Oumar Mariko : la forte tĂŞte, les putschistes et les rebelles

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Oumar Mariko : la forte tĂŞte, les putschistes et les rebelles
Oumar Mariko, acclamé par des partisans à Bamako, le 31 mars 2012. © Issouf Sanogo/AFP

RĂ©putĂ© pour son franc-parler, Oumar Mariko est Ă  la fois mĂ©decin, militant rĂ©volutionnaire et proputschiste. Portrait de l’enfant terrible de la classe politique locale.

“On reconnaĂ®t une vache Ă  sa couleur, mais la couleur de l’homme se trouve dans son ventre.” Il aime bien le citer, ce proverbe bambara, Oumar Mariko. Il y en a un, français celui-lĂ , qui dit : “Il n’y a pas de fumĂ©e sans feu.” Il lui va bien aussi. Mariko, Ă©ternel opposant jusqu’Ă  l’Ă©lection d’Ibrahim Boubacar KeĂŻta (IBK), en 2013, est Ă  lui seul une chronique acide du Mali de ces trois dernières dĂ©cennies, un exceptionnel instigateur de coups fourrĂ©s, mais aussi une très utile boĂ®te Ă  rumeurs. Des mois, des annĂ©es mĂŞme que son nom est placĂ© au coeur des intrigues les plus folles.

Le flot ne s’arrĂŞte jamais. En juin dernier, on lui prĂŞte la paternitĂ© d’une tentative d’assassinat du prĂ©sident, que son parti (SolidaritĂ© africaine pour la dĂ©mocratie et l’indĂ©pendance, Sadi) soutient pourtant. L’histoire est Ă  dormir debout : des sous-officiers se seraient mis en tĂŞte d’attaquer la demeure d’IBK. Dans le lot des “comploteurs”, il y a le sergent-chef Amara Sylla, un des gardes du corps de Mariko, qui, le jour J, lui a empruntĂ© sa voiture… “Je n’ai rien Ă  voir avec tout ça”, clame le dĂ©putĂ©.

Le mĂŞme mois, c’est Ă  l’AssemblĂ©e nationale qu’on Ă©voque son nom. Les dĂ©putĂ©s s’interrogent : faut-il lever son immunitĂ© ? ImpliquĂ© dans une affaire de violences Ă  l’endroit de deux Ă©tudiants le 30 avril 2012 (le jour du contre-coup d’État des BĂ©rets rouges), Mariko est inculpĂ© pour “complicitĂ© de coups et blessures volontaires”. Selon une source judiciaire, “il n’y a rien dans ce dossier”.

En aoĂ»t, il fait encore la une. Depuis plusieurs mois, la France refuse de lui accorder un visa. “Sur les 147 dĂ©putĂ©s, je suis le seul dans ce cas”, dĂ©nonce-t-il. Paris lui fait comprendre que c’est Ă  cause de ses ennuis judiciaires. Mais un diplomate l’admet : “On ne va pas donner un visa Ă  un homme qui passe son temps Ă  critiquer la France.”

Son ONG, MĂ©decins de l’espoir, soigne les pauvres

C’est peu de dire que Mariko critique la France. Avec son langage cru et sa voix forte, il la broie. Quand l’intervention militaire se dessine dĂ©but 2013 pour contrer l’offensive jihadiste, il fait tout pour s’y opposer. Après la dĂ©bâcle de l’armĂ©e malienne Ă  Kidal, le 21 mai dernier, ce sont ses partisans qui scandent : “Ă€ bas la France complice du terrorisme !”

L’ancienne mĂ©tropole, il l’a eu en horreur dès son enfance passĂ©e dans la rĂ©gion de Sikasso, au sud-est de Bamako. Son père, un vĂ©tĂ©rinaire, avait fait six mois de prison sous la colonisation pour avoir giflĂ© un colon. Au lycĂ©e, il se tourne vers les oeuvres marxistes et s’intĂ©resse Ă  l’histoire de son peuple. “Il ne s’agit pas de tout magnifier, dit-il. Il y a des valeurs nĂ©gatives. Mais les Africains ont une histoire et doivent en ĂŞtre fiers.” Comme sa compatriote, la cĂ©lèbre altermondialiste Aminata TraorĂ©, avec laquelle il chemine depuis des annĂ©es, Mariko adule SĂ©kou Touré (qu’il a rencontrĂ© en 1981, souvenir exquis), s’abreuve des discours de Modibo KeĂŻta et honnit tout ce qui peut s’apparenter Ă  du nĂ©ocolonialisme.

Mais Mariko ne fait pas que parler, il met les mains dans le cambouis. Les dĂ©bats de salon, il ne connaĂ®t pas. “Je ne suis pas un intellectuel”, avoue-t-il. Ă€ 15 ans, il participe Ă  ses premières grèves. Ă€ 21 (nous sommes en 1980), il les organise. Ă€ 22, il crĂ©e son premier parti dans la clandestinitĂ©. Ă€ 27, il goĂ»te aux geĂ´les de Moussa TraorĂ©. Ă€ 31, il est de ceux qui font tomber le despote. L’Association des Ă©tudiants du Mali, qu’il a fondĂ©e, est le fer de lance de la contestation en 1991. “On ne voulait pas faire la rĂ©volution, se souvient-il. C’est le pouvoir qui nous a poussĂ©s vers l’opposition.”

C’est Ă  cette Ă©poque que Mariko devient populaire dans les casernes. Les jeunes sous-officiers – ceux-lĂ  mĂŞmes qui feront tomber Traoré – apprĂ©cient son patriotisme. Depuis, quand il visite un camp, c’est vers lui que vont les soldats. “L’armĂ©e est constituĂ©e des couches pauvres, celles qu’il dĂ©fend au quotidien”, rappelle un adversaire politique. Son quotidien, depuis vingt ans, c’est son ONG, MĂ©decins de l’espoir, qui soigne les pauvres, son rĂ©seau de radios, Kayira, qui donne la parole Ă  tous, et son parti, Sadi. Le pouvoir ? Il n’y a jamais vraiment goĂ»tĂ©. L’argent ? Il s’en dĂ©sintĂ©resse, affirment ses proches.

Quand il entre, la foule se lèvre

Quand il arrive Ă  notre premier rendez-vous, au siège de Radio Kayira, un bâtiment dĂ©labrĂ©, c’est Ă  bord d’une petite japonaise dĂ©glinguĂ©e. Ce jour-lĂ , la radio sert de lieu de rĂ©union au Mouvement populaire du 22 mars (MP22), que Mariko et d’autres ont crĂ©Ă© en 2012 pour soutenir le putsch des sous-officiers de Kati. Quand il entre, la foule se lève. “C’est le seul qui ose dire la vĂ©ritĂ©”, dit un jeune arrivĂ© au guidon d’un deux-roues ornĂ© du portrait d’Amadou Haya Sanogo.

Sanogo, Mariko le voit toujours, mĂŞme en prison. Il continue Ă  dire que le renversement d’Amadou Toumani TourĂ© (ATT) en mars 2012 Ă©tait nĂ©cessaire. A-t-il jouĂ© un rĂ´le ? Les services disent que oui. “Il Ă©tait en contact direct avec les militaires”, affirme un haut responsable du renseignement de l’Ă©poque. L’adjudant-chef Seyba Diarra, l’un des cerveaux de la junte, aujourd’hui en prison, est un très bon ami. Le colonel Youssouf TraorĂ©, autre figure des putschistes certainement assassinĂ© en septembre 2013, aussi. Quant Ă  Sanogo, Mariko l’avait rencontrĂ© Ă  plusieurs reprises avant le coup d’État, mais il affirme n’avoir jamais eu de relation forte avec lui.

Dans l’entourage d’ATT, on va plus loin : Mariko serait derrière la manifestation des femmes des militaires de Kati, qui a mis le feu aux poudres quelques semaines avant le putsch. Il aurait aussi jouĂ© un rĂ´le dans le dĂ©sastre du Nord. “Après le massacre d’Aguelhok, en janvier 2012, il prĂ©venait les soldats pour leur dire de fuir avant de se faire tuer”, affirme notre source de renseignements, qui assure que “des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques le prouvent”.

Iyad et Mariko, c’est une vieille histoire, qui remonte Ă  1991.

Mariko nie en bloc. Le putsch ? Il n’Ă©tait pas au courant. Plusieurs leaders de l’ex-junte le confirment. Il avait bien senti le vent tourner dans l’armĂ©e, “depuis qu’on envoyait [les soldats] Ă  la boucherie”. Il appelait mĂŞme de ses voeux un renversement d’ATT. Mais il n’a pas fomentĂ© le coup. “Il n’avait aucun ascendant sur nous. Il nous servait de caution vis-Ă -vis du peuple”, souffle un ancien compagnon d’armes de Sanogo. Jamais, jure Mariko, il n’a incitĂ© les soldats de Tessalit Ă  fuir. “J’Ă©tais en contact avec eux. Ils se plaignaient de n’avoir ni vivres ni armes. Ce sont eux qui m’appelaient.” En revanche, il reconnaĂ®t avoir contactĂ© Iyad Ag Ghaly, le chef d’Ansar Eddine. “Je lui ai dit de foutre la paix aux femmes et aux enfants [des militaires].”

“On peut lui faire confiance”

Iyad et Mariko, c’est une vieille histoire, qui remonte Ă  1991. Le premier mène la rĂ©bellion touarègue. Le second oeuvre pour la paix dans le Nord. Les premières rencontres sont empreintes de mĂ©fiance. Puis les deux hommes apprennent Ă  se connaĂ®tre. “Les Touaregs apprĂ©cient Mariko parce qu’il n’est pas comme les autres politiciens. On peut lui faire confiance”, explique un ami du trublion qui a participĂ© Ă  plusieurs rĂ©bellions.

En janvier 2013, quand Iyad lance son offensive sur Konna avec les autres groupes jihadistes du Nord (ce qui provoquera le dĂ©clenchement de l’opĂ©ration Serval), Mariko organise des manifestations rĂ©clamant la dĂ©mission du prĂ©sident par intĂ©rim, Dioncounda TraorĂ©. La coĂŻncidence est d’autant plus troublante qu’il multiplie les Ă©changes tĂ©lĂ©phoniques avec les hommes d’Ansar Eddine. Les services français affirment en avoir la preuve. A-t-il voulu profiter du chaos au Nord pour permettre Ă  Sanogo de revenir sur le devant de la scène, comme le pensent un certain nombre d’observateurs ? Encore une fois, il nie. “Les gens d’Ansar Eddine m’appelaient pour me prĂ©venir qu’Iyad, avec qui ils n’Ă©taient pas d’accord, prĂ©parait quelque chose. J’ai transmis l’information aux services de renseignement et aux AlgĂ©riens”, se dĂ©fend Mariko, qui assure n’avoir “rien Ă  cacher”.

Mission secrète à Niafunké

Juin 2012. De retour d’Iran, Oumar Mariko reçoit un appel d’un ami proche d’Iyad Ag Ghaly : “On veut faire la paix. Il faut que tu nous aides !” Un mois plus tard, Mariko obtient de Sanogo un ordre de mission pour entamer les nĂ©gociations avec Ansar Eddine. “Je voulais qu’ils s’entendent, pour Ă©viter une intervention Ă©trangère”, explique-t-il. Premier round en juillet 2012, Ă  NiafunkĂ©, Ă  la “frontière” entre le Nord occupĂ© et le Sud. AccompagnĂ© d’un ami touareg, Yehia Ag Ibrahim, et de deux militaires, Mariko rencontre le colonel Mbarek Ag Akli, un officier de l’armĂ©e passĂ© Ă  l’ennemi, dans une ambiance bon enfant.

Deuxième round le 12 septembre 2012, toujours Ă  NiafunkĂ©. Muni d’un nouvel ordre de mission, mais accompagnĂ© cette fois par des proches de Sanogo, il retrouve Mbarek. Certains ont voulu voir dans ces missions secrètes une conspiration entre la junte et Ansar Eddine. De la synthèse de cette rencontre qui a Ă©tĂ© transmise aux services de renseignement (et dont Jeune Afrique a obtenu copie), il ne ressort pas grand-chose, si ce n’est une volontĂ© Ă©vidente des deux parties de dialoguer pour, selon les termes employĂ©s par le colonel Mbarek, “trouver une solution au problème”.

Lire l’article sur Jeuneafrique.com : Opposition malienne | Mali – Oumar Mariko : la forte tĂŞte, les putschistes et les rebelles

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7 COMMENTAIRES

  1. Dans nimporte quel pays ce remueur aurait ete envoye en prison le seul endroit qui sied a sa miserable personne mais malheureusement ce pays est devenu un paradis pour des citoyens indignes et amoraux

  2. Vraiment FOUTEZ LA PAIX AU Dr MARIKO!Parmi vous et votre ATT ainsi que tous ces apatrides du FDR (Front pour la Destruction de la RĂ©publique)citez moi un seul nom qui arrive mĂŞme Ă  la cheville de MARIKO cĂ´tĂ© patriotisme!Au moins lui MARIKO a une conviction politique derrière laquelle il restera toujours fidèle!Les personnes que vous jugiez “non frĂ©quentables” qui Ă©taient avec MARIKO sont aujourd’hui Ă  Alger avec les rĂ©prĂ©sentants de l’Etat malien pour parler de Paix!Vivement des races d’hommes politiques de la trempe de Mariko pour l’Ă©mergeance d’un Mali nouveau. đź‘ż

  3. en clair, O.MARIKO est allĂ© traiter un deal au nom de la JUNTE avec ANSAR EDINE. Le traitĂ© visait Ă  l’occupation du nord avec MOPTI comme frontière, et permettre Ă  la junte de renverser DIONKOUNDA et en mĂŞme temps faire semblant de barrer la route aux assaillants de prendre BAMAKO.Comme ça, le fameux CNE SANOGO allait s’auto-proclamer GĂ©nĂ©ral et hĂ©ro du MALI, le faite de contenir les assaillants Ă  MOPTI? Leur objectif,c’Ă©tait se partager le MALI-BĂ‚!!!Celui qui veut, il croit Ă  cette version des faits.Heureusement DIONKOUNDA en tacticien a fait appel Ă  la FRANCE qui a mis un coup-d’arrĂŞt Ă  la progression ennemie? VoilĂ  comment le MALI a Ă©chappĂ© Ă  un partition? D’oĂą la colère des comploteurs, MARIKO + JUNTE

  4. dĂ©cidĂ©ment je me rĂ©solve Ă  croire que le fou “fâtĂ´” sera mieux pour gouverner le MALI. L’inconstance, l’instabilitĂ© des hommes politiques,le militantisme clairvoyant,la connaissance de l’art politique,le sens du patriotisme de la population Ă  prendre conscience lors des consultations Ă©lectorales, l’aliĂ©nation Ă  la tradition culturelle ancestrale t historique. Avec le FOU(O.MARIKO)le MALIEN sera rĂ©orientĂ© forcĂ©. Un homme fort pour mettre le Malien dans la dynamique du changement.Je n’apprĂ©cie pas le TYPE,mais je me rĂ©sous Ă  le souhaiter Ă  la GOUVERNANCE du MALI pour……

  5. Je ne suis pas un fan de l’homme mais ce que j’apprecie chez lui c’est la constance dans ses idees.Mariko ne change jamais de convictions comme les autres politiciens qui changes d’idees, de partis …quand ils veulent et qui tournent avec la direction du vent.Je l’ai connu quand j’etais au lycee bouillagui Fadiga ou se trouvaient les plus durs du mouvement en 91, 92, 93 lors des “AG” meme avec la menace des durs Mariko ne changait jamais ses pensees.Je me souviens en 92 il a fallu l’intervention des elements du 3 em arrondissement pour lui sortir des griffes des durs du LBF, il n a jamais fleche de sa position.Mariko vaut mieux 10 000 fois que vos “politichiens” cameleons sans vergogne, ni convictions.

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