Nouvelle génération de politiciens au Mali : Le présage d’un Mali moderne

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Il ressort de l’émission radiophonique de RFI, «Le Débat Africain» du dimanche dernier, qu’une nouvelle vague de jeunes politiciens africains est en train d’émerger, avec une nouvelle vision de la politique.

 

Madani Amadou Tall, président du parti Avenir et  Développement du Mali (ADM), Sékou Diakité 2ème vice-président de l’Adema, Ousmane Benfana Traoré, président du parti citoyen pour le renouveau (PCR)  et Oumar Mariko, secrétaire général du parti pour la solidarité africaine du développement et de l’intégration (Sadi) étaient le 4 décembre dernier sur le plateau de l’émission Le Débat Africain de Radio France Internationale, animée par notre confrère Alain Foka. Les différents thèmes abordés au cours de ce débat étaient, entre autres, la faillite de l’école malienne, l’agriculture, l’emploi des jeunes et la sécurité. Un résumé des différentes interventions. 

 

Madani Tall :

 

‘’Les Maliens veulent une société qui n’est pas condamnée à l’assistance’’

 Madani Tall, Président de l’Adm et candidat à l’élection présidentielle s’est montré très critique vis-à-vis du sous développement pendant 50 ans. Selon lui, cet éveil s’explique par 50 ans de sous développement.  « Les écoles sont devenues des usines à produire des chômeurs.  Les maliens du XXIe siècle veulent une société qui n’est pas condamnée à l’assistance », ajoute-t-il. « A force de chercher l’émergence, pendant 50 ans, le Mali a été dépassé par les pays asiatiques qui étaient moins développés que notre pays. Donc, c’est le moment du changement.

La population s’inquiète du départ du Président ATT car ils auront à choisir maintenant parmi les leaders qu’ils ont « refusés » pendant 20 ans  et qui toujours sont dans la contestation », explique Madani Tall. Pour lui, le bilan de ces 10 dernières années du président Amadou Toumani Touré est positif car tous les indicateurs ont augmenté. Malgré sa critique vis-à-vis de l’ancienne génération, M. Tall a apprécié le projet de société d’IBK qui porte sur le changement. De l’avis de Madani Tall, son aîné Oumar Mariko ne prône pas le changement.  « L’école fut créée quand la population ne dépassait pas 4 millions d’habitants pour former les fonctionnaires et aujourd’hui encore, avec plus de 14 millions d’habitants, elle n’a pas connu de changement notable. L’école a un problème structurel.

 

Il faut complètement réformer l’école  pour lui donner une bonne image », a-t-il dit.

Pour Madani Tall, l’école  malienne  qui va de mal en pis n’est rien d’autre que la conséquence de sa politisation. Et il reproche à Oumar Mariko et à ses pairs d’avoir  ainsi politisé l’école au moment de la révolution de Mars 1991.

 

Faire du Mali un eldorado passe par l’ingénierie financière, selon  Tall.  C’est ainsi qu’il propose  la création d’entreprises qui créent la richesse. « 97 millions de dollar proviennent du secteur minier et cette somme est mal utilisée. Il faut une « ingénierie financière pour une meilleure utilisation de ses fonds.  Sur le plan agricole, le Mali est en voie de mécanisation de l’agriculture. Aujourd’hui notre pays a le deuxième parc des tracteurs le plus important de la sous-région.  La mécanisation de l’agriculture est une des solutions », souligne-t-il.

 

Sékou Diakité :

 « La nouvelle génération est capable de relever le défi »

  Sékou Diakité ancien ministre du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées et candidat malheureux aux primaires de l’Adema,  pense que l’heure de la  nouvelle génération a sonné. « À partir de 2012, le Mali devrait s’apprêter à écrire une nouvelle page de son histoire. La nouvelle génération doit être à l’avant-garde de la scène politique malienne. C’est pour cette raison que  j’ai créé le mouvement dénommé : « Devoir de génération, il y a trois ans », a expliqué le 2ème vice-président de l’Adema. Pour cette jeune abeille, les anciens qui  sont aux affaires, ont fait ce qu’ils ont pu. Aux dires de Sékou Diakité, la nouvelle génération a  un défi énorme à relever avec un taux d’accroissement démographique de 3,6 %, l’un des taux les plus élevés au monde. «  La population malienne va doubler dans 20 ans, 3/2 Maliens ont moins de 25 ans et 50 % de ces gens ont moins de 15 ans. Comment nourrir cette population galopante ?» s’est-il interrogé. « Donc, des défis nouveaux se profilent à l’horizon, des sensibilités nouvelles apparaissent et seule la nouvelle génération est capable de relever le défi et  doit montrer l’exemple à l’ancienne génération», a-t-il avancél. En tant que comptable du bilan des 20 ans de la démocratie malienne, il apprécie ainsi : « Depuis 20 ans, notre pays a énormément progressé en matière de  politique, l’état de droit, en gouvernance et surtout en infrastructure. » 

 

Selon M. Diakité, les conditions de l’école en 2012 et de 1960 sont incomparables. Parce que ce sont des millions d’enfants qui viennent à l’école encore. Aussi pour lui, l’école est prise en otage par des enseignants politisés. « On retrouvera les mêmes problèmes dans 20 ans encore. »

 

Ousmane Benfana Traoré:

 

«Les politiciens de l’ancienne génération ont montré leurs limites »

 « L’administration malienne est tenue par des jeunes. Ces jeunes sont utilisés  par les anciens. Donc, il faut trouver le moyen de tourner la page. Nous sommes dans la modernité et les problèmes générationnels sont inévitables. Les politiciens de l’ancienne génération ont atteint leurs limites », a déclaré le président du Pcr. Poursuivant son intervention, il abonde dans le même sens que Madani Tall quant à la création de l’emploi à travers des secteurs industriels. Selon lui,  il faut  axer les efforts sur le programme de formation des jeunes, plus précisément la formation professionnelle.  « Avec le pétrole qui  pointe son nez, aucun jeune n’est jusque-là formé pour l’exploitation de l’or noir » a-t-il déploré.

 

Oumar Mariko :

 

« 20 ans de changement pour une minorité de Maliens »

 Oumar Mariko l’opposant reste sur sa position selon laquelle l’échec du Mali en 50 ans est dû à un système capitaliste.

« Les huit ans de Modibo Kéita ont été plus fructueux que les vingt-trois ans du général Moussa Traoré, plus les 20 ans de démocratie. C’est une tendance à l’indépendance et au développement chez Modibo contre l’individualisme des soit-disant démocrates. »  Et Oumar Mariko reprochent à Madani Tall et ses camarades qui se réclament de la nouvelle génération, d’être les comptables du bilan négatif du président ATT. « Pendant 20 ans, il y a eu des changements pour une minorité de maliens, une minorité proche du pouvoir en place. » Et puis Mariko parle de 20 ans de retard pour le Mali. « … après 50 ans, la majorité des paysans utilisent encore à cultiver avec la  ‘’daba rudimentaire’’, 35 pour % ont la charrue et 1%  ont les tracteurs. Ce sont les riches qui ont les tracteurs, les pauvres ont dû, par manque de moyens, renoncer aux tracteurs.  La preuve, cette année, la famine pointe déjà son nez dans notre pays. Dans les  années à venir, les pays africains seront des Etats faibles et non des Etats forts. Nous avons besoin aujourd’hui d’institutions fortes », a-t-il martelé. 

 

Sur le plan agricole, il y a un défi énorme à relever.  Pour Oumar Mariko, il faut responsabiliser les populations paysannes et leur donner des moyens de production. Il propose des matériels locaux comme moyens de production.  Il ne faut pas, a-t-il déclaré, chasser les paysans de leur terre.

En conclusion le débat sur RFI  entre ces hommes politiques donne à comprendre que la nouvelle génération pense que le Mali doit s’ouvrir à la modernité avec de nouvelles visions et de nouvelles idées.

Par Modibo L. Fofana & A. Togo

 

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