La « boîte noire » d’Amadou Toumani Touré

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2011 : quelle année donc! Dans ses temps forts, elle s’achève sur le ton d’une gouvernance politique et économique indécise, et c’est pourquoi l’on est en droit de se demander si l’année 2012 sera agitée ou non. Pour clore la série des « Cahiers du vendredi » de cette année, nous nous arrêterons sur le seul angle d’un vif débat qui s’est installé dans le pays à propos des reformes constitutionnelles jusqu’à devenir un enjeu pour les scrutins de 2012. N’est ce pas après cela que commence l’après ATT?  

Peut-on prévoir 2012? L’exercice est délicat avec le déroulé de cette année 2011. Encore une fois, la rue est prête à gouverner. Ce sera pour le 30 décembre prochain où (d’après ce qu’on dit contre l’absence de transparence du processus électoral et contre le projet de référendum), un événement sera porté à son point culminant. La plainte pour préjudice électoral existe, et certains iront jusqu’à la porter devant la Cour suprême.

Toute la question est là : avec l’année qui commence, comment nos compatriotes vont-ils découvrir la réalité de leur pouvoir ?  Dans les rues ? Tout le monde sent confusément que quelque chose ne va pas. Peut-on parler d’une étrange défaite des Maliens face à  d’innombrables interrogations ? Pourtant, tout le monde appelle de tous  ses vœux des élections propres, crédibles et transparentes. D’où nous viendrait donc cette « levée de boucliers » contre les réformes annoncées ? Se cache-t-il derrière d’autres raisons ? Cela n’entame-t-il en rien la présomption d’innocence des concepteurs du projet de réformes ?

Nous croyons savoir qu’ici, le pouvoir ne joue pas une partie de poker, mais qu’il s’agirait plutôt d’un grand jeu ayant pour « théâtre » l’avenir du pays. C’est pourquoi, en cette période préélectorale, on a vu le Gouvernement montrer sa volonté de chasser le gaspillage et les emmerdements sociaux. Dès que ça remue sur le front social, on voit les gouvernants monter au créneau en rangs serrés. C’est que le régime veut « impliquer tout le monde » dans le « Oui » de la future bataille référendaire. Dans cette affaire, le Gouvernement se donne une morale d’urgence : puisqu’il faut y aller, il faut y aller…

Du temps de l’ancien Président Alpha Oumar Konaré, la Cour constitutionnelle avait reçu une requête relative à une loi constitutionnelle. La requête contre la révision avait été déposée par le RPM. C’est une jurisprudence, car à ce jour, toutes les lois constitutionnelles peuvent l’être. C’est la procédure de l’Article 188 qui est utilisée par ATT. Or il sait que l’avis de la Cour constitutionnelle ne le lie pas. S’il y a des contestations, la voie de la légalité peut être recherchée. Sur ce point, aucune révision constitutionnelle n’a été amendée par nos élus. Dans l’affaire qui nous concerne ici, il ne s’agit pas d’une loi ordinaire ou d’une loi organique.

28 amendements  peuvent-ils démontrer que le texte n’est pas bon ? Si ce n’est pas une « novation constitutionnelle »,  il y a ambiguïté. Le projet en cours ne s’est-il pas permis de « légiférer sur l’histoire » avec l’introduction de la Charte de Kuru Kan Fuga  dans le préambule du texte qui sera voté?

ATT fait-il de la réforme l’oracle de notre destin ? 

Il y a un véritable mirage souverainiste du référendum, parce qu’à ce jour encore, nous n’avons pas maîtrisé notre destin démocratique. Si elle n’est pas terminée, la bataille des idées se fera désormais entre ceux qui pensent aux acquis de ces deux dernières décennies et ceux qui pensent que ces acquis ne le sont plus. Pour faire ce référendum, la démarche obstinée du pouvoir est-elle méritoire ?

Alpha Oumar Konaré avait su retirer son projet. Mais ATT, lui, demande d’attendre pour voir. Il sait que face à une classe politique « anesthésiée », il a « un beau plumage et un fromage de bon goût ». La défection de certains intellectuels et  la perte de leur combat tiennent en deux mots : affaiblissement moral et surtout mental. Cette histoire de référendum nous apparaît comme un  schéma et un mode d’emploi propre à un seul homme. Or elle se situe en a ligne droite de la « relation amoureuse » entre ATT et les Maliens.

Le Président ATT s’est mis en tête de laisser au pays un somptueux catalogue de réalisations. Cette réforme parlera pour lui, de ses triomphes et aussi de ses échecs. Elle se présentera comme une belle substance de sa vie politique qui renfermera tout son parcours : comme une boîte noire. Une fois qu’il se retirera à Mopti, il se dira alors : « Voici la Constitution (la deuxième du genre) que j’ai donnée au Mali. Celle du 2012 se pense en moi ».  A ce jour, les Maliens ont eu deux législatures sous la troisième République : celles d’Alpha Oumar Konaré et d’Amadou Toumani Touré. Les prénoms de ces deux Présidents commencent par la lettre A, et rien ne nous dit que l’alphabet est démocratique. Entre la griserie d’un pouvoir qui montait, ATT a voulu reprendre le projet de réformes laissée par son prédécesseur. Aujourd’hui, dans la phase déclinante de son pouvoir, ATT va jeter ses derniers feux dans une bataille où la déprime gagne le terrain. Avions-nous un autre symbole à coller à cette année 2011 ? Le jugement des maliens  est attendu dans quelques petits mois. Par ce vote, un geste digne, ils vont acquérir une dignité.                                                                       

Ce mot n’est pas inscrit dans le triptyque de la République. Mais il peut resservir toujours dans les années à venir.

S. Koné

 

 

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