REGIME D’ATT : L’exemple achevé de la mauvaise gouvernance

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La tonne et le quintal de démagogie et de populisme du régime en place commencent à irriter des Maliens, dont certains n’hésitent plus à parler d’échecs sur toute la ligne.

Comme nous concluions notre dernier article sur la gouvernance d’ATT, nous commencerons la contribution aux débats en cours avec cet enseignement du prophète Muhammad (Paix et salut sur lui). Un jour, on lui demanda quand est-ce la fin du monde ? Il répondit : « Je ne sais pas le jour de la vraie fin. Mais, le jour où, dans une communauté, ceux qui doivent se taire se mettent à parler, ceux qui dirigent ne le méritent ni de par la naissance, ni de par la vertu, ni de par le savoir, c’est la fin du monde pour cette communauté ».

Depuis pratiquement un an, nous assistons autour de nous à des faits et gestes qui révoltent ; à l’effronterie de ceux qui les font. Pour autant chacun les observe dans un silence coupable. Nous sommes partie du comportement des policiers en charge de la circulation routière. Au vu et au su de tout le monde, ces forces chargées de « l’ordre » sur la voie publique rançonnent en pleine rue les populations pour moins que rien (feu rouge légèrement grillé, carte grise provisoire, signée par les services de l’ONT, etc.) Au même moment des véhicules leur appartenant sont sans plaque minéralogique, ni vignette, ni assurance, tout simplement parce qu’ils portent la tenue bleue.

La rumeur publique dit que les sous ramassés sur des citoyens soulagés de leurs maigres ressources sont partagés avec des protecteurs haut perchés qui ne ratent aucune occasion devant les caméras de la télé nationale pour rappeler le code de la route aux citoyens plus honnêtes. Porter la tenue bleue de la police malienne serait-il synonyme d’un passe-droit pour déplumer les populations ?

Ces actes de corruption sont des pratiques courantes dans tous les pays africains, nous dira-t-on. Mais les nombreuses formes qu’elles sont en train de prendre chez nous contribuent à dilapider nos ressources publiques. Tout se passe comme si un segment de la société était habilité par des manœuvres illicites et subtiles à extorquer de l’argent public ou à abuser des biens publics. La mystique de l’Etat est en train de s’affaisser, le populisme et l’informel érigés en principes de gestion de notre cher pays. On affaiblit l’Etat au profit des individus. On a tendance à catégoriser la corruption de petite et grande.

La petite corruption concernerait des agents de l’Etat qui acceptent ou sollicitent de certains individus une rétribution relativement modeste en échange d’une petite faveur. Par exemple, un technicien du service de contrôle technique qui délivre complaisamment contre une modique somme (5000 F CFA) un certificat de contrôle technique à un véhicule de transport en commun présentant des défaillances techniques avérées. Tous ces agents de l’administration publique qui n’accomplissent ce pour quoi ils sont pourtant payés tous les mois, que contre le paiement de 1000, 2000, voire 5000 F CFA par les usagers de l’administration. Ainsi des pièces d’identité, des actes de mariage, voire de faux vrais diplômes y sont obtenus sans fondement.

La grande corruption concerne généralement les hautes sphères de l’Etat et porte sur des compensations en nature ou en espèces conséquentes pour l’exécution de gros marchés. Elle se rencontre le plus souvent dans l’attribution des marchés publics ou dans la distribution de la justice. Elle ne se voit pas dans la rue, on la sent après exécution des travaux confiés sur les commissions encaissées (10 %). La qualité du travail est au prorata du pourcentage prélevé comme commission.

Pour autant, la corruption qu’elle soit petite ou grande a le même degré de nocivité. Car imaginez un seul instant, un véhicule ayant reçu le certificat de contrôle technique complaisant se renverser avec à son bord des passagers et un pont bâclé s’écrouler sous le poids d’un véhicule chargé de passagers.

Dans l’un ou l’autre cas, les corrompus auront sur leur conscience des blessés ou des morts occasionnés par les deux accidents qui ont la même gravité et des conséquences comparables. Pourtant le premier (petit corrompu) n’aura empoché que 5000 F CFA tout au plus tandis que le second (grand corrompu) aura mis sur son compte bancaire des millions de F CFA. Voilà des situations que nous observons quotidiennement sans crier gare, car l’Etat est devenu est un fonds de commerce.

La misère du peuple

La corruption au Mali est-elle liée à l’état de pauvreté généralisée des populations ou au comportement des dirigeants ?

Le président de la République, en répondant à la remarque d’un journaliste le 8 juin 2006 sur sa frénésie à inaugurer, a dit ceci : « J’ai inauguré, et je vais continuer à inaugurer, n’en déplaise aux esprits malins qui cherchent à nous distraire ». Ce qu’il devrait ajouter pour la bonne gouvernance de notre pays, c’est le coût de ses déplacements au regard des réalisations qui justifient ses innombrables voyages. Le contribuable malien paie trop pour l’entretien et le déplacement du président à qui il a décidé librement de confier sa cité. Les déplacements du président sur le terrain occasionnent des dépenses énormes, sinon des gaspillages injustifiables. Comme l’a constaté Axelle Kabou dans son ouvrage intitulé « Et si l’Afrique refusait le développement ? » : « La misère d’un peuple se mesure à la splendeur de ses fêtes ».

Quand le chef de l’Etat se déplace, on doit lui réserver un accueil populaire, des manifestations grandioses auxquelles de pauvres paysans sont contraints de prendre part. Ils perdent des journées de travail pour quelques heures de visite. Tout le personnel administratif de la localité est mis à contribution, de fortes délégations constituées des ministres concernés et leur cabinet (23 ministres étaient à Gao pour le pont de Wabaria), du gouverneur de la région concernée, des agents de la sécurité et du protocole, l’armada de matériels et de journalistes mobilisée par la radio et télévision d’Etat. Quand le prince se déplace, sa TV ne doit rater aucun de ses faits et gestes.

Quelle est l’utilité du déferlement d’une telle armada de 4 x 4 bourrées de « personnalités » pour une bourgade, fut-il pour fêter le meilleur producteur du bled dont le prix est insignifiant face au coût réel d’un voyage présidentiel, aux souffrances morales, physiques endurées par les pauvres paysans et paysannes sous le soleil implacablement chaud de l’été. Nous suggérons de changer de méthodes et d’approches. Le meilleur producteur peut être invité à Koulouba sous les feux des caméras de la télé gouvernementale avec le bénéfice de le faire mieux distinguer et à moindres frais. On aura économisé le carburant, et tous les autres frais liés évalués à des millions de nos francs. Quelle peut être « la valeur ajoutée » de la présence de tout ce monde (pour la plupart des m’as-tu-vu) sur le lieu d’une inauguration où l’essentiel se résume aux discours cérémonieux prononcés la plupart du temps en français incompréhensible pour les populations qui ont dépensé leur temps et leur énergie ?

A l’analyse, nous sommes otages d’un système où ceux qui produisent le plus de richesse nationale sont les moins servis par l’Etat. Nous avons la nette impression qu’ATT se préoccupe plus des dépenses de prestige et de fonctionnement de l’institution « président » et des services d’Etat qui l’encensent que des dépenses d’investissement rentables. Oui, il faut féliciter et fêter tous les Maliens et Maliennes qui posent des actes positifs, mais il faut toujours faire une analyse comparative des coûts. A moins que notre président pense que l’argent qui vient du Trésor public n’appartient à personne. Ainsi quiconque a la chance d’y avoir accès parce que juché au sommet de l’Etat peut et doit s’en servir à volonté. Voilà des comportements d’en haut qui se sont emparés de chacun de nous. Comme de l’eau de pluie, cette mentalité est en train d’irriguer tous les segments de la société. C’est pourquoi nous constatons ce curieux silence, voire cette indifférence face à la gabegie généralisée, à la corruption. Si cette tendance se maintient, le Mali court tout droit vers le gouffre.

Selon Ali Cissé, auteur de « Mali : Une démocratie à refonder », « les crédits affectés au fonctionnement des institutions représentaient 2 % des recettes prévisionnelles de 1996 contre 6 % en 2003. Autrement dit, chaque fois que l’Etat malien dépensait 100 F CFA sur l’argent des contribuables, 6 F CFA servaient à couvrir les dépenses de fonctionnement des institutions de la République ». Ces dépenses récurrentes sont composées pour l’essentiel de salaires, d’indemnités, autres avantages, de frais de fournitures d’électricité, d’eau, de téléphone, de frais de missions, de carburant, etc.

Vous me direz que le fonctionnement correct des institutions de la République est chose normale pour un Etat souverain. Mais là où le bât blesse, c’est que ces coûts de fonctionnement, rapportés aux modestes ressources d’un pays aussi pauvre que le nôtre, sont exorbitants, sinon scandaleux. Surtout qu’au même moment il y a moins d’investissements rentables et durables pour les générations futures. Nous ne parlons pas d’investissements d’éclat.

Sous ATT, la politique a été réduite à la réussite et à la notoriété faciles, car c’est le chemin le plus facile et le plus court et non à la défense d’un idéal. On ne raisonne plus en termes de projet de société, programmes de gouvernement, mais plutôt en termes de chèques encaissés et d’émoluments concédés. C’est ce qui explique le financement de toutes les activités tendant à soutenir le potentiel candidat ATT et ses actions sans analyse. On assiste ainsi à des dépenses faramineuses sans commune mesure apparente avec les activités organisées. Il faut considérer ces dépenses comme des investissements à risques pour ses organisateurs, mais qui peuvent être largement rentables en cas de victoire du joker.

Chacun espère sur une amélioration substantielle de ses conditions de vie (poste juteux), sur la possibilité à distribuer des faveurs aux proches, à drainer des ressources publiques vers sa « base », comme si l’argent des contribuables maliens appartenait à une minorité « d’élus ». Et après, on s’interroge sur la provenance des fortunes de ces nouveaux riches qui se recrutent chez les commerçants, dans l’administration d’Etat, dans les agences de communication fictives ou sans expérience. Sous ATT, il faut « savoir être grand simulateur et grand dissimulateur » selon Machiavel. Toujours est-il que c’est le résultat qui compte. Comme quoi sous ATT, on n’a pas d’amis, il n’y a plus d’éthique et la fin justifie les moyens utilisés. La politique a perdu ses vertus au profit de ses vices. Avec tout cela, la fin d’une époque est-elle proche ? Ou le gouffre n’est-il pas loin ? En tous les cas, un chef d’Etat qui réduit son peuple à la mendicité (prostitution intellectuelle y compris) se doit de démissionner, sinon la grandeur et l’honneur liés à sa fonction lui sont simplement ôtés.

Wassa Sy

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