Jeunesse malienne : 18 ans et déjà prostituée électorale…

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Le top des offensives de charme sera bientôt donné pour la présidentielle de 2012. Avec lui, le défilé des folklores, des mollets endurcis par des marches à foison, des gosiers laissant échapper des motions de soutien et arrosés à posteriori. Au centre des principales attentions et effet de mode, trône la jeunesse. Cette jeunesse pour laquelle des rasades de sang ont été promises aux heures glorieuses. Pourtant, à bien analyser de près, la jeunesse est toujours la plus courtisée de toute consultation électorale. Le droit de vote étant ouvert aux plus de 18 ans, la tranche d’âge des 18-40 ans a toujours constitué le « bétail électoral ».

Qu’est ce qui peut justifier cette soudaine boursouflure d’intérêt pour cette même tranche d’âge aujourd’hui ? Au-delà de la présomption que les problèmes de la jeunesse tardent à trouver solution au fil des régimes qui se succèdent, on peut déjà affirmer que l’éveil citoyen et l’intrusion croissante du bétail électoral dans le débat public, ont nécessité que le dialogue politique à lui servi, soit adapté. Autrefois, les jeunes étaient une caisse de résonnance des idées et choix de leurs géniteurs et de leurs leaders politiques. Aujourd’hui la jeunesse a découvert la libre discussion notamment par le biais des nouvelles technologies qui permettent à Karim de Kalaban Coura, de savoir ce que dit Michèle à Hamdallaye ou Gontran de Titibougou. Expériences, opinions et même insultes sont partagées au travers des claviers d’ordinateurs ou de téléphones. On découvre le bonheur du partage la science réciproque sans s’être jamais rencontrés. La jeunesse arrache sa liberté de penser, d’échanger et de se forger une opinion par des moyens échappant à toute censure en amont. Tous les régimes politiques du monde craignent ou ont déjà subi la démocratisation des espaces virtuels de discussion. La considération ou la riposte apportée à cette crainte permet de classifier ces régimes en autoritaires ou démocrates.

Au Mali, l’implication de la jeunesse dans le débat public s’apparente beaucoup plus à de la prostitution politique. Avec pour seuls lots de consolation, la cooptation au gouvernement et aux hautes fonctions, de jeunes dont la réussite apparente et le visa d’entrée dans la sphère politique ont de fortes corrélations avec leur patronyme aux relents présidentiels et non avec des compétences techniques avérées, la jeunesse rivalise d’imagination dans la lecture de motions de soutien, par le biais de mouvements avec des sigles plus farfelus les uns que les autres. Avec un peu d’efforts, nous épuiserons sous peu, tout comme notre pléthore de partis politiques, le répertoire des sigles et appellations de mouvements. Nos désormais candidats déclarés ou pas, en quasi-totalité réfractaires à la poursuite de l’expérience du « changement », clament tous être les meilleurs alliés de la « prostituée politique ». Sans vouloir paraître discriminant nous allons nous attarder sur trois camps qui suscitent les plus grands échanges au sein de la jeunesse, par ordre de déclaration.

Primo, le camp des deux grands partis que sont l’Adema et l’URD « règne du politique », mené par Dioncounda et Younoussi, lesquels emballent la jeunesse avec leur poids politique et financier, se trouve aujourd’hui bercé et porté par la redoutable et inédite, dans la forme, machine politique sous les pesanteurs d’illustres personnalités aux hauts faits d’armes politiques…

Secundo, le camp des partis du renouveau au rein peu solide « règne nostalgique », mené par le CNID, le RPM, le Parena… ces politiciens dont quasi personne ne veut approcher de trop près les épines de compétences, et qui ont comme premier challenge de se démarquer de l’image malmenée des technocrates par l’expérience du changement. Compétences reconnues et avérées,  sont attendues de tous sur leur discours et leurs propositions politiques.

Tertio, le camp de des Che Guevara « l’Opposition » mené par le SADI. Un clin d’œil à la jeunesse et elle aurait, « au nom du ciel », défoncé cette fameuse « valise » qui s’ouvre en 20 années, pour abondamment faire pleuvoir la prospérité tant prônée et espérée. Le bilan de ce camp, bâtir une nation pour l’épanouissement de la jeunesse malienne et le bien être de la population en générale. Car il ne devrait être un meilleur bâtisseur pour ne pas faire souffrir ou à se tatouer dans l’inconscient de la jeunesse selon l’adage « A bon vin, point d’enseigne »…

Les candidats pour le 29 avril 2012, avec les trois camps favoris, vont tous à l’assaut de la jeunesse avec des arguments et des fortunes diverses. L’on s’est offusqué de la médiocrité du débat politique et de l’absence des programmes politiques, sans s’indigner contre les mobilisations pour des meetings et marches rassemblant des jeunes et des enfants à des heures de travail et d’école en pleine semaine. De deux choses l’une : ou ces jeunes sont désœuvrés et marquent l’échec des politiques expérimentées, ou alors ce sont des actifs qui désertent leurs emplois et occupations pour des meetings politiques, hypothèse encore plus symptomatique d’une tristesse de la conscience collective et d’un recul de la valeur travail. Pourquoi s’offusquer de l’absence de programme politique, lorsqu’on préjuge que leurs promoteurs ne sont capables de rien de positif ? Comment peut-on objectivement préjuger d’une non pertinence d’un programme de société qu’on n’a pas encore parcouru ?

Offusquons-nous, non pas contre l’absence de programmes dont on sait qu’ils ne sont nullement déterminants dans la sociologie électorale des masses malheureusement analphabètes, mais contre cette jeunesse qui déserte les classes (certes gratuites) au profit des vêtements, breuvages et collations des meetings politiques des candidats… Offusquons-nous contre cette jeunesse, qui quoique sans revenus, arrive à animer des réunions couvertes par les médias (sûrement pas pour leurs beaux yeux), et rivalise d’ardeur dans la lecture de motions de soutiens et la création de mouvements aux sigles incantatoires… Offusquons-nous contre cette jeunesse qui trouve en des missions de bas offices politiques, les moyens d’ascension sociale accélérée…   Offusquons-nous contre l’insolence du numéraire dans la propagande politique en totale inadéquation avec les difficultés apparentes de la prostituée électorale…

Offusquons-nous enfin, au nom du ciel, contre la corrélation et la dépendance malsaines du politique, et des chances d’émergence d’une jeunesse consciente et respectueuse des valeurs élémentaires de la vie en société…

Paul N’guessan

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.