Le général Anatole Sangaré l’a martelé lors de la conférence-débat de l’adema association : ” Pour endiguer l’insécurité, il faut une volonté politique affichée, des équipements et des armements adéquats… “

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Une vue du presidium : Mme Sy Kadiatou  Sow de l'adama-Pasj, le Gl Anatole Sangaré (boubou blanc) Moussa Makan Camara
Une vue du presidium : Mme Sy Kadiatou Sow de l’adama-Pasj, le Gl Anatole Sangaré (boubou blanc) Moussa Makan Camara

Animée par des sommités en questions de sécurité, notamment deux officiers généraux à la retraite : le Général de police Anatole Sangaré et  le Colonel de gendarmerie Hama  Maiga, avec une modération assurée avec maestria par l’Ambassadeur  Moussa Makan Camara, expert en médiation et règlement des conflits par l’identification des personnes ressources et l’établissement de contacts entre les protagonistes, la conférence a enregistré la présence de Mme Sy Kadiatou Sow, présidente du Comité exécutif de l’Association, Pr Ali Nouhoum Diallo, le ministre de la Jeunesse et de la reconstruction citoyenne, l’honorable Karim Kéita, président de la Commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, les maires Boubacar Bah dit Bill et Adama Noumpougnon  Diarra et plusieurs responsables politiques et administratifs.

Pour cette conférence, l’honneur est revenu au Général Anatole Sangaré de faire le point sur les différentes mutations intervenues dans la police de l’indépendance à nos jours. Pour lui, sur cette période, la police a été sur tous les fronts et a connu des fortunes diverses car, a -t-il dit, ” chaque événement politique a eu une incidence sur la vie de la police “.  Le corps de la police qui connait, de nos jours, trois corps à savoir les Commissaires, les Inspecteurs et les Sous-officiers, a connu plusieurs étapes dans son évolution : recrutement intensif entre 1960 et 1973, placée sous la tutelle de l’action sociale en 1965, dissolution des syndicats en 1968, décapitation avec l’arrestation de son chef en 1978, militarisation en 1987 et démilitarisation en 1991.

Le Général Anatole Sangaré d’annoncer que ” lors de la guerre Mali-Burkina Faso, la police était au front comme au delà de ses missions traditionnelles : protection des personnes et des biens, information du gouvernement, protection des personnalités, participation aux actions de maintien de la paix etc. “Parlant de la gendarmerie, le conférencier a soutenu qu’elle a toujours été sous la tutelle du ministère de la Défense. Ainsi, de l’Etat-major, on est venu à la Direction générale de la gendarmerie actuellement qui assure une mission de police judiciaire, administrative, militaire et de défense.

Le citoyen, acteur  de sa sécurité

A en croire le conférencier, ” pour ses besoins de sécurité, le citoyen se tourne vers l’Etat tout en oubliant qu’il est, lui-même acteur de sa sécurité et de la sécurité “. C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, ” il est important de privilégier la sécurité humaine, individuelle, collective, alimentaire, sanitaire etc.

Puisqu’il  n’y a pas de développement sans sécurité et vice versa, le Général Sangaré de marteler : ” Pour endiguer, l’insécurité il faut une volonté politique affichée dans le domaine des ressources humaines, des armements et des équipements ; une participation des populations à travers les collectivités territoriales ; une prise de conscience aigue des forces de défense et de sécurité en honorant le serment prêté à savoir protéger les citoyens et leurs biens et assurer la défense de l’intégrité territoriale au prix du sacrifice ultime ; lutter contre l’impunité en instaurant une justice saine etc. “

Clientélisme et affairisme

Le décor était ainsi planté pour l’intervention du Colonel Hama Maiga qui a touché du doigt le clientélisme et l’affairisme qui entourent les recrutements et les formations. Selon lui, il faut rompre avec les pratiques qui font que les enfants des gendarmes deviennent exclusivement des gendarmes, ceux des policiers strictement des policiers, ceux des militaires et autres corps qui suivent les traces de leurs pères. ” Tant mieux si ces enfants remplissent les critères de recrutement, mais dans la plupart des cas, ils héritent du métier de leurs pères et cela ne peut pas continuer. Le recrutement doit se faire dans les règles de l’art “.

Face à l’envahissement des domaines militaires avec son corolaire de manque de terrain d’entrainement et de champ de tirs, le Colonel Maiga propose tout simplement de délocaliser. Ainsi, à titre d’exemple et pour permettre aux hommes de s’adapter à la réalité du terrain, le Colonel propose : ” Pourquoi ne pas délocaliser la garde nationale à Nampala ou la gendarmerie nationale dans une autre localité ? “. Cette délocalisation sera d’autant plus importante que “ dans l’organisation territoriale, les forces de défense et de sécurité s’appellent araignées. Car, si l’on ne couvre pas un territoire, on n’a pas d’information le concernant et, conséquemment, on ne peut pas le défendre “.

Reprenant la parole, le Général Anatole Sangaré de dresser une liste de propositions à même de rendre nos forces de défense et de sécurité plus opérationnelles et plus efficaces.

 

Soutenir l’accord d’Alger

Ainsi, a-t-il dit, il faut que ” l’armement soit adapté au terrain, des stocks importants de munitions, des équipements appropriés, des unités opérantes plus autonomes, la dotation de la police en armes collectives, la récompense du mérite et la sanction des fautes, la création d’une émulation entre les unités et même entre les hommes “.

A la suite des maires Boubacar Bah et Adama Noumpougnon, le ministre de la jeunesse et de la reconstruction citoyenne, Me Mamadou Gaoussou Diarra, a annoncé que le Service National des jeunes (SNJ) sera bientôt rétabli. Il en a profité pour demander aux Maliens de ” soutenir l’Accord d’Alger car il permet à tous les fils de s’asseoir autour de la table pour dialoguer “.

Cette intervention permit à l’honorable Karim Kéita, non moins président de la Commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, de prendre la parole. Il a annoncé que la Commission qu’il préside a décidé de sortir du cadre classique et que, pour ce faire, ce sont les parlementaires qui vont vers les départements ministériels pour leur prodiguer des conseils. ” Aujourd’hui, la guerre que nous menons n’est pas classique car nous avons en face des terroristes “.

Et l’honorable Karim Kéita de rappeler l’importance de la loi d’orientation et de programmation militaire votée il y a quelques semaines. ” Pour la première fois dans l’histoire du Mali, il y a une loi d’orientation et de programmation militaire qui a été votée à la majorité absolue et par la majorité et par l’opposition et qui prend en compte les préoccupations légitimes de l’armée. C’est la preuve, si besoin est, que le peuple soutient son armée “.

Républicains convaincus

S’adressant au public, le Pr Ali Nouhoum Diallo de donner le point de vue de l’ADEMA Association sur l’Accord d’Alger : ” L’ADEMA Association prend acte du paraphe de l’Accord d’Alger mais y émet des réserves  quand au paraphe par la CMA. Par ailleurs, à travers cette conférence, nous voulons rompre d’avec le silence, les soutiens sans faille ou inconditionnels. Toutefois, nous ne serons jamais derrière des déstabilisateurs car nous sommes des républicains convaincus “. Il faut noter enfin que la réussite de cette conférence tenait non seulement à la qualité des conférenciers mais aussi et surtout à celle du modérateur, son Excellence Moussa Makan Camara qui a su donner au public l’envie d’écouter et de participer. Ce, à travers le résumé qu’il a su faire de chaque intervention.

    D. YOSSI

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