Nouveaux «patrons» de banque ou simples prébendiers de fin de règne ?

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Le chef de l’Etat malien, Amadou Toumani Touré, a procédé à une série de nominations dans certaines banques de la place. En effet, trois anciens ministres de son régime, Ndiaye Ba (ex-ministre du Tourisme) ; Igor Diarra (Eau et Energie), recalés dans le gouvernement de Kaidama Sidibé Cissé et Ousmane Thiam (Investissement et Promotion des Pme), ont été promus respectivement présidents de Conseil d’administration de la BHM, BMS et BDM. La question qu’on est amené à se poser porte sur l’opportunité de ces modifications statutaires dans les banques pour y imposer des PCA.


La gouvernance des banques le nécessiterait-elle ? La réponse est loin d’être évidente dans la mesure où il est constant qu’une telle configuration contribue notablement à une inutile dilution  de responsabilité entre deux personnalités dirigeantes : Le PCA et le DG. De l’avis des spécialistes du droit des affaires, nos banques n’ont pas la taille requise pour une telle organisation. En revanche,  la formule PDG avec la souplesse de gestion qui la caractérise semblait jusque-là mieux indiquée pour elles.  Dans tous les cas, elle a jusque-là bien marché et il n’y a eu aucun abus déclaré ni autre crise de gouvernance dans le secteur qui justifierait une révolution copernicienne. Mais voilà ! Nous sommes en fin de règne. Il faut récompenser certaines personnes de leur fidélité, même s’ils sont proprement incompétents et/ou même si cela doit se faire au détriment des banques. L’Etat gagnerait pourtant à se garder d’interférer à mauvais escient dans le secteur bancaire parce que c’est le rempart ultime de l’économie. Les autorités monétaires sont restées, jusqu’à un passé récent, vigilantes dans la protection du secteur bancaire. Ont –ils aujourd’hui lâché du lest devant le charme du «soldat de la démocratie » en lui offrant un cadeau d’adieu? 


 Quid de
la BNDA ?
Il semble que cela soit un peu compliqué du côté de
la BNDA. Un nouvel actionnaire, en l’occurrence le groupe BPCE, serait en train d’opposer une certaine résistance à cette volonté étatique. Rappelons que la BNDA est en phase de restructuration active de son actionnariat avec l’entrée dans son capital de ce  groupe en lieu et place de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour 19%. Ledit groupe a, par la suite, acquis les parts de la KFW pour être majoritaire relatif à hauteur de 41%.


Alors que les dirigeants de la banque verte avaient seulement entendu mettre en place un simple partenariat technique avec une banque de renommée internationale,
la BNDA était sur le point de se laisser déborder par les attitudes «opéaistes» de son nouvel invité qui, en complicité avec les actionnaires non étatiques, en l’occurrence la KFW et l’Agence Française de Développement (AFD), envisagerait de prendre le contrôle absolu de la banque agricole. En effet, en acquérant la part AFD, le groupe serait devenu majoritaire absolu avec  64%, ce qui l’autoriserait à désigner dans ses rangs les plus hauts dirigeants de l’entreprise et maîtriser ainsi les pôles décisionnels de la banque.  Quelle grosse bourde aurait, en  effet,  été l’attitude des autorités gouvernementales si un instrument  aussi stratégique de financement du développement national, partait à vau-l’eau ! 
L’AFD, quant à elle, pense – t – elle faire du développement en livrant, contre espèces sonnantes et trébuchantes,
la BNDA aux sirènes et griffes d’un capitalisme d’une autre époque ? Heureusement que la sagesse a primé. L’Etat, réalisant qu’il allait commettre une imparable erreur, s’est vite ressaisi en faisant échec aux transactions de coulisse et en affirmant haut et fort que le principe d’un Etat majoritaire, ne serait-ce que relatif, à la BNDA
est un verrou légalement institué pour lui permettre de garder sa mainmise sur le financement du secteur vital de l’agriculture et qu’il n’entend pas faire sauter ce verrou au moment où le besoin se fait le plus sentir. En attendant l’issue de ce combat de stratégie d’entreprise, le Chef de l’Etat a dû mettre en sursis sa décision de «caser» un 4ème fidèle à la tête d’une banque de la place.
Gérard DAKOUO




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