Entre nous : Des autorités transitoires sont-elles nécessaires ?

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Le Ministre de la Décentralisation et des Réformes de l’Etat, Mohamed Ag Erlaf, continue sa campagne de sensibilisation pour l’installation des collèges transitoires ou autorités transitoires dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal. Il y a une semaine, il a rencontré les Partenaires Techniques et Financiers pour partager avec eux la volonté du Gouvernement. Le projet de loi doit passer en Conseil des Ministres avant son dépôt sur la table de l’Assemblée Nationale. La session extraordinaire du Parlement devant être close ce vendredi 26 février, le projet de loi devra attendre la prochaine session pour être examiné par les députés. C’est justement à ce niveau que les débats seraient houleux pour le Ministre de la Décentralisation qui est venu défendre une prorogation des mandats des organes des collectivités locales. Mais il ne faut pas s’attendre à un vote contre ce texte. Le Gouvernement explique sa démarche par le respect d’une partie de l’Accord pour la paix et la réconciliation, « Afin d’assurer la continuité de l’Etat, les institutions actuelles poursuivront leur mission jusqu’à la mise en place des organes prévus dans le présent Accord. La mise en  place, le cas échéant et au plus tard trois mois après la  signature de l’Accord, des autorités chargées de l’administration des communes, cercles et régions du Nord durant la période intérimaire. Leur désignation, compétences et modalités  de leur fonctionnement seront fixées de manière consensuelle par les parties». Voilà ce qui fonde la démarche gouvernementale sur une question qui est loin de faire l’unanimité. Déjà, au sein des sous-commissions du Comité de Suivi de l’Accord, de fortes divergences Subsistent   entre les différentes parties.  Les élus des régions du nord avaient fait part dans trois lettres ouvertes au Président de la République, Ibrahim Boubacar KEÏTA, de leur opposition à toute idée d’autorités transitoires. Ils affirment ne pas comprendre une telle démarche du Gouvernement dans la mesure où une loi vient de proroger les mandats des organes des collectivités jusqu’à la tenue des prochaines élections communales et régionales. Ils jugent inopportunes la mise en place des autorités transitoires. « Tenons fermement à l’unité nationale et à la cohésion sociale au bénéfice de nos communautés dont nous demeurons les seuls représentants légitimes », écrivaient-ils. Selon eux, une telle mesure doit être étendue à tout le Mali afin d’éviter de donner raison à toute idée séparatiste du pays. Dans les mêmes correspondances, les élus appellent à l’accélération du processus de cantonnement des combattants des groupes armés mais aussi à la tenue des échéances électorales pouvant installer de nouvelles autorités locales.

L’élaboration de ce projet de loi relève d’une certaine incohérence du Gouvernement. La loi n°15-047 du 7 décembre 2015 a prorogé à titre exceptionnel des mandats des Conseils jusqu’aux nouvelles élections.

Des autorités transitoires sont-elles necessaires ? Pas sûr ! L’installation des autorités transitoires prendra du temps. Elle va retarder la tenue des élections communales et régionales, lesquelles ne devaient pas avoir lieu avant le dernier trimestre 2016. Il y a des risques forts que cette mesure accentue davantage le clivage entre les régions de Tombouctou, Gao et Kidal et le reste du pays. Le contexte a beaucoup évolué. Et le pays est pris aujourd’hui en tenaille par une poignée d’individus qui remuent ciel et terre pour sa partition.   Les partis politiques ainsi que les élus des autres localités du pays brillent par leur silence. L’Association des Municipalités du Mali (AMM) n’entreprend aucune action de lobbying pour conforter les positions des élus du nord.

Chiaka Doumbia

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