L’Espace d’Interpellation Démocratique (EID) : Les interpellations les plus pertinentes occultées ?

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Dans sa conception, l’espace d’Interpellation Démocratique (EID) est une tribune libre d’expression démocratique permettant aux citoyens, qui qu’ils soient, d’interpeller le gouvernement sur une violation de ses droits par les pouvoirs publics de quelque niveau que ce soit. Mais se basant sur, on ne sait quoi, une commission dite de dépouillement sélectionne les interpellations et les classe en : à lire et pour suite à donner (une manière voilée de rejet). Sur quels critères les membres de la commission de dépouillement se basent pour classer les interpellations en laissant tomber certaines?


L’EID a été institué en 1995 par les premières autorités du Mali démocratique (le pouvoir Alpha Oumar Konaré) sur proposition de l’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH). Il se tient tous les 10 décembre, date anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est donc une manière pour les autorités du Mali de commémorer cette date importante de la défense des droits humains. L’EID était à sa seizième édition cette année.

Comme son nom l’indique, l’EID donne l’occasion aux citoyens d’interpeller un membre du gouvernement sur un cas de violation de ses droits. A cet effet, les interpellateurs adressent leurs interpellations (lettre) au ministère de la justice (qui est l’organisateur de l’EID ) quelques semaines avant le 10 décembre. Une commission de dépouillement est désignée pour faire le dépouillement des interpellations reçues. Et c’est justement les conditions de travail de cette commission qui sont douteuses. Puisque cette commission se permet de classer les interpellations en : à lire et pour suite à donner sans et pourtant dévoiler publiquement les critères sur lesquels elle s’est basée pour faire ce travail de sélection. C’est parce que une interpellation dérange le Gouvernement qu’elle n’a pas été retenue pour être lue ? C’est parce que leurs lectures ne posent aucun problème au Gouvernement que les interpellations qui sont lues publiquement le sont ?

Tout porte à le croire ! D’autant plus que pour l’édition de cette année, une des interpellations les plus pertinentes, sinon la plus pertinente, a été occultée. Il s’agit de la violation flagrante du droit des diplômés de l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux (INFTS) à se présenter au concours d’entrée à la fonction publique dans leur domaine. En effet, lors du dernier concours de recrutement dans la fonction publique, les diplômés de l’Institut de Formation des Travailleurs Sociaux ont été empêchés de faire le concours dans leur domaine (le corps des travailleurs sociaux) au profit des diplômés de la science de l’éducation. Ils avaient naturellement interpellé le Ministre du Travail et de la Fonction Publique par rapport à cette injustice qui exige une explication du Ministre organisateur du concours d’entrée à la fonction publique. Mais hélas ! Les pauvres jeunes diplômés de l’Institut de Formation des Travailleurs Sociaux qui pensaient avoir trouvé une tribune libre d’expression démocratique ont appris à leur dépend que cette tribune qu’est l’EID n’est point libre ! C’est plutôt une tribune qui est là pour faire la promotion du Gouvernement. C’est une farce du pouvoir pour faire croire à la face du monde que le Mali est un exemple de démocratie alors qu’en réalité, c’est une tribune antidémocratique car empêchant certains citoyens opprimés de s’exprimer ! Le travail de la commission de dépouillement semble être de retenir les interpellations qui arrangent le gouvernement comme à lire et d’occulter celles dont la divulgation n’arrange pas le gouvernement.

Par ailleurs, l’EID semble résoudre très peu de problèmes. Pour preuve, nous avons compté, lors de l’édition de cette année, six interpellations qui ont été déjà traitées dans les éditions précédentes. Elles reviennent parce que les promesses tenues par les ministres concernés n’ont pas été honorées. C’est pourquoi d’ailleurs une interpellatrice a eu raison d’accuser l’EID d’être une tribune de promesse fleuve des membres du gouvernement et avec à la fin zéro résultat. Certaines interpellations étaient à leurs troisièmes passages aux différentes éditions de l’EID. Quelle comédie ! 

M’pè.

 

 

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