Élection présidentielle du 29 avril 2012 : D’énormes défis attendent le successeur d’ATT

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ATT se prépare à quitter la présidence de la République du Mali. Qui aura la lourde charge de lui succéder et de combler les nombreuses attentes que le soldat de la démocratie n’a pas pu, malgré tous ses efforts, satisfaire ? Et dire que ce nouveau président de la République du Mali a une obligation de résultat de…mieux faire que l’actuel locataire du Palais de Koulouba !

A l’exception notable du Dr Oumar Mariko du parti SADI, tous les autres ténors de la classe politique malienne reconnaissent, depuis plusieurs années déjà, que le président Amadou Toumani Touré a abattu un travail exceptionnel à la tête du pays durant ces dix dernières années. C’est à faire pâlir de frustrations son prédécesseur, le président Alpha Oumar Konaré dont personne n’a autant loué les efforts de construction du Mali démocratique.

     Si ATT a ainsi remporté la médaille de l’excellence, comme se plaisent bien à le claironner ses inconditionnels du PDES, celui qui lui succédera à l’issue de l’élection présidentielle du 29 avril 2012 devra décupler ses efforts, sa stratégie de gouvernance pour mieux faire que le soldat de la démocratie.

Or, l’actuel locataire du Palais de Koulouba laissera, il faut bien le reconnaître, un héritage lourd et plein de défis dans un contexte national et international non dénué d’appréhensions.

 

Faire plus qu’ATT

En effet, au plan national, qu’on le veuille ou non, l’après-ATT doit être marqué par des signaux forts d’une nouvelle gouvernance, d’une nouvelle ère. On a beau l’apprécier et reconnaître en lui les qualités d’homme d’Etat exceptionnel qui aime sincèrement son pays, on finira par accepter que l’enfant du Soudou Baba " regagne son Mopti natal pour se reposer ". Le nouveau président de la République se fera alors un bien sage plaisir de le consulter, de recueillir ses conseils, de s’inspirer de son expérience. Le Mali doit, à compter du 8 juin 2012, prendre un nouveau départ, certes pas de rupture mais de continuité avec beaucoup d’innovations, comme aime à le dire Souma¨la Cissé de l’URD. C’est dans ce sens que dans divers domaines, le Malien lambda attend, de pied ferme, la touche du nouvel occupant de la Colline du Pouvoir.

Si en matière d’infrastructures routières, de logements et dans le domaine des édifices publics, le successeur d’ATT n’aura pas beaucoup de soucis à se faire, tant le Général-président y a accompli des prouesses incontestables, dans des secteurs sociaux comme l’école, la santé, la sécurité et la défense, la justice, la lutte contre la corruption, le foncier, l’investissement, le commerce et les transports, les mines, les syndicats, la tâche est encore immense.

Il faut signaler d’abord qu’il y a de fortes appréhensions à mettre en œuvre des réformes institutionnelles dont on n’a pas été concepteur ou dont on n’a pas véritablement participé à la conception. C’est bien l’inconfortable position du prochain président de la République. Le oui l’emportera sûrement au référendum du 29 avril 2012 ; mais il faut reconnaître qu’aucun des aspirants à la charge suprême de l’Etat n’a vraiment la tête à ces réformes institutionnelles, chacun étant plus préoccupé par son propre sort de présidentiable que par autre chose.

 

Poursuivre ce que l’on n’a pas commencé

A cela, il faut ajouter les nombreuses lois organiques de concrétisation des innovations constitutionnelles, le découpage des fameuses dix-neuf régions du pays qui seront des chantiers du prochain président de la République, l’Etat étant une continuité. En sorte, une grande pépinière aménagée par ATT pour que son successeur vienne y faire pousser des plants dont il a à peine vu la couleur des semences!

Par ailleurs, la restructuration de fond en comble de l’école malienne apparaît en effet comme un impératif. Un combat de survie pour la nouvelle gouvernance post-ATT. Il urge que le prochain président de la République, avec une méthode genre Plan Marshall, arrive à…ressusciter le système éducatif malien. Des spécialistes parlent de la création d’un ministère d’Etat chargé de l’éducation rattaché directement à la présidence de la République que le Chef de l’Etat confiera à une personnalité de poigne, de grande réputation à même de prendre des décisions courageuses voire impopulaires pour rénover l’école du Mali.

 

D’immenses défis à relever

De même, la sécurité sur l’ensemble du territoire national, notamment dans les grandes et particulièrement dans les régions Nord, la défense doivent recevoir leur coups d’accélérateur. Ce sera à travers par exemple un équipement conséquent des forces de défense et de sécurité, comme en faisait l’ébauche, il y a quelques semaines, le leader du RPM, l’honorable Ibrahim Boubacar Kéita, en marge de la conférence régionale du parti à Koutiala. C’est à ce niveau que presque tous les prétendants à la magistrature suprême ne cessent de reprocher à l’actuel pouvoir la faiblesse de l’autorité de l’Etat. Au point que certains candidats à la présidentielle de l’année prochaine vont bâtir leur message de campagne autour de cette problématique. IBK, Moussa Mara, Soumana Sako ont déjà axé certaines de leurs interventions sur l’inexistence de l’autorité de l’Etat malien.

En outre, des domaines comme la justice, le foncier, les mines, le monde du travail, du commerce et des transports avec des revendications syndicales dont certaines ont entraîné la paralysie de la ville de Bamako le lundi dernier le besoin de mesures nouvelles. Si Soumana Sako se fait un point d’honneur à renégocier les contrats miniers, IBK a bien de réformes à introduire dans la question foncière, dans l’administration de la justice et dans d’autres secteurs pour donner un nouvel espoir au peuple.

Or, la question qui se pose est aussi de savoir comment, à compter du 8 juin 2012, le nouvel homme fort du Mali pourra s’y prendre pour faire mieux qu’ATT.

A la conférence nationale d’investiture de l’ADEMA-PASJ, en juillet dernier,  le candidat du parti rouge et blanc, Pr Dioncounda Traoré, après avoir rendu hommage à ATT, déclarait qu’il «sera difficile de mieux faire que lui». Dr Choguel Maïga du MPR parlait, lui, le week-end dernier, à la tribune de la Convention nationale du PDES, de "la gouvernance exceptionnelle du président ATT ".

Dans un environnement économique mondial annoncé comme devant connaître des difficultés (crise financière, crise énergétique, menace de dévaluation, etc) où, au plan national, les revendications sociales pourraient s’amonceler, il ne fait pas bon de prétendre  la succession d’ATT. Ne serait-ce pas cette analyse qui a poussé le leader du RPM, IBK, à déclarer récemment qu’il est plus préoccupé par le sort du Nord-Mali que par les élections de 2012 ?

En clair, si les élections de  l’année prochaine doivent consacrer le retrait du président Touré de la scène politique nationale, il semble que la plupart de ses potentiels successeurs ne doutent pas de l’ampleur de la tâche qui les attend. Et, il est établi que dans le contexte de gouvernance où les attentes sont trop fortes, le chef de l’Etat est soumis à une telle pression qui ne garantit point le succès de sa mission. Surtout qu’il est peu probable que le prochain président malien jouisse de l’accalmie liée à une gestion consensuelle du pouvoir (quasiment sans opposition politique) dont a bénéficié ATT.

 

Autrement dit, si avec 2012, le Mali mettait fin au règne d’un indépendant au pouvoir, il se aura une opposition et une mobilisation syndicale qui ne favoriseront en rien la gestion sereine des affaires de la Cité. De là à conclure qu’on ne se bouscule pas aux portillons pour succéder à ATT, il y a un petit pas que nous…osons franchir. 

 

Bruno D SEGBEDJI


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