Élection présidentielle de 2012 au Mali :La délicate équation du parrainage des candidats

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Si nouvelle la loi électorale n’a pas revisité à la hausse le montant de la caution de dix millions F CFA pour être candidat à l’élection présidentielle, le système du parrainage est, lui, maintenu et ne cesse de faire des vagues


i le pluralisme intégral est plutôt signe de vitalité d’une démocratie, la grande multiplicité des candidatures à la magistrature suprême ne laisse pas indifférents les observateurs avertis de la scène politique. Les candidatures plus fantaisistes que crédibles constituent des ingrédients de la démotivation des électeurs, de décrédibilisassion de la classe politique, de banalisation de la chose politique.


Au Mali, des analystes et chroniqueurs politiques tablent sur au moins une vingtaine de prétendants à la succession du président Amadou Toumani Touré lors du scrutin du 29 avril prochain. Parmi ceux qui manifestent leurs ambitions de pouvoir assumer les plus hautes charges de l’Etat malien, on découvre, par surprise, avec un embarras perceptible, des individus dont la seule présence sur la ligne de départ de cette compétition électorale provoque un malaise, une gêne des électeurs. Il s’agit d’une situation comparable à la présentation de candidats, qui savent à peine écrire leurs noms à l’examen du baccalauréat ! Les observateurs extérieurs auront alors un bien piètre impression de cet examen d’accès aux études supérieures. Ils sous-estimeront à coup sûr le diplôme de ceux qui réussiront à cet examen national. A peine accorderont-ils un crédit ou l’égard qu’il faut aux postulants sérieux à ce concours dont la valeur serait ainsi quelque peu ternie du fait de la présence au test de quelques … "candidats avariés", non qualifiés ! 
Comment s’explique le fait que des Maliens sans aucune référence, véritablement sortis de nulle part, s’en prennent à rêver à haute voix à la présidence de la République ? Pourquoi une si remarquable banalisation de la première institution de la République ? Ces lignes se refusent à citer nommément ces  quasi-psychopathes et autres paranoïaques que l’on dits atteints d’une autre pathologie d’un genre nouveau à laquelle certains esprits audacieux ont donné le nom de " présidentialite aiguë ".


N’est-il pas écœurant de voir à longueur de semaines des individus dont on peut douter de la lucidité ou de l’intégrité morale  s’époumoner à débiter des incohérences de présidentiables sur les médias. Fort heureusement, seule la Cour constitutionnelle définira la véritable ligne de départ de la course pour le scrutin présidentiel en publiant la liste de ceux qui sont habilités à s’y lancer.


En rappelant  le lundi dernier, lors de la conférence de presse sur le processus  électoral, les dispositions relatives au parrainage des candidatures à l’élection présidentielle, le Secrétaire général du ministre Kafougouna Koné de l’Administration territoriale et des collectivités locales suscitait bien de commentaires.


En effet, aux termes de la loi électorale, chaque candidature à l’élection présidentielle doit être parrainée par 10 députés au plan national ou  5 Conseillers communaux issus de chacune des 8 régions du pays. En clair, celui qui prétend diriger le Mali doit pouvoir prouver qu’il a la caution morale de dix députés à l’Assemblée nationale, dignes représentants du peuple ou de quarante Conseillers communaux dont 5 dans chaque région. " Le défaut de parrainage entraîne le rejet d’une candidature par la Cour constitutionnelle ", précisaient le lundi dernier les proches collaborateurs du ministre Chargé des élections, le Général Kafougouna Koné.
Ainsi, on s’interroge aujourd’hui sur la manière dont certains prétendants à la succession du président ATT arriveront à se faire de parrainer. A l’analyse, certains de nos candidats putatifs pourraient se livrer à un véritable one man show pour avoir été écarté dans la course à la magistrature suprême pour défaut de parrainage.


Histoire de brandir à l’opinion qu’ils ont été victimes d’une élimination prononcée par le juge constitutionnel sans laquelle ils auraient atteint leur objectif : se faire élire à la présidence de la République 


Avec le grand besoin de moyens financiers chez les élus nationaux et surtout les élus locaux en cette veille des échéances électorales (les législatives de juillet 2012 et les communales de 2014), plusieurs députés et conseillers communaux vont aisément vendre leurs signatures de parrainage à tout venant.


Résultat : il suffira aux candidats fantaisistes de sortir de l’argent pour remplir les conditions prévues par la loi. C’est ainsi que la solution financière permettra de résoudre l’équation du parrainage car un député préfère vendre sa caution morale à un candidat paranoïaque, se faille quelques millions pour préparer sa campagne de réélection lors des prochaines législatives. En même temps, les maires et autres élus municipaux de quelques communes lointaines soupireront bien après des espèces sonnantes et trébuchantes pour se faire une santé financière par ces périodes de vaches maigres de crise alimentaire. Ainsi, s’écorne l’image, non seulement, de notre système électoral mais aussi et surtout de notre démocratie.
En ce sens, Me Mountaga Cheick Tall du CNID-Faso Yiriwa Ton avertissait récemment que " si nous ne faisons pas attention, nous pourrons retrouver un jour un narcotrafiquant à la tête du pays… ". C’est à méditer.
Bruno D SEGBEDJI

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