Le député Tidiane Guindo évoque son nomadisme de l’Urd au Pdes : L’URD a très peu de chance de réussir à la présidentielle de 2012

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Vieux routier de la politique, Tidiane Guindo arpente les couloirs de l’Assemblée nationale depuis 25 ans. Ces derniers mois, il s’est signalé en passant de l’URD de Soumaïla Cissé au PDES de Hamed Diané Séméga. C’est cet épisode de sa carrière qu’il évoque principalement dans l’article ci-dessous.

Cet homme, sur l’imprévisible terrain des élections politiques, est réputé avoir une vocation très rare : Tisser, développer et conserver de bonnes relations humaines avec ses électeurs. Conscient des soutiens solides de son grand monde à Bankass, ce député, habitué de l’Assemblée Nationale du Mali depuis 25 années, a souvent changé de parti politique, par nécessité, sans baisser de popularité.

L’honorable Tidiane Guindo, puisqu’il s’agit de lui, ne se sert pas du parapluie d’un parti pour séduire ses nombreux électeurs.

Par contre, il sert lui-même de vestibule qu’un parti utilise pendant la difficile période hivernale de regroupement d’électeurs. Il a opéré sa récente et décisive transfuge de l’URD au PDES avec l’honorable Hamidou Djibo, également de Bankass, qu’il considère comme la relève sûre. Avec l’appui de ce dernier, Guindo a reconfirmé sa réputation de député "Majorité" en contribuant largement à l’élection de Amadou Yaro du PDES à la présidence du Conseil de cercle de Bankass.

Du "bon débarras" au long embarras

Pour parler de l’élection défiante de Yaro, de son récent changement de cap et de son expérience parlementaire, accompagné de l’honorable Djibo, le député "majorité" s’est exprimé sans langue de bois : "L’homme politique c’est avant tout celui qui sait mobiliser les gens…la victoire éclatante que nous venons de réaliser lors de l’élection de Amadou Yaro à la présidence du Conseil de Cercle de Bankass n’est pas du tout étonnante pour moi. Car, chez-nous, les gens n’élisent pas le parti mais plutôt un homme de confiance" a-t-il affirmé avant d’expliciter : "Lorsque nous avons décidé d’adhérer au PDES une grande partie de la population et une majorité confortable des conseillers communaux se sont engagés de notre côté tout en demandant la discrétion afin que leurs partis respectifs ne soupçonnent rien avant le jour de l’élection.

Des structures entières de certaines communes ont démissionné pour se joindre à nous. La plupart des responsables d’autres formations étaient avec nous de cœur, nous fournissaient, d’heure en heure, tous les renseignements utiles, mais continuaient à travailler avec leurs partis. Le matin du jour de l’élection, c’est dans la salle que nos amis cachés ont dévoilé leur attachement à nous. À l’issue du vote, très désagréable était la surprise de nos adversaires en constatant que nous avons obtenu seul au PDES la majorité absolue de 15 conseillers sur 27.

Tous les partis réunis (Adema, Urd, Rpm, Codem, Cnid, Parena, Yélèma, Pcr et autres) n’ont eu que onze et il y avait un indépendant. Nous avons ainsi fait du PDES qui n’a qu’une année d’existence, la première force politique de Bankass. Il est à noter aussi que le président du Conseil de Cercle élu sous notre couleur, Amadou Yaro, était un pivot de l’Adema qui avait occupé le poste de secrétaire général de la sous-section centrale et celui de secrétaire général des jeunes de la section Adema de Bankass. Lorsque, Djibo et moi, nous avons quitté ensemble l’Urd, ce parti a organisé des attaques médiatiques contre moi en qualifiant mon départ de "bon débarras".

Au lieu de faire une contre attaque par la même voie de presse, j’ai continué à consolider mes relations politiques sur le terrain par l’acquisition d’une majorité confortable pour ma nouvelle formation, le PDES.

C’était aussi une manière de prouver que je n’ai vraiment pas été un "bon débarras" mais plutôt un long embarras pour l’Urd, précisa-t-il avec l’air d’un homme satisfait d’avoir encore été à la hauteur de sa réputation de député "majorité".

Quitter un parti n’est pas une partie de plaisir pour la plupart des élus qui risquent fort de perdre leur électorat. Pourquoi donc ces élus abandonnent leur formation avec le risque d’être abandonnés par des électeurs restés fidèles au parti?

L’honorable Guindo évoque douloureusement les injustices qui ont causé leur départ de l’Urd.

La gestion clanique de l’URD

"La direction de l’Urd fait une gestion clanique et familiale de ce parti. Quand nous avons quitté le RPM pour venir à l’Urd, celle-ci était la troisième force politique à Bankass. C’est nous qui avons fait de l’Urd, la première force avec 69 conseillers, trois députés, une place au Haut Conseil des collectivités et aussi la présidence du Conseil de cercle. Nous nous sommes vite rendu compte du culte de la personnalité auquel nous n’avons pas obéî et aussi d’une totale méfiance que certains développaient envers nous. Lors de la composition du Bureau de l’Assemblée Nationale en 2007, deux postes ont été réservés à l’URD de Bankass qui comptait trois députés dont Amidou Djibo et moi. Nous deux, nouvellement venus dans le parti, n’avons pas été consultés par la direction du parti. Pourtant cette direction a discuté avec notre colistier, Amidou Konaté que nous avons trouvé à l’Urd. La procédure normale était de demander aux trois députés de se concerter pour le choix de deux noms. Mais la direction s’est imposée en donnant le poste de premier secrétaire parlementaire à Konaté et celui de membre de la commission de contrôle à moi avec promesse de rotation en faveur de A. Djibo dans une ou deux années. Ce renouvellement annuel de bureau de l’AN permettrait aux directions des partis de permuter des postes entre leurs députés pour éviter des frustrations. Après 3 années successives sans changement pour de nouveaux membres, une fronde de députés a commencé. Sur un total de 29, une frange de 13 élus a constitué un groupe élargi à 17 députés revendicateurs de place dont j’étais le président. Nous avons dénoncé que certains députés soient restés membres de bureau de l’AN depuis 1992 sans jamais céder leurs places. L’intensification de la fronde a nécessité une réunion de résolution de problème à Badalabougou. Dans la salle, il y a eu affrontement entre deux députés de Bafoulabé, l’un, Gossi Draméra, a sorti son pistolet contre l’autre, Ibrahima Dianéssi. C’est moi qui ai retiré des mains de Gossi le pistolet que j’ai déchargé avant de remettre l’arme et les balles au bureau évitant ainsi le drame. Parmi les trois députés Urd de Bankass, nous deux, Djibo et moi, sommes des signataires d’une lettre de demande d’annulation de la sanction arbitrairement prise par la direction du parti contre Oumar Ibrahim Touré. Cette prise de position courageuse de notre part n’a fait qu’intensifier la lutte ouverte du clan Soumaila Cissé-Inoussi Touré contre nous qui étions déjà étiquetés proches de Oumar I Touré et de ATT. Convaincu que nous ne pouvons évoluer dans de telle gestion clanique du parti, nous avons alors décidé de quitter l’Urd pour œuvrer dans le PDES", ont soutenu les honorables Tidiane Guindo et Amidou Djibo. Ce dernier a fait son entrée à l’Assemblée nationale du Mali en 2007.

Ce jeune, porteur d’espoir politique, s’est fait d’abord élire et réélire Maire de la Commune de Koulogon-Habé en 1999, 2004 avant de se tourner en 2007 vers le rôle de député qui fortifie son expérience politique.

L’honorable Tidiane Guindo est un homme politique de grandes expériences qui séjourne dans l’Assemblée nationale de 1986 à maintenant, avec un congé volontaire de 1997 à 2002.

Ce député Guindo qui est surtout un meneur et donneur de majorité aux partis comme l’Udpm, le Pdp, le Rpm, l’Urd et le Pdes, n’a pas hésité de pronostiquer sur les chances de succès de son ancien et son nouveau partis l’Urd et le Pdes lors des présidentielles de 2012.

L’URD chétive en 2012

"En toute analyse objective, l’Urd a très peu de chance de réussir aux présidentielles de 2012. D’une manière générale ce parti va beaucoup reculer. Car, la gestion clanique favorise les médiocres et contribue à la marginalisation des gens capables de mobiliser les militants. Cette pratique ne fait qu’anéantir un parti. L’absence de Soumaïla Cissé au Mali pendant de longues années a accentué la mauvaise gestion de la direction du Parti.

Cette direction a fait preuve de cécité politique par la dissolution des sections dans les communes lll et lV de Bamako, à Koutiala, à Sikasso, à Mopti, à Gao et autres. Elle envisage de les remplacer par des comités de soutien à Soumaila Cissé dans toutes ces localités.

En plus, l’URD a engagé des procès interminables contre d’autres partis politiques dans certaines localités de la région de Kayes (Kayes ville, Yélimané et autres), alors qu’une bonne partie des élus URD vient de cette première région. Enfin, il y a une profonde dissension entre Soumaila Cissé et Oumar Ibrahim Touré alors que ce dernier est solidement soutenu par de nombreux militants de la base. Donc, pour limiter les dégâts, Soumaila aura nécessairement besoin du soutien entier et public d’Oumar sans lesquels le parti saignera beaucoup plus surtout dans la région de Mopti".   

Le PDES a un bon coefficient            

"Issu des idéaux du programme PDES, le parti PDES qui s’identifie au président ATT, commence avec un atout populaire certain. Il s’agit du coefficient élevé que  donne au parti le label ATT qui est très facile à vendre auprès d’une grande majorité des populations rurales du Mali. Les chances du PDES d’avoir le pouvoir ne dépendent que de la capacité de négociation de ses dirigeants avec des partis politiques ayant ou pas un candidat aux élections présidentielles. Je crois que le président du parti, Hamed Diané Séméga, qui est un des meilleurs promoteurs de la marque ATT, pourra, avec son équipe actuelle, bien mener ce travail de bon négociateur".

"Pour finir, je tiens d’abord à remercier toute la population de Bankass qui m’a soutenu de près ou de loin. J’ai changé plusieurs fois de partis sans consulter mes électeurs, mais ils ont toujours voté pour moi. Mes remerciements vont aussi aux responsables politiques du PDES qui nous ont accueillis avec tous les honneurs", a-t-il ainsi clôturé ses commentaires politiques.               

 

Lancina DIAWARA

Ecrivain  et Consultant  en communication

 

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