ATT-cratie : L’échec d’un homme et d’un système

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Le livre qui vient juste de paraître aux éditions l’Harmattant (« ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan ») conforte pour une large part les prises de position du Quotidien des sans voix, prises de position prémonitoires mais hélas souvent jugeés radicales et oppositionnelles depuis juin 2002.

A Info-Matin, nous avons alerté, critiqué, dénoncé et condamné cette gestion approximative, amateuriste, diletante et souvent artisanale des affaires de l’Etat depuis l’investiture du président ATT. Nous avons prêché trois ans durant dans le désert, avec tout ce que cela comporte comme manœuvres et anathèmes dont nous gratifient régulièrement les laudateurs et autres zélateurs du régime, plus préoccupés par les prébendes et les postes que par le crédit et l’efficacité d’une gouvernance démocratique qui se voulait porteuse d’espoir et d’ambition pour notre pays en termes de renouveau, de décollage économique et de progrès social. Mais comme le dit l’adage : myèto ka kuma te mina sogo boso yoro là !

L’heure du bilan a sonné, mais aussi le temps pour le régime de rendre compte de sa gestion. Le résultat abrancadadrantesque au bout de trois ans, c’est un coktail explosif de déception, de désillusion, de desespoir et d’absence de perspective qui se matérialise par un recul démocratique, une gangrène corruptrice et mafieuse dans tous les rouages du système, un affaissement et un affaiblissement de l’autorité de l’Etat, un dépérissement et une désagregation du crédit et de l’image de notre pays aux plans sous-régional et international ; le tout dans un contexte de flou floklorique et populiste du culte outrancier de la personnalité, d’absence de toute moralité et de vertu dans le landernau politique et économique et d’effritement des valeurs sociales et familiales sans parler de la conjoncture économique, de l’incurie, de l’incompétence et de l’irresponsabilité du gouvernement.

Echec, c’est un naufrage collectif, système affairiste et corrompu et d’un simple homme, élévé au rang de divinité (Grace à ATT, n’avons-nous pas aujourd’hui la pluie ?) par une bande vorace d’opportunistes, de courtisans, de zélateurs et de laudateurs de tous accabits.

Voilà tout ce que dépeint «ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan » dans un  chapitre intitulé « l’Echec du régime ATT », pages 94 à 104. Lisez avec sobriété !

Au regard des paramètres ou actions politiques permettant d’améliorer les conditions de vie des Maliens, nous sommes aujourd’hui à même d’affirmer que le régime ATT n’a pas été capable de réussir le challenge qui était le sien. Cet échec du régime se ressent dans tous les domaines de la vie socio­économique, politique et culturelle.

Marchés publics ou privés ?

La pauvreté, malgré que ATT soit le président du « parti de la demande sociale », a gagné du terrain. Le pouvoir d’achat des Maliens a chuté. Toute chose qui a fait dire à certains observateurs que « le pays est sur répondeur ». En effet, la situation sociale se caractérise de plus en plus par l’insuffisance de l’accessibilité des pauvres aux services sociaux de base essentiels, l’éducation, l’eau potable, la faiblesse des revenus, etc.

Les marchés publics ne sont-ils pas, depuis l’avènement d’ATT au pouvoir, attribués à un groupe restreint d’amis et de parents qui, au lieu d’investir dans le circuit productif au Mali, préfèrent placer les millions frauduleusement acquis dans les banques étrangères ? Pour preuve, le fils d’un Ministre d’ATT s’est fait arrêter à l’aéroport international de Bamako avec une mallette contenant plusieurs dizaines de millions de F CFA.

Culte de la personnamité

Le favoritisme dans l’attribution des marchés publics est à l’origine de l’inactivité de beaucoup de jeunes opérateurs économiques autrefois très dynamiques, car les bénéficiaires des marchés préfèrent acheter leurs produits à l’étranger. Ce qui explique la rareté de l’argent et la faiblesse de la circulation monétaire dans le pays.

Souffrant de l’absence d’une volonté politique permettant de booster l’économie nationale, le pays connaît un chômage endémique et des emplois précaires que la création de l’APEJ (Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes) ne parvient pas à juguler.
Au plan politique, le régime ATT a, en favorisant le nomadisme politique, contribué à entretenir le culte de la personnalité qui repose sur l’absence de débat politique et de partis d’opposition. En effet, les débats politiques pluriels, qui sont le baromètre permettant de jauger l’ancrage de notre démocratie, sont désormais négligés au profit des discours laudatifs des courtisans du régime et du consensus qui n’est en réalité que de la compromission. Conséquences : émettre des avis contraires à ceux du régime suffit pour faire de vous un ennemi du pouvoir qui ne supporte pas la contradiction.

Pensée unique ou inique ?

Le consensus politique sous ATT, au lieu d’aider les partis politiques à se développer, à se restructurer et à se renforcer, en profitant au maximum du contexte socio­politique apaisé, les a au contraire fragilisés et divisés. C’est ainsi qu’en 2005 le consensus politique a entraîné le microcosme politique malien dans une cacophonie et amené les partis politiques à se satisfaire de leur collaboration avec ATT. Collaboration dont le Rassemblement Pour le Mali (RPM) de Ibrahim Boubacar KEITA, Président de l’Assemblée Nationale, s’est montré insatisfait lors du 3è` anniversaire de l’accession du général ATT au pouvoir en mettant l’accent sur certains dysfonctionnements dans la gestion de la vie politique nationale. La réaction du président ATT témoigne de sa sensibilité à fleur de peau. Ce qui montre que ATT a une autre conception du consensus qui devient du coup synonyme d’unanimisme politique.

C’est pourquoi certains observateurs de la scène politique pensent que le consensus sous le régime ATT équivaut à un système de pensée unique, voire de parti unique. D’autres trouvent que le parti unique du général Moussa TRAORE, qui avait des opposants dans l’ombre, vaut mieux que le consensus du général ATT sans opposition. C’est pourquoi le quotidien Info-matin (N°1747) dans sa livraison du 30 juin 2005 écrivait : «…le Malien moyen a du consensus la nette impression que c’est une sorte de partage de gâteau et une « entente mafieuse » entre politiciens en dépeçant le pays pour se faire les poches, se moquer de la misère des populations en attendant la fin de la récréation ».

Recul démocratique

De 2002 à nos jours, le Mali a connu un recul démocratique, car le régime ATT a tout simplement tué au niveau des hommes politiques toute conviction, faisant d’eux des alimentaires qui attendent qu’il les convie au repas national (le Gouvernement). Des politiciens comme Dioncounda TRAORE, Président de l’ADEMA, sont prêts à vendre publiquement leur âme au diable pour avoir un strapontin dans le Gouvernement. Des politiciens, pour avoir un fauteuil ministériel, ont perdu toute notion d’humilité, sacrifiant ainsi leur avenir politique et sont devenus par la même occasion méconnaissables. C’est le cas du Président du MPR Choguel MAIGA. Des politiciens bradent leur formation politique, jouent à la taupe au sein de leur parti au profit du régime. C’est le cas de l’ex-ministre RPM de la Santé Mme KEITA Rokiatou N’DIAYE qui, après chaque réunion de son parti, faisait un compte rendu fidèle de la réunion au Président ATT. Des politiciens monnayent la présence du Président ATT dans les cérémonies d’inauguration. C’est le cas du Ministre de la Promotion de l’Investissement, des Petites et Moyennes Entreprises lors de l’inauguration du nouveau site du groupe CFAO-Mali à ACI 2000.
L’attitude du régime ATT à se faire entourer d’amis, de parents et d’hommes politiques sans conviction, entretient une politique basée sur le régionalisme que le Mali n’a jamais connue avant l’avènement d’ATT au pouvoir.

L’espoir se meurt

L’espoir suscité par l’arrivée du Général ATT au pouvoir s’est très vite transformé en désespoir. Faut-il continuer à faire confiance au régime ATT dont la politique manque de lisibilité et de visibilité et qui, faute de projet de société, n’a pas le sens de l’anticipation ?
En effet, « comment expliquer qu’en tant que Président de la République, ne détenant son pouvoir que du seul peuple malien, [celui-ci] fasse l’aveu public qu’il a les mains liées, qu’il n’a pas encore toutes les cartes pour gérer le pays, comme il veut, procéder aux changements qu’il souhaite tant que les partis politiques ne se décident pas à franchir le rubicond ? » (Info-matin, N°1747, du 30 juin 2005 ).

S’il est vrai que le Président ATT n’a pas l’étoffe intellectuelle nécessaire pour booster le développement du Mali, il est aussi vrai que les intellectuels qui l’entourent et qui sont censés le guider, sont plutôt préoccupés par la recherche de profits.

Promesse de cahngement aux calendes grecques

On voit bien que le changement promis par ATT est loin de se réaliser. Pire, au lieu de progresser le pays régresse. C’est cette situation que le régime s’évertue à maquiller par une folklorique évaluation de l’action gouvernementale, des non-évènements qui n’ont pas d’impact sur le quotidien des Maliens. C’est le cas des cérémonies de lancement qui sont plus importantes que la mise en oeuvre et les résultats des projets ou de nouvelles structures budgétivores mises sur orbite autour du Président ATT. C’est le cas du Conseil Présidentiel pour l’Investissement, du Haut Conseil National de Lutte Contre le Sida (FICNLS), du Vérificateur Général, de l’APEJ, de l’Appui aux Commerçants détaillants etc., qui ont grevé le budget de la Présidence, dont certaines rubriques, comme l’a si bien signalé un observateur de la scène politique, s’apparentent à un fourre-tout, les éléments rassemblés n’ayant rien à voir les uns avec les autres du point de vue de la thématique comptable et financière.

Pour certains observateurs, les milliards alloués à ces différentes structures pourraient, eu égard à leur mode de fonctionnement et leur faible impact sur le quotidien du Malien, servir aussi de source de financement à la prochaine campagne présidentielle du candidat ATT.
Ces nouvelles structures ne sont-elles pas des structures de plus ? Sinon taillées sur mesure pour caser des amis du Président ATT lui-même ?

Festival de scandales

Eu égard à l’existence d’arsenaux juridiques pouvant et devant lutter conter contre la corruption, à quoi sert le Bureau du Vérificateur Général dont les contours de la mission sont mal    définis ? A quoi sert l’Appui aux Commerçants détaillants, si ce n’est pour affilier ces commerçants au Mouvement Citoyen (Association politique soutenant le Président ATT) ou à la Mouvance présidentielle ? En effet, cet appui aux commerçants, qui a été lancé à grand renfort de publicité comme à l’accoutumée, n’est qu’une mascarade à but électoraliste. Arrêté à la somme de 4 milliards de F CFA, le projet s’étend en réalité sur 5 ans. Aussi les conditionnalités d’accès au crédit restent les mêmes que celles pratiquées par les banques en général. Mais, ce qui est scandaleux, c’est que pour y avoir accès, en plus des critères apparemment objectifs, il faut être soutien financier du Mouvement Citoyen, un recommandé d’ATT ou un de ses proches.
Sous le Président ATT, les Maliens ont découvert que la corruption, le trafic d’influence, l’atteinte aux libertés publiques ont atteint un seuil jamais égalé depuis l’indépendance de notre pays. C’est le cas des multiples dossiers à scandale qui ont émaillé son mandat : l’affaire des hydrocarbures, l’affaire des exonérations sur le riz, l’affaire de la Faculté des Sciences Juridiques et Économiques (FSJE) ayant conduit à la mort du jeune étudiant Papou, l’affaire des bacheliers de Sikasso, l’affaire de l’Église de Samaya, l’affaire Dragon, l’affaire AB, l’affaire Compagnie Aérienne du Mali (CAM), etc.

Récupération politique

En dénonçant publiquement certains dysfonctionnements, magouilles ou faiblesses de l’État qu’il dirige, oubliant que c’est lui le Président de la République, ATT avoue inconsciemment son manque d’emprise sur la situation socio­politique et économique du pays, en d’autres termes son échec.

On constate que cet échec du régime ATT se traduit par ailleurs par une récupération politicienne de certains événements nationaux ou internationaux. C’est ainsi que la célébration de la Journée Internationale des Lépreux en 2006 s’est transformée en tribune de campagne de soutien à ATT pour 2007 oubliant même les malades de la lèpre. Aussi la Journée Internationale de la Femme, qui est célébrée le 8 mars à travers le monde, a été fêtée au Mali cette année comme si c’était la fête d’anniversaire de la Première Dame ou une fête initiée par cette dernière, au mépris du combat que des millions de femmes maliennes livrent tous les jours pour la cohésion dans nos foyers, l’éducation des enfants et contre la pauvreté, etc. Toutes choses qui contribuent à perdre de vue l’image du Mali, la grandeur de ce pays au profit désormais de celle du seul couple présidentiel.

Le fléau n°1 de la corruption

Au plan économique, une étude faite par la représentation de la Banque mondiale au Mali, portant sur l’évaluation du climat des investissements entre 2004-2005, établit qu’environ 49 % des firmes manufacturières de transport et du Tourisme en 2003, 2004 et 2005, placent la corruption en tête de l’ordonnancement des catégories de contraintes qui annihilent tout effort d’investissement au Mali. Cette étude, qui place le Mali en peloton de tête en termes de comparaisons internationales, révèle que le système judiciaire et le cadre réglementaire au Mali n’inspirent pas confiance aux investisseurs.

Selon la même étude, le Mali a obtenu 3,9 sur 10 en 2004 et 3 sur 10 en 2005 dans les indicateurs de transparence. Le Président ATT n’a-t-il pas avoué son incapacité à juguler le phénomène de la corruption ? Au lieu d’agir contre le phénomène, ATT ne se contente-t-il pas de le dénoncer et de le regretter ? N’a-t-il pas jeté l’éponge lorsque dans son adresse à la Nation le 22 septembre 2005, il dit regretter l’irresponsabilité des opérateurs économiques ayant bénéficié des exonérations au moment de la crise céréalière ? Et s’exprimant comme un citoyen lambda, le Président ATT a montré que la lutte contre la corruption est au-dessus de ses forces.

Le règne du folklore et du sensationnel

Sous le Président ATT, on constate que le tissu industriel est toujours à son état embryonnaire, que la justice malienne reste gangrenée par la corruption et continue de trancher en faveur des plus offrants, que l’école est devenue aujourd’hui la dernière de la sous-région à cause des années scolaires tronquées de 4 à 5 mois de cours, des notes sexuellement transmissibles et de la baisse considérable du niveau des élèves et étudiants. Toutes choses qui font du Mali un pays où le folklore et le sensationnel l’emportent sur le sérieux et le concret, où les cérémonies d’inaugurations sont plus importantes que les résultats, où les médiocres sont, du fait de leur accointance avec le pouvoir, plus récompensés que les travailleurs méritants, où il faut être membre du Mouvement Citoyen ou de la Mouvance Présidentielle pour pouvoir jouir de certains avantages et où le Président de la République n’est pas assez courageux pour prendre ses décisions sans passer par des intermédiaires.

En somme, « l’école reste toujours une grande déception, le Malien accorde peu de crédit à sa justice, les logements sociaux sont souvent détournés à d’autres fins, l’administration est corrompue et paralysée avec des cadres déconnectés, l’APEJ est un paradoxe avec la majoration de l’âge de la retraite, les structures de contrôle sont aussi dans les collimateurs, etc. C’est là l’autre Mali » sous ATT (Le Zénith Balé, N°839 du 13/02/06).

*Le titre et les inter-titres sont de la rédaction

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