Mali: IBK sur le parvis du palais de Koulouba

8
Ibrahim Boubacar KeĂŻta, IBK, Ă  Bamako, 25 juillet 2013. RFI
Ibrahim Boubacar KeĂŻta, IBK, Ă  Bamako, 25 juillet 2013.
RFI

Élu, aprĂšs deux tentatives infructueuses, en 2002 et 2007, l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar KeĂŻta devient le troisiĂšme prĂ©sident de la RĂ©publique depuis la restauration du multipartisme, au dĂ©but des annĂ©es 1990, et le cinquiĂšme depuis l’indĂ©pendance. Portrait d’un leader politique atypique.

Ses proches l’assurent, la main sur le cƓur : Ă  l’image du vizir Iznogoud, de la bande dessinĂ©e bien connue, Ibrahim Boubacar KeĂŻta (IBK) rĂȘvait depuis deux dĂ©cennies de devenir calife Ă  la place du calife. Mais, calculateur et habile manƓuvrier, il a su refrĂ©ner le feu qui couvait en lui, taire ses ambitions, en acceptant de servir un autre, le prĂ©sident Alpha Oumar KonarĂ©, dont il fut le Premier ministre sans discontinuer de 1994 Ă  2000. Un record !

Puis, il a claquĂ© la porte, recouvrĂ© sa libertĂ© de manƓuvre, avant d’aller sous ses propres couleurs Ă  la conquĂȘte du pouvoir. AprĂšs deux dĂ©convenues Ă©lectorales successives, en 2002 et 2007, il rĂ©alise enfin son vieux rĂȘve et s’installe pour cinq ans dans le fauteuil occupĂ©, avant lui, par Modibo Keita, Moussa TraorĂ©, Alpha Oumar KonarĂ© et Amadou Toumani TourĂ© (ATT).

La troisiĂšme tentative fut donc la bonne pour ce sexagĂ©naire rondouillard, volontiers gouailleur et que beaucoup surnommaient, il y a quelques annĂ©es encore, « le Michel Rocard malien », Ă  cause d’une accumulation de rendez-vous manquĂ©s avec l’Histoire et, surtout, pour sa grandiloquence et ses phrases interminables.

Un socialiste aux accents gaullistes

Originaire de la rĂ©gion de Sikasso, la plus peuplĂ©e et le premier vivier Ă©lectoral du Mali, ce titi parisien, produit d’une jeunesse torride en partie passĂ©e en France, sĂ©ducteur impĂ©nitent passant avec prestance du costume europĂ©en au boubou national, prend les rĂȘnes d’un pays meurtri par le putsch du 22 mars 2012 et la guerre contre des groupes jihadistes dans sa frange borĂ©ale.

 

Bon coup de fourchette, amateur de bonnes cuvĂ©es et, Ă  l’occasion, de jus d’okoumĂ©(champagne), ce mordu de salsa sait courtiser les chefs religieux et prend toujours soin, en public, d’avoir son chapelet de priĂšre Ă  portĂ©e de main. Normal dans un Etat laĂŻc majoritairement musulman dont la population pratique, depuis des siĂšcles, un islam tolĂ©rant. L’ancien directeur pour le Mali de l’ONG française Terre des Hommes a le rire contagieux, un boniment du forain et un sens prononcĂ© de la formule, des bons mots gĂ©nĂ©ralement empruntĂ©s aux auteurs classiques français et, parfois, plus Ă©tonnant pour un « socialiste », au gĂ©nĂ©ral de Gaulle.

« L’homme de parole »

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Le boute-en-train qui soufflera ses soixante-neuf bougies le 25 janvier prochain est aussi un baroudeur qui sait faire preuve, Ă  l’occasion, d’autoritĂ©, sinon de fermetĂ©. Les Ă©lĂšves grĂ©vistes qui ont mis ses nerfs Ă  rude Ă©preuve en ont eu un aperçu lorsque, Premier ministre, il dĂ©cida urbi et orbi de fermer l’ensemble des Ă©tablissements, avec pour consĂ©quence l’invalidation de l’annĂ©e scolaire 1993-1994. Il fit montre de la mĂȘme intransigeance face Ă  la fronde des travailleurs et des conducteurs de dourounis, les minicars de transport urbain, qui avaient dĂ©cidĂ© de paralyser la ville de Bamako. Au sortir de ces diffĂ©rentes Ă©preuves naquit la rĂ©putation d’un IBK, « homme Ă  poigne ».

 

Aux antipodes de cette ligne dure, ce fut un autre homme, rebaptisĂ© pour les besoins de la cause « IBK, le kankĂ©lentiki » (« L’homme de parole », en bambara) qu’on retrouva, cette annĂ©e, promettant le nirvana et la resurrection Ă  des compatriotes en dĂ©sarroi et Ă  une nation en pleine crise de confiance, avec une campagne autour de thĂšmes pour le moins lisses et consensuels : la santĂ©, l’éducation nationale, l’unitĂ© territoriale, la sĂ©curitĂ©. Il doit sa victoire Ă  une combinaison de facteurs Ă  mettre sur le compte de l’actualitĂ© brĂ»lante et de son coefficient personnel.

Le putsch du 22 mars et la guerre qui s’en est suivie dans les trois rĂ©gions septentrionales auront ainsi beaucoup pesĂ© dans le choix des Ă©lecteurs qui semblent avoir jetĂ© leur dĂ©volu sur le candidat incarnant le mieux, Ă  leurs yeux, le besoin d’ordre et la dĂ©fense de l’unitĂ© du territoire. C’est du moins l’analyse de l’universitaire Albert Bourgi, ami de longue date d’IBK, prĂ©sent Ă  Bamako lors du scrutin : « Les Maliens Ă©taient dans le dĂ©sarroi total. Il fallait les sortir du trou, leur redonner confiance. IBK, qui a le double avantage d’ĂȘtre le seul des candidats en lice Ă  justifier d’une expĂ©rience de haut niveau Ă  la tĂȘte de l’exĂ©cutif et du lĂ©gislatif apparaissait tout naturellement comme l’homme de la situation. SoumaĂŻla CissĂ© aurait pu l’emporter si nous nous Ă©tions trouvĂ©s dans la configuration d’un rendez-vous Ă©lectoral normal avec, pour principales prĂ©occupations, les questions Ă©conomiques  »

Une « Ă©ponge », capable d’absorber le tout-venant

Autre facteur qui aura comptĂ© : le « systĂšme IBK », lequel repose sur une sĂ©rie de cercles concentriques qui lui ont permis, subrepticement, de mailler le pays et de rallier Ă  sa cause mĂȘme ceux qui, il n’y a pas longtemps encore, brocardaient les travers de ce lĂšve-tard et sa mĂ©connaissance supposĂ©e des grands dossiers Ă©conomiques lorsqu’il Ă©tait Ă  la tĂȘte du gouvernement. Au cƓur de ce dispositif, on retrouve la fratrie de Koutiala (la ville natale, situĂ©e dans la rĂ©gion de Sikasso), mais aussi celle de l’axe Bourem-Gao, rĂ©gion d’origine de sa trĂšs active Ă©pouse, Aminata MaĂŻga-KĂ©ita, prĂ©sidente d’une fondation s’occupant, entre autres, des questions d’environnement et, ce qui ne gĂąche rien, fille d’Attaher MaĂŻga, l’un des pĂšres de l’indĂ©pendance du Mali et longtemps ministre des Finances de Modibo KeĂŻta.

Dans les cercles suivants se bousculent les amis, les compagnons de route et autres fidĂšles des premiers jours, des opĂ©rateurs Ă©conomiques, des officiers putschistes du 22 mars, des hommes d’affaires, des notables, bien souvent issus des « grandes familles », des chefs religieux, des chefs d’Etat africains, pourtant rĂ©tifs, pour nombre d’entre eux, Ă  toute alternance politique dans leur pays. Mais aussi des alliĂ©s ou ralliĂ©s qu’ils soient du cru, originaires d’autres pays africains ou de France, pour beaucoup intĂ©ressĂ©s ou sensibles Ă  la propension d’IBK Ă  renvoyer l’ascenseur.

A la confluence d’un tel maillage, rien de ce qui se passe dans le village malien, dans la rĂ©gion et, mĂȘme, au-delĂ  n’était Ă©tranger au kankĂ©lentiki. Et le champ, au bornage incertain, de cet homme que certains comparent volontiers Ă  une vĂ©ritable « éponge », capable d’absorber le tout-venant, devenait Ă  ce point vaste que Koulouba Ă©tait tout naturellement Ă  sa portĂ©e


Par Francis Kpatindé / RFI

PARTAGER

8 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Félicitations au nouveau Président, Ibrahim Boubacar Keïta, pour le plébiscite obtenu de la part des électeurs Maliens.

    DĂ©sormais, il a le feu vert pour la crĂ©ation d’institutions fortes au Mali et pour la reconstruction et le dĂ©veloppement durables du Mali.

    Mais, il ne peut le faire sans la quiĂ©tude, l’engagement et l’aide de tous les Maliens y compris ceux de l’opposition qu’elle participe au gouvernement ou pas.

    C’est pourquoi la paix et la sĂ©curitĂ© doivent ĂȘtre renforcĂ©es, de mĂȘme, la rĂ©conciliation et l’unitĂ© sont, maintenant, indispensables pour avancer ensemble et bĂątir un Mali prospĂšre et solidaire avec l’assurance d’un bien-ĂȘtre durable pour ses filles et ses fils.

    Bien cordialement
    Dr ANASSER AG RHISSA
    EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
    E-mail: Webanassane@yahoo.com

  2. MAIS QUE FAIT DIOCOUNDA QUI A ETE MINISTRE DE LA DEFENSE ?
    CE N EST PAS DANS LES NORMES IL LE SAIT DONC TRES BIEN.

    SANOGO VA POUVOIR DIRIGER PLUSIEURS DIVISIONS DONC !

    COMMENT PEUT ON GRAVIR 6 ECHELONS D UN COUP ET EN PLUS SANS COMPARAISON AVEC LES ETATS DE SERVICES DE PLUSIEURS PRETENDANTS

    LES GENS Y ARRIVENT VERS 50 ANS MINIMUM EN GENERAL

    SEULS LES SUPER DOUES Y ARRIVE A 42 ANS !!!!!!

    Le grade de gĂ©nĂ©ral de corps d’armĂ©e est, dans l’armĂ©e française, le troisiĂšme sur quatre dans l’ordre des officiers gĂ©nĂ©raux. Le gĂ©nĂ©ral de corps d’armĂ©e se situe au-dessus du gĂ©nĂ©ral de division et au-dessous du gĂ©nĂ©ral d’armĂ©e.

    Il s’agit rĂ©glementairement d’un officier gĂ©nĂ©ral du grade de gĂ©nĂ©ral de division qui reçoit « rang et appellation » de « gĂ©nĂ©ral de corps d’armĂ©e ». Il est logiquement amenĂ© Ă  commander un corps d’armĂ©e, une unitĂ© composĂ©e de plusieurs divisions. Son insigne est composĂ© de quatre Ă©toiles

  3. Qui peut m’envoyer l’adresse Ă©lectronique de IBK pour que je puisse faire de suggestions ainsi je veux ĂȘtre un bon citoyen au lieu de critiquer.

  4. ” SUBHANA L-LAHI, WA-L-HAMDU LI-L-LAHI, WA LA ILAHA ILLA L-LAHU, WA L-LAHU AKBARU, WA LAHAWLA WA LA QUAWWATA ILLA BI-L-LAHI ”

    CHACUN SUIT SON DESTIN , QU’ALLAH LE TOUT PUISSANT VOUS ACCOMPAGNE LADJI……amennnnnnnnnnnn

Comments are closed.