TRIBUNE – MOUSSA TRAORE/AMADOU TOUMANI TOURE : Copies comparées de deux régimes

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Dans une étude comparée des régimes UDPM (Union démocratique du peuple malien, ex-parti unique) et ATT, un de nos lecteurs décèle bien des similitudes. Comme le dirait l’autre, c’est kif-kif bourricot.

La IIe République a connu un régime on ne peut plus critiquable. Depuis la société malienne poursuit son petit bonhomme de chemin. Chemin faisant, nous avons eu une IIIe République à coût de beaucoup de salives, beaucoup de larmes et du sang et qui a suscité beaucoup d’espoir. Curieusement celle-ci connaît aujourd’hui un régime comparable si semblable en beaucoup de points à la IIe République des éloges par-ci, des soutiens démagogiques par là. Ce qui m’amène à faire une comparaison.

Des chefs d’Etat : Tous militaires, général d’armée de « leur état », statut militaire dont ils sont tous fiers. Pour désigner le président de la IIe République, on disait : « Le secrétaire général de l’UDPM (Union démocratique du peuple malien), chef de l’Etat, président de la République ». Pour désigner aussi le président actuel, on aurait pu dire aussi « Le secrétaire général de l’UDPM (Union des partis maliens), le général d’armée Amadou Toumani Touré, chef suprême des forces armées, chef de l’Etat, président de la République ». En plus de l’aspect militaire, bien que le deuxième se dit vieux soldat même s’il a ses maîtres instructeurs en vie.

– Du mépris pour les intellectuels, sauf ceux qui accepteront de faire le griot à leur service ;
– Se faire entourer par des blablateurs, des opportunistes et des arrivistes qui ne sont écoutés et qui ne lui rendent jamais compte de la réalité du terrain ;
– Penser toujours maîtriser tout ce que j’appellerai des « je connais tout ».

Des gestions

• Politique : Aucun ne veut entendre parler d’opposition ; malheureusement après tant de sang versé, la classe politique malienne est tombée dans une sorte de médiocrité et d’opportunisme qui ne dit pas son nom, mais qu’on pourrait « pré-baptiser l’UDPM (Union des partis maliens) ».

• Administrative : C’était et c’est toujours la course pour l’occupation des postes de responsabilité ou des portefeuilles ministériels. Et pour paraphraser les mots du ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’Etat et des Relations avec les institutions « ces gens-là, au lieu de penser à la responsabilité qui leur est confiée pour l’essor du pays, ne s’intéressent qu’aux privilèges liés aux postes : bureau bien climatisé (pour recevoir qui ?), primes et indemnités, voiture de luxe, bons d’essence garantis, téléphone, etc. » Mais les erreurs dans les dossiers, la lenteur, les fraudes, la corruption, le népotisme et finalement et très grave le « partitisme » ont atteint aujourd’hui des proportions jamais égalées au Mali.

• Economique : Le président de la IIe République s’est appuyé sur les maigres ressources du pays (et qu’il a laissé son entourage gaspiller) pour faire survivre son régime. Seul le contrôle du fauteuil présidentiel (comme pour faire croire que le pays est un chantier, certains « ministres ou griots », j’ai vraiment du mal à faire la différence – sont vraiment habiles dans cet exercice-là), sans nous dire quel gâchis on est en train de causer au pays sans parler des conséquences. Comment les inaugurations (heureusement, on n’a pas encore dit aux Maliens combien coûte le déplacement de leur président), là, où un sous-préfet ou un maire suffit pour inaugurer, on mobilise toute une présidence avec les ministres et leurs conseillers !!! (sûrement pour faire la campagne pour un 2e mandat).

Quel gâchis ! Comment pouvez-vous comprendre qu’on puisse utiliser des centaines de millions pour inaugurer une réalisation de quelques dizaines de millions ? Et d’entendre encore « même demain, on va inaugurer ». A cela, il faut ajouter que l’avenir économique de notre cher pays devient de plus en plus sombre. Si aujourd’hui, on ne fait que s’endetter, demain on ne fera que rembourser.

Tout le monde sait ce que ça veut dire rembourser ces Occidentaux impérialistes et néo-colons. La IIe République a quand même fait attention à cela. On nous fait croire que le pays est un bon exemple de pays où on investit. Mais, posons-nous des questions : en quoi profitent ces investissements ? La version réelle de la réponse à ces questions vous donnerait des sensations mortelles. Les prix des denrées alimentaires ont atteint aujourd’hui des proportions jamais égalées au Mali. Cela est à « l’actif » du président actuel qui ne se soucie que de réflexion.

• Educative : Les deux régimes ont tous considéré les enseignants comme leurs premiers ennemis. Malheureusement au sein de cette couche socioprofessionnelle, il existe aussi des opportunistes, des arrivistes pour fouler au pied les honneurs et les mérites de ces gens combien indispensables (vu la responsabilité et le volume de travail auquel ils sont soumis) à l’œuvre de construction nationale.

Les faits et le traitement réservés aux enseignants par les autorités ont fait que la société ne voit et ne connaît pas leur rôle. On refuse aux enseignants, même, les outils de travail les plus élémentaires comme le logement et la couverture sanitaire alors que d’autres moins soumis aux mêmes résultats que les enseignants se payent des villas et des voitures en une année d’exercice de leur fonction.

Je vous invite à lire les propos du Malien, le Pr. Diola Bagayoko, distingué de physique à l’Université du Sud dans l’Etat de la Louisiane aux USA dans le journal « Les Echos » n°929 du vendredi 28 juillet 2006, page 10, je cite : « Si le Mali s’engage à bâtir de façon sérieuse l’entreprise de l’éducation, de la science, de la technologie et de la recherche scientifique et technique avec financement spécifique, je n’exclus pas la possibilité que je revienne comme chercheurs ». Pour une personne dotée d’intelligence, cela veut tout dire.
Nos autorités sont averties !

Le bradage de l’enseignement est connu de tous ; même les plus médiocres pensent que le développement d’un pays passe par l’enseignement des connaissances. De nombreux Maliens pensent aujourd’hui que vu les conditions actuelles de l’enseignement au Mali, ce n’est pas la peine de devenir enseignant et que si on le devient par hasard, il faut chercher à aller ailleurs.
Exceptés les présidents Modibo Kéita et AOK, les autres présidents maliens n’ont pas compris ou ont fait exprès de ne pas comprendre que les premières richesses d’un pays sont ses ressources humaines et les gens chargés de la formation de ses ressources humaines sont ceux qui sont méprisés dans le pays actuellement. Ce qui fait mal dans tout cela c’est qu’on utilise toujours un enseignant (comme c’est le cas aujourd’hui) pour faire mal à l’éducation malienne.

Je n’anticiperai pas sur le cours de l’Histoire, mais si on ne cesse pas de semer l’injustice et le mépris, on récoltera un jour ce que je me réserve de nommer.

Tientiki Touré (enseignant à Bacodjicoroni)

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