Remaniement ministériel : Qu’est-ce qui bloque ATT ?

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Le remaniement ministériel est sans cesse renvoyé aux calendes grecques, pardon maliennes. Est-ce parce qu’aucune crise politique majeure ne le rend nécessaire ou que le président ATT n’a pas encore toutes «les cartes en main » ou bien que ce dernier est prisonnier des potions magiques préparées par les marabouts et les féticheurs au service des ministres du gouvernement Pinochet ?

Le besoin de remanier ou de changer l’équipe gouvernementale se fait sentir pour désamorcer une crise majeure dans la société ou rompre avec la routine qui finit par rouiller la machine publique après 2 ou 3 ans de monotonie en matière de gestion politique et économique, du sang neuf avec des hommes nouveaux étant gage de changement dans la continuité d’une mandature quinquennale. Le Mali répond à ces deux impératifs politiques depuis belle lurette, mais le remaniement ministériel tant attendu se fait toujours attendre après le léger réajustement qui a éjecté Moussa Balla DIAKITE et Mme BERTHE Aïssata BENGALY du gouvernement Ousmane Issoufi MAIGA. Le président ATT lui-même n’a-t-il pas implicitement reconnu la «nécessité » de ce changement en avouant toutefois son impuissance face à cette situation parce qu’il n’avait pas encore «toutes les cartes en main » ?     

Ostracisme contre le Tisserand

La sortie de ATT à ce sujet était consécutive à celle du parti RPM (Rassemblement pour le Mali) qui profitait de l’anniversaire du régime en 2005 pour porter un regard critique sur la gestion politique, économique et sociale du pays : affaiblissement des partis phagocytés par la nébuleuse informelle du Mouvement citoyen proche de Koulouba et non reconnaissance de la majorité (même relative) du fait partisan à l’Assemblée nationale et au gouvernement, paupérisation endémique et croissante parmi les populations rurales et périurbaines, renchérissement du coût de la vie et faiblesse paradoxale du pouvoir d’achat des ménages, mauvaise gestion de la crise alimentaire et absence d’anticipation sur les crise majeures, manque de vision globale et stratégique pour opérer le changement indispensable au progrès économique et social du Mali, etc. Estimant cette prise de position «antinomique » avec la participation au gouvernement Pinochet, le régime ATT et ses alliés jugés «fidèles » sont dans l’état d’esprit d’en exclure les deux ministres Tisserands, mais sans prendre la responsabilité devant l’histoire d’être la cause première de la rupture du consensus politique en permettant au RPM d’être perçu par l’opinion nationale comme une victime de l’ostracisme orchestré par le camp présidentiel. Le parti du Tisserand à l’œuvre ayant bien compris le jeu de la Mouvance présidentielle refuse de faire démissionner ses ministres même si, en réalité, il n’en compte qu’un seul au gouvernement après la transhumance de Mme MAIGA Zeynab Mint YOUBA vers la mouvance présidentielle.

Impasses

C’est la première impasse qui explique le blocage du président ATT à procéder au remaniement ministériel dont l’échafaudage s’est compliqué par la rébellion au Nord du pays, les «Héros du 23 mai 2006 » ayant exigé 3 portefeuilles ministériels et 6 postes d’ambassadeur à l’étranger pour les cadres civils ou militaires de la communauté touarègue. Même si l’Accord de «paix » d’Alger du 4 juillet 2006 ne le dit pas formellement, il n’y a pas de doute que les clauses secrètes n’ont pas totalement ignoré cette doléance à laquelle les rebelles tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, pour ne pas dire au bout de leurs kalachnikovs. En effet, jusqu’à ce jour, les armes enlevées dans les camps militaires de Kidal et de Ménaka ne sont pas encore restituées par les mutins malgré ledit Accord d’Alger. Les rebelles attendent-ils la formation du nouveau gouvernement et la présence des «leurs » en son sein pour rendre les armes de guerre qu’ils gardent par-devers eux dans l’immensité du désert de l’Azawad ? Le président ATT peut-il accéder à cette demande au risque d’ethniciser, pour la première fois, la composition de l’équipe gouvernementale du Mali moderne qui retournerait ainsi au Moyen-âge au lieu de marcher avec son temps où la place se mérite au soleil de la République grâce à sa compétence et à son efficacité même si, à certains égards, le régime actuel ne cultive pas assez ces vertus universelles qui ont forgé le destin «progressiste » de grandes nations développées du monde ?

Attelage boiteux

Le second blocage du projet «remaniement ministériel » du locataire de Koulouba, c’est l’échec du tandem politique «URD/ADEMA » comme la réponse du berger au pouvoir à la bergère RPM à l’opposition parlementaire. En effet, le président Amadou Toumani TOURE avait invité les deux «frères ennemis » à lui proposer une plate-forme politique qui servirait de socle au futur gouvernement et à sa réélection à la tête du pays pour se muer en majorité parlementaire à l’issue des élections législatives de juillet 2007. Mais, ce projet a fait long feu parce qu’il était mort-né. Koulouba n’a donc pas pu jouer à l’élément «fédérateur » comme il aurait souhaité l’être en conformité avec le consensus «fourre-tout » qu’il a jusque-là expérimenté. Car en suscitant ce rapprochement URD/ADEMA, le président ATT reconnaît implicitement la prépondérance de ces deux mastodontes et que les autres soutiens comptent en fait pour «quantité négligeable ». Est-ce pour ratisser encore plus large qu’il sera probablement lancé, très bientôt, l’Alliance pour le développement et le progrès ou ADP dont le but est de travailler à faire réélire ATT et lui offrir une majorité «absolue » au parlement en 2007 aux dépens du RPM et alliés qui seront ainsi confinés dans l’opposition et exclus du gouvernement des vainqueurs ?          

Le livre couperet 

Pendant que Koulouba cogitait sur ces pistes du remaniement ministériel, le livre «ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan » est tombé comme un coup de massue sur la tête du président et son entourage immédiat dont la gouvernance politique et la gestion financière sont décriées avec autant de minutie que de hargne dans la dénonciation des faits incriminés. Car ATT fait face à un nouveau dilemme à propos des membres du gouvernement mis en cause dans ce livre pamphlet. Faut-il les maintenir ou les sortir du gouvernement ? En les maintenant, le président ATT signifie qu’il n’accorde aucun crédit aux allégations du livre en question quoiqu’il ait l’obligation morale d’enquêter sur leur bien-fondé ou pas. S’il les fait sortir, il accréditerait du même coup les accusations portées contre ses ministres avant enquête, mais sur simple dénonciation d’un auteur anonyme. Dans les deux cas de figure, ses carottes «décisionnelles » sont cuites. D’autre part, le silence de ses soutiens politiques (à l’exception tardive du timide PCR) après la sortie de ce livre en dit long sur la sincérité des uns et des autres envers ATT au-delà des mots dithyrambiques : un homme seul face à son destin. Donc, le livre est un excellent moyen pour jauger les sentiments avant de savoir avec qui cheminer ensemble en 2007 et même au-delà.       

Magie ou impuissance ?

Par ailleurs et comme l’on peut s’en douter, les nuits sont blanches d’insomnie pour nombre de ministres qui louent les services des marabouts et autres féticheurs pour rester à leur poste respectif ou dans le gouvernement quelles que soient la nature et la profondeur du remaniement ou du changement de l’équipe actuelle. ATT est-il otage des ces magies occultes qui l’empêchent de faire le remaniement comme il l’avait annoncé lui-même ? Mais la vérité du blocage réel, c’est que ATT est plutôt prisonnier de sa propre gouvernance : un chef d’Etat impuissant dans une monarchie républicaine où le président est comme un deus ex machina politique qui peut tout selon son bon vouloir. Car il a dit, il y a un peu plus d’une année, ne pas avoir toutes les cartes en main avant de procéder à un quelconque remaniement ministériel. Qui détient alors les vraies cartes maîtresses en main dans un régime présidentiel de fait comme le nôtre ? L’autre vérité cachée, c’est que ATT craint de voir grossir le rang de ses adversaires par les ministres « exclus » du gouvernement. 

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD    

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