuite en avant. Selon plusieurs confrères, citant à satiété le palais présidentiel, ce travail ne peut être que l’œuvre d’adversaires au président ATT, adversaires que Koulouba identifie en la personne de IBK et de ses folliculaires constitués en comité de rédaction du livre avec des détails à la husarde. En laissant à Koulouba l’entière responsabilité de ces accusations, à IBK et à son parti celle de se défendre ou d’assumer, nous avons, quant à nous, à Info-Matin, notre idée sur la question devenue spéculative sur qui pourrait bien « se cacher derrière le Sphinx ». Parce qu’avant IBK et son comité de radaction, trouvé génialement par Koulouba, n’avait-on pas songé à faire chapeauter l’affaire par Soumeylou Boubèye MAIGA ?

Tare congénitale

En effet, des échos nous sont parvenus que les éminences grises avaient, avant de trouver la parade politicienne et leur bouc émissaire en la personne du gros malinké, soutenu mordicus que c’est votre serviteur lui-même qui serait l’auteur du livre. Et plusieurs personnes dont des lecteurs nous ont remonté la rumeur. Nous aurions aimé et être honoré d’en être l’auteur, mais nous ne sommes pas fait dans un filon d’usurpateur. Et pour la petite anecdote, nous avons notre projet et si ça se concrétisait un jour nous le signeront en gros caractères SAMBI TOURE pour éviter toute équivoque, ne serait-ce que pour ne pas donner du travail aux courtisans. Et même là, ils diront que nous l’avons pondu sous la dictée d’IBK, comme hier on nous prenait comme de simples nègres de Mountaga TALL, de Choguel MAIGA ou d’ATT lui-même.

C’est une tare congénitale de la démocratie malienne que de voir derrière chacun et chaque acte posé manipulation grossière, fuite de responsabilité, adversaires, opposants… Depuis les fameuses mains invisbles : le Mouvement démocratique était derrière les manifestants, les Mountaga et Mala manipulaient les scolaires et les syndicats. Maintenant, les anciens dirigeants de l’Adéma, regroupés dans le RPM, se cachent derrière les écrivaints ; demain, on trouvera ATT actionnant les journalistes ! Quel misérabilisme démocratique !

Pour notre part, nous tenons à une hypothèse plausible à travers le portrait robot de l’auteur du livre. C’est un homme (ou une femme) qui n’a pas la maturité politique de Soumeylou Boubèye MAIGA, la stature d’homme d’Etat de IBK, la beauté de la plume de Saouti HAIDARA ou Toumani N’Djimé DIALLO, l’estime et le respect qu’a votre serviteur pour ATT. Ce n’est pas non plus un de ces courtisans alimentaires qui utiliserait son temps à vilipender son idole encore moins un opposant (genre tisserand) qui ne manquerait sûrement pas d’encenser au passage son Ladji Bourama. C’est un homme (ou une femme) parfaitement informé qui ne s’est pas contenté de faire une compilation d’articles, contrairement à ce qu’on veut faire croire.

Gards du sérail

C’est pourquoi, nous pensons que Le Sphinx ne pourrait être qu’un gars du serail. Soit un de ces fidèles du palais sans conviction et déçu pour n’avoir pas été suffisamment récompensé, soit un de ces laudateurs et courtisans bien introduits en mission. Parce que, à notre modeste et humble avis, au-delà de tout ce qu’on savait peu ou prou, des faits rapportés par la presse malienne et d’autres largement commentés dans les grins, il y a dans « ATT-cratie : promotion d’un homme et de son clan » certains faits et certaines informations qui n’ont jamais été à la portée d’un journaliste malien et qui ne sont susceptibles d’être qu’à la portée des gens d’un certain cercle restreint. Nous avons assis notre conviction en lisant et relisant le livre à travers un certain nombre de faits rapportés par Le Sphinx. Trois exemples pour illustrer notre argumentaire :

1- L’affaire des jeunes filles, consultées à la Clinique Pasteur et acheminées en Lybie par un très proche du président ATT.
2- L’affaire de la reforme des voitures de la Sécurité d’Etat
3- L’affaire du passage à tabac de Dragon.

Pour les deux dernières, convenons tout de même qu’il faut être du saint des saints, à moins que nos services de renseignements ne soient un passoire ou un parloir, pour savoir qu’un DG de la SE a frauduleusement reformé une Nissan Micra et ou une 4X4 à 200.000 FCFA à son profit ou que ce sont tels ou tels responsables de la SE qui étaient chargés de mener l’opération de passage à tabac d’un journaliste. En tout cas, journaliste d’investigation (un peu rouillé, peut-être) que nous sommes n’étaient pas sur ce coup dans le secret des dieux. Pour savoir ces informations avec autant de détails, il faut être du serail ou avoir accès aux fameux BRQ ; ce qui n’est malheureusement pas du ressort de Monsieur tout le monde.

Pour ce qui est de la première, en aucun moment, un pareil scandale n’a été ébruité a fortiori éclaté au Mali comme ce fut le cas on se rappelle, il ya quelques années au Sénégal. Si la presse avait eu vent, elle en aurait fait ses choux gras.

Il en est ainsi de plusieurs scandales révélés dans le livre. Contrairement à ce que dit Koulouba, l’auteur du livre ne s’est pas limité à faire une compilation d’articles de presse. Par-dessus tout, l’auteur du livre lève un coin de voile sur son identité dans le passage consacré aux remerciements, lorsqu’il écrit : « Nous espérons que ce livre sera perçu comme l’oeuvre et la voix de tous les patriotes qui refusent le système de pensée unique, de toutes les personnes opprimées, victimes d’injustice comme certains d’entre nous l’ont été durant leur passage à la Présidence de la République, dans certains Ministères et à la Sécurité d’État ». Voilà pourquoi nous pensons que ce gars est un proche ou a été très proche du président ATT.

Pris de court

D’autre part, l’intérêt de « ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan » ne réside pas, à notre avis, dans l’identité et la qualité de l’auteur ou des auteurs. La publication du livre pose au régime du président ATT un certain nombre d’équations permanentes dont l’adéqation avec les solutions idoines n’est pas toujours des plus adroites :

1- Manque d’anticipation : gouverner, c’est prévoir. Sous le président ATT, il est remarquable que le régime a toujours été pris de court et s’est toujours retrouvé sur les dents par rapport à certains évènements dont la prévision ne relevait guerre de la sorcellerie : rapprochement Adéma-RPM, cases consécutives au match Mali-Togo, coup de force raté pour faire démissionner IBK de la présidence du parlement et éjecter le RPM hors du gouvernement, réconduction de Salif KEITA à la tête de la FEMAFOOT, attaques des casernes de Kidal et de Menaka… Il était donc de la logique des choses que le régime ait été surpris de la publication de ce bouquin à sensation.

2- Absence de réactivité : la personnalisation et la personnification du débat et des problèmes étant de l’essence même du régime du président ATT, on a toujours débouché sur des faux fuyants et des fuites en avant. Tous les problèmes sont abordés et traités en « pour ou contre la réélection du président ATT », il était donc logique que les éminences grises du palais ne voient dans « ATT-cratie : promotion d’un homme et de son clan », qu’une valse de diatribes gratuites et un pamphlet politique d’adversaires d’ATT peu courageux et qui espèrent par ce moyen empêcher son second mandat.
Traque au Sphinx

La preuve ? Qu’est-ce qu’on a pas entendu dans la gestion de la rébellion avec la signature de l’accord d’Alger ? Ceux qui ont dénoncé l’accord sont contre ATT et la paix ; ce sont des ennemis de l’unité nationale, tuti qanti. Est-ce la première fois qu’on indexe les adversaires politiques dans les crises auxquelles le régime du président ATT est confronté ? C’est toujours les mêmes ; soit IBK, soit Boubèye MAIGA ; les agitateurs qui ont opté pour l’entrisme dans le régime ATT peuvent manœuvrer à leur guise.

3- Manque de cohérence : en indexant X ou Y comme étant l’auteur caché du livre derrière Le Sphinx, Koulouba ne prend-t-il pas le risque de confirmer et de créditer tout son contenu ? Parce qu’en ouvrant d’une part la traque au Sphinx, jusqu’à Paris (sic !) non seulement on écarte de facto la piste IBK faussement donnée aux confrères (dont la bonne foi aura été trompée) et d’autre part, en ne s’accrochant qu’au « qui se cache derrière le Sphinx » on accorde tout le mérite et le crédit qu’il sied au fond de son livre dont le régime se garde d’attaquer et de contredir. Et là, le régime, de manière amateuriste, tombe dans le piège du Sphinx : «Sachant que le régime mettra tout en oeuvre et usera de l’arbitraire qui le caractérise, en mettant à contribution la Sécurité d’État, pour découvrir nos sources, nous rassurons nos informateurs que leurs identités seront préservées ».

Un président attaqué

Or, sous d’autres cieux, au Sénégal par exemple dont on s’inspire maladroitement sans en avoir l’étoffe et la compétence, l’entourage sérieux d’un président « attaqué » a apporté la contradiction et relevé le défit de l’honneur atteint. Les hommes du président ATT seront-ils capables d’apporter la contradiction au Sphinx ? Où ont-ils peur que dans son second tome, il enfonce davantage le clou ? A moins que tout ceci ne procède d’une stratégie de victimisation montée de toute pièces par des amateurs sorciers en politique qui espèrent par cette catastrophe faire attendrir les maliens sur la gestion abraccadabrantesque des affaires tel que décrite par «ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan ». Ce que dit le Sphinx est clair : « « le système ATT (…) se caractérise entre autres par :

– la confiscation de la démocratie par un homme et son clan et l’irrespect des règles démocratiques élémentaires,
– le culte de la personnalité, le système de pensée unique,
– la valorisation du mensonge et de la rumeur, l’irresponsa¬bilité et l’impunité comme mode de gestion du pouvoir,
– l’affaiblissement de l’État au profit des individus, l’affai¬risme, la corruption et la compromission,
– le régionalisme et la culture de l’informel dans la conduite des affaires publiques,
– la menace, l’intimidation et la violence,
– la culture de la médiocrité et d’ascension des moins méritants. »

Alors messieurs, au lieu de chercher à identifier « qui se cache derrière le Sphinx » ou attraper « ce Sambi là pour lui donner une leçon comme Dragon », pour le régime fortement entamé, apportez-y en toute transparence et en toute démocratie des élements de réponses. Ainsi, l’honneur de « l’homme et de son clan » sera sauf. Mais tabasser « ce sambi là », ça ne changera rien aux faits et ça ne sera sûrement pas la réponse appropriée au problème du régime. Lorsque le colonisateur a demandé à notre maitre, Cheick Hamahoullah, qu’est-ce qu’il doit faire pour le faire souffrir, notre maitre n’avait-il pas répondu : «tu peux me frapper, m’emprisonner, m’interdir de prier, tout cela ne me fait pas souffrir, si tu tiens à me faire souffrir, empêche-moi de penser à Dieu » ! Moulé dans ce socle, nous sommes des idéalistes qui croient aux vertus de la vérité et de la dignité, mais aussi au saccerdoce de ce noble métier d’informer, objectivement et impartialement…

Mais, ni bignè gnini na sen bè bignè kan… « La vérité, a toujours soutenu le Sage de Horokoto, finira toujours par triompher. » Et Marx a dit : on peut tromper tout le peuple pendant un temps, une partie du peuple pendant tout le temps, mais jamais tout le peuple tout le peuple.
Don ka djan à sèbali tè.

Par Sambi TOURE

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