Un énième remaniement ministériel annoncé pour fin octobre : Soumaïla Cissé pressenti à la Primature

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Depuis quelques jours, Bamako bruit de rumeurs persistantes sur l’imminence d’un remaniement ministériel que le président de la République s’apprêterait à opérer. La date du 27 octobre est même annoncée. L’homme dont le nom revient comme futur locataire de la Primature n’est autre que le challenger du président ATT, lors de la présidentielle de 2002, Soumaïla Cissé, actuel président de la Commission de l’Uemoa et fondateur de l’URD, la deuxième force sur l’échiquier politique national. Qu’est-ce qui pourrait motiver ce choix et pourquoi l’actuel Premier ministre, Modibo Sidibé, devrait-il se retirer maintenant ?

L’adage dit qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Si dans les grins et les salons feutrés de Bamako tout le monde en parle, c’est que l’information n’est pas dénouée de tout fondement. Dans la mesure où le citoyen moyen a d’autres chats à fouetter dans sa quête du pain quotidien, on se demande pourquoi perdrait-il son temps à ressasser une nouvelle sans fondement réel.

 Maintenant, il s’agit de savoir à quel moment précis le président de la République va procéder au changement de gouvernement tant attendu par l’opinion publique. Un remaniement ministériel devenu, aujourd’hui, incontournable surtout au regard des lourds soupçons de corruption qui pèsent sur son ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, dans la scabreuse affaire de détournement au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

L’échéance de la déchéance peut, en effet, être prolongée mais elle sera, tôt au tard prononcée. Si ce n’est déjà fait. En tout cas, l’opinion a déjà fait sa religion à ce propos. Toute chose qui rend obligatoire la relecture de la liste de l’équipe gouvernementale qui ne saurait, à défaut de se disqualifier, s’accommoder de la présence de personnages qui font la honte du pays tout entier.

S’il est fait appel à Soumaïla Cissé, l’ancien super-ministre chargé de l’Equipement, de l’Aménagement du Territoire, de l’Environnement et de l’Urbanisme dans l’équipe, nommée le 21 février 2000, de feu Mandé Sidibé, cela voudra dire que le président de la République fait le choix d’une personnalité qui a un carnet d’adresses bien étoffé et qui est capable de redorer le blason du Mali auprès des partenaires techniques et financier quelque peu fâchés avec notre pays suite aux malversations au niveau du Fonds mondial et de la mauvaise gestion des Fonds GAVI et PPTE au ministère de la Santé.

Car, avec les bailleurs de fonds, le saupoudrage ne marche pas. Tout le monde a pu être témoin lors du départ de l’ancien ministre des Mines, Hamed Sow, dont la tête a été réclamée et obtenue par l’Union européenne. Le président ATT attendra-t-il que la même pression s’exerce sur notre pauvre pays pour qu’il se décide à remplacer son désormais encombrant ministre de la Santé qui, jusqu’à présent, ne semble pas admettre qu’il y a eu malversations et détournements au niveau du Fonds mondial logé dans son département.

Ne dit-on pas qu’une faute avouée est à moitié pardonnée? Dans la mesure où l’évidence d’une gestion irresponsable du Fonds mondial crève les yeux, pourquoi alors ne pas prendre son courage à deux mains et reconnaître sa responsabilité, ne serait-ce qu’administrative et politique?

En attendant que le juge, de son côté, penche sur l’aspect pénal. Surtout qu’il se raconte, un peu partout en ville, à propos de l’affaire du Fonds mondial : "Quand un DAF est mouillé, c’est dire que son ministre est souillé". Simple jeu de mots ou réalité palpable ?

Le départ du gouvernement des ministres dont la gestion a été épinglée par le Bureau du Vérificateur général (BVG) ou par les enquêteurs du Fonds mondial doit être est la priorité des priorités du président de la République en cette année de Cinquantenaire où  le Malien moyen dit : "Le vol ça suffit !". Car, en définitive, c’est l’argent du contribuable qui servira à rembourser les subventions détournées du Fonds mondial et qui atteindraient plusieurs milliards de FCFA.

Quand, au même moment, à l’autre bout, les sommes détournées, y compris les 350 milliards FCFA volés à l’Etat et dont fait état le Rapport du BVG, serviront à construire des villas cossues, à acheter des voitures de luxe pour galantes dames et à payer les frais d’études des rejetons au Canada, en France ou aux Etats-Unis.C’est dire que les défis sont nombreux et le Malien ordinaire, qui a perdu tout espoir de bonne gestion dans notre pays, ne peut réellement compter sur l’arrivée d’un Soumaïla Cissé, fut-il gestionnaire chevronné, pour croire à un changement qualitatif.

Car, après le 26 mars 1991, le changement de mentalité, qui devait, d’abord, s’opérer au niveau du sommet de l’Etat, n’a pas eu lieu. Dans ces conditions, que peut-on reprocher au bas peuple qui observe mais ne parle pas? En tout cas, pas pour le moment.

C’est dire que l’arrivée de Soumaïla Cissé à la Primature, qui signifie également le départ de Modibo Sidibé, ne changera pas grand-chose dans la gestion quotidienne des affaires de l’Etat. Il peut, certes, servir de message destiné à la consommation extérieure. Alors que le Mali a, aujourd’hui, besoin d’un gouvernement réellement engagé dans la lutte contre la mal gouvernance et qu’il ne soit pas lui-même un "sanctuaire pour voleurs à col blanc". On se demande alors à quoi servira le départ de Modibo Sidibé et l’arrivée de Soumaïla Cissé, si cela ne va pas apporter un changement de cap dans la lutte contre la corruption et la délinquance économique et financière qui est en train, petit à petit, de gangrener nos mœurs et d’entraver le décollage économique réel du pays.

Changement d’hommes, certes, mais surtout changement de comportement avec des ministres respectueux des deniers publics. Afin qu’ils  servent également d’exemples vivants de probité et d’engagement pour la génération montante.

Mamadou FOFANA

 

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