Madani Tall face aux reformes : «Tous ceux qui s’opposent à la reforme sont des démagogues»

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En décidant d’aller devant la presse le lundi dernier, le président du Parti Avenir Développement du Mali (ADM), Madani Tall, voulait d’abord lever tout équivoque sur son soutien au projet de reforme constitutionnelle, et ensuite, partager sa vision sur le processus et les grands principes.

Le débat entre pro et anti reformes vient en effet de prendre une nouvelle tournure avec l’entrée en scène pour la première fois de la «garde prétorienne» du président ATT, initiateur desdites reformes. Madani Tall, président de l’ADM, un des partis les plus fidèles au président ATT, ne porte pas de gans et laisse tomber le masque. «Je tiens à lever tout équivoque sur notre entier soutien au projet de reforme constitutionnelle. Nous le soutenons totalement en tant que parti politique républicain», a-t-il déclaré.

D’entrée de jeu, M. Tall s’exprime les yeux grands ouverts sur le public de journalistes en face. Il sait qu’il sera entendu par les acteurs de la coalition des associations de la société civile qui ont décidé, flamberge aux vents, de s’opposer de toutes leurs forces à ce projet. Quelques semaines avant, ceux-ci avaient organisé une conférence de presse à la Bourse du Travail animée par Daniel A. Tessougué, Siaka Diakité de l’UNTM, Ali Nouhoum Diallo de la COMODE. Le conférencier du jour ne se préoccupe pas de leur taux de représentativité, à moins d’avoir des statistiques qu’il exige.«Rien ne me prouve qu’ils sont majoritaires par rapport à ceux qui soutiennent cette reforme» a-t-il estimé.

Le président de l’ADM n’a visiblement pas froid aux yeux face aux gens d’en face. Il pousse même le bouchon : «Où étaient ils passés au moment où le processus était engagé. Ce sont des démagogues tout simplement qui ne savent que contester sans jamais être capables de proposer. C’est une aberration !»

En réalité, dira le conférencier, les agitateurs d’aujourd’hui, se sont plutôt préoccupés à des vétilles. «Toute leur attention était focalisée sur l’article 30 consacré au mandat présidentiel. Or au départ, le président avait été clair (NDLR par excès de pouvoir, il n’a aucun droit d’en imposer au peuple souverain) que le mandat présidentiel devait rester intangible. Les gens se sont refusés à le croire. Donc, depuis trois ans, au lieu de participer à l’amélioration du texte, ils ont perdu le temps à insinuer gratuitement et inutilement», a-t-ils expliqué.

 Selon lui, il est temps de dépasser les conflits d’intérêt pour se consacrer à ce qui engage le destin commun des Maliens : la constitution améliorée.

A croire que M. Tall s’engage aveuglement dans un débat de telle ampleur ? Détrompez-vous !
Comme bien d’autres responsables politiques, le président de l’ADM a lui aussi ses réserves sur le texte adopté par l’Assemblée Nationale. Par exemple, il n’est d’accord avec la référence à la charte de Kouroukan Fouga dans le préambule. Il pense même qu’on se trompe à croire que cette charte, même si elle est déclarée patrimoine mondiale, soit la première Constitution au monde. Là-dessus, il renvoie les historiens à l’école…….

Par rapport à la création d’une seconde chambre, M. Tall a un avis mitigé. Il estime que nous sommes une démocratie en construction et qu’il fallait un peu attendre d’atteindre une certaine maturité pour introduire une telle nouveauté.

Quant au pouvoir renforcé du président de la République, le conférencier trouve que les modifications sont tout simplement légitimes. En ce qui concerne la double nationalité du président, M. Tall estime que le président de la République du Mali ne doit pas être un sujet de la Reine d’Angleterre où un sujet du droit français ou Américain.

Au delà du débat classique de «pro» et «anti» reforme, le président de l’ADM, a soulevé un aspect très pernicieux que beaucoup de gens semblent occulter volontairement ou involontairement. En effet, Tall n’est pas qu’un homme politique, il a une vision d’expert en économie sur cette question de reformes. «L’année 2012 s’annonce très délicate pour les finances internationales. Ceux qui nous prêtent de l’argent ne seront plus dignes de confiance auprès des acteurs du système financier mondial. Le monde sera bouleversé par une crise financière qui changera l’ordre des priorités. C’est dire que ceux qui nous donnent de l’argent, n’en n’auront pas suffisamment pour leur propre marmite», prévient-ils. Dans ces conditions, comment peut-on demander au futur président d’organiser une nouvelle révision et un  référendum alors qu’on se sera saigné dans l’organisation des élections présidentielles, estime le conférencier qui croit qu’il vaut mieux que la reforme soit derrière nous après 2012. «ATT nous fait le plus beau cadeau en acceptant d’éviter au peuple malien de nouvelles épreuves de débauche financière et d’énergie», affirme Tall, tout convaincu du bien fondé de ses arguments.

Ainsi donc, le président du PDM est bien armé pour aller au charbon, fier de servir dans la loyauté son mentor ATT. «Il mérite bien qu’on lui fasse la reconnaissance du devoir accompli», conclut notre interlocuteur.

En attendant d’en savoir sur la position des autres partis de la mouvance présidentielle, nous retenons que Madani Tall et son ADM auront été les premiers soutiens officiels et formels à la reforme…
Abdoulaye NIANGALY 
 

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