ATT-cratie РLe Clan de Ibrahim Boubacar BA à Djibril TANGARA.

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Quatre ans après son retour au pouvoir, on constate que le Président ATT fait les frais d’une politique basée sur la fuite en avant : se servir de l’ Etat sans en être responsable. Toute chose qui révèle son manque d’emprise sur les réalités quotidiennes du malien, et son manque d’envergure et de compétence pour faire face à ce que l’on pouvait appeler en 2002 les 12 travaux de ATT : l’éducation, la santé, le chômage, la corruption, l’insécurité, l’injustice, la pauvreté, la réforme administrative et institutionnelle, l’investissement et l’impunité, l’insécurité alimentaire et la diplomatie.

Autant de chantiers ou de maux auxquels ATT devrait apporter des remèdes appropriés. Si son arrivée au pouvoir était supposée restaurer l’image négative de l’homme politique malien par la rigueur dans le choix des hommes et la transparence dans la gestion, force est aujourd’hui de constater qu’elle a favorisé l’émergence de politiciens affairistes, corrompus et opportunistes et dévoilé certains traits de caractères chez ATT qui étaient jusque-là inconnus, insoupçonnés : le complexe d’infériorité, l’irresponsabilité, l’infidélité dans ses relations et l’absence d’envergure d’homme d’État. Certains officiers des forces armées et de sécurité et hommes politiques, peu soucieux du devenir du Mali, ont sacrifié l’espoir de tout un peuple sur l’autel des ambitions personnelles.

En choisissant mal «ses hommes de troupe » et ses lieutenants, le général ATT s’est trompé royalement de bataille, laissant du coup le pays sombrer dans la corruption, l’affairisme et l’impunité. Les discours d’ATT et ceux de ses laudateurs n’ont plus d’emprise sur l’opinion publique dont l’ampleur de la désillusion est telle que des évaluations trimestrielles folkloriques de l’action gouvernementale ne sauraient effacer: le peuple a besoin de concret.

1) Le choix des hommes

A travers une étude du choix des hommes par ATT, il est loisible de constater qu’il a moins d’ambition pour le Mali, ou qu’il n’a pas conscience de l’importance de la haute mission qui lui est dévolue. Pour preuve le choix des membres du Gouvernement et des hauts cadres civils et militaires.

Souffrant d’un complexe d’infériorité par rapport aux collaborateurs du Général Moussa, ATT a nommé au poste de Premier ministre, à la grande surprise des observateurs de la scène politique malienne, AG Hamani, qui fut à l’époque de la dictature militaire un brillant et jeune ministre. Il était perçu par le jeune capitaine ATT comme un « super homme » qui, avec un coup de baguette magique, allait apporter les solutions aux différents problèmes du peuple malien. Hélas ! ATT avait oublié que son «super homme » était dépassé, car resté longtemps coupé de la réalité sociopolitique malienne.

Idem pour Django SISSOKO dont la conception du pouvoir (centralisateur) constitue actuellement un frein au processus de décentralisation en cours.

A ce complexe d’infériorité, il convient d’ajouter le régionalisme, qui explique le choix de certains responsables comme Ibrahim Bocar BAH et Abdoulaye Garba TAPO du parti RND, Oumar Hamadoun DICKO du parti PSP etc. Sinon comment expliquer la nomination d’un Ibrahim Bocar BAH, qui fut l’un des principaux responsables qui ont mis à genoux la Banque de Développement du Mali, comme Ambassadeur auprès de l’Union Européenne dont le Mali est le deuxième bénéficiaire de l’aide en Afrique subsaharienne ?

Par ailleurs, le choix d’autres responsables s’explique moins par leur compétence que par un calcul d’intérêt électoral. C’est le cas par exemple du Colonel Samabala Illo DIALLO Directeur Général de la Gendarmerie issu de la grande famille Diallo qui détient la chefferie à Diamou dans la région de Kayes, et du Ministre Djibril TANGARA. 

Le choix du premier vise à bénéficier de l’influence de cette famille DIALLO sur une grande partie de l’électorat de cette région. Quant à Djibril TANGARA, dont le père très versé dans les sciences occultes a été d’un grand apport pour le retour du Général au pouvoir, sa présence dans le Gouvernement est une manière de fidéliser l’électorat de la première région électorale qu’est Sikasso où le Général ATT a déclaré sa candidature aux élections présidentielles de 2002.

Au-delà de ces nominations qui s’expliquent soit par le complexe d’infériorité, soit par le régionalisme et le calcul d’intérêt électoral, il y a aussi des choix qui sont un moyen pour le Général de remercier certains de ses bienfaiteurs. Sinon comment expliquer la présence à la Présidence du jeune Macalou sans expérience comme conseiller, si ce n’est pour remercier le père Macalou pour le service qu’il lui a rendu ? Quant aux autres jeunes conseillers, qui sont à leur première expérience professionnelle à Koulouba, leur choix vient surtout récompenser leur militantisme au sein du mouvement citoyen. C’est le cas de Doura MAIGA, et de M. CISSOUMA, conseiller à la communication. A ceux-ci il faut ajouter certains dont la personnalité de leur père exerce une influence sur le Général. Il s’agit du fils de feu Tiéoulé Mamadou Konaté et de la fille du Général Amadou Baba MARRA.

Ces choix qui sont légers par rapport à la fonction de conseiller à la Présidence de la République prouvent que le Président ATT n’a pas conscience de l’importance de sa fonction. Ils expliquent par ailleurs le manque de professionnalisme et de rigueur dans le traitement des dossiers qui sont très souvent mal ficelés, obligeant parfois le Chef de l’État à faire recours à certaines compétences extérieures.

Dans le même ordre d’idée, des nominations non moins importantes sont l’oeuvre de la première dame, Mme TOURE Lobo TRAORE, dont l’implication n’est pas étrangère à la nomination de son amie Mme Awa KEITA comme Ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle. Cette dernière est aujourd’hui empêtrée dans des malversations portant sur des dizaines de millions de F CFA. Toute chose qui montre bien que les choix du couple présidentiel ne sont pas judicieux.

Le président ATT a, par son implication dans les « plus petites nominations » au niveau de la gendarmerie (désignation d’un Commandant de Brigade) de la Police ou de la Douane, et par sa présence dans les inaugurations de certains événements « mineurs », contribué à ternir son image et à banaliser la fonction de Président. D’où cette remarque de certains diplomates accrédités au Mali qui trouvent que son pouvoir manque de cohérence et de sérieux.

Ses gouvernements successifs ont tous été remplis « d’amis », d’alliés alimentaires, de compromis et de cadres opportunistes ayant des compétences douteuses et dépourvus d’envergure et de personnalité pour relever les défis auxquels le pays est confronté. Ce qui fait que le régime d’ATT a une lecture fataliste face aux problèmes qui se posent au pays : crises acridienne, alimentaire et scolaire etc.

Conséquences: « On ne devient pas responsable au Mali parce que l’on a le mérite. Pas forcément ! (…) La plupart du temps, il faut prouver une grande proximité avec les centres du pouvoir, ou une grande capacité de nuisance pour se voir confier des postes dits juteux dans un pays de pauvreté extrême. Souvent, il suffit d’appartenir à certaines familles pour ne jamais se soucier de quoi que ce soit pour profiter des ressources et des services de la République. Il vous reviendra alors de choisir ce que vous voulez faire du Mali et non ce que le Mali fera de vous. Le Système de promotion sociale, politique et professionnelle est tellement falsifié et truqué que finalement personne n’y croit réellement. Ceux qui en jouissent sont généralement portés à avoir le porte-monnaie large pour s’assurer une certaine longévité. Au lieu d’être une République d’égalité, le Mali est bel et bien une entreprise privée où ceux qui ne sont rien et qui n’ont rien ne peuvent pas dépasser le banc des écoles et le portail des services et entreprises publics. » (Le Populaire N°029 du 13/02/06).

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