Prétentieux 2012 – Dioncounda Traoré : Une Abeille déboussolée

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«Sans fraude nous gagnerons sans coup férir». Ainsi parlait Dioncounda Traoré devant les membres de «son» Association pour la promotion de la démocratie au Mali, un mouvement créé pour suppléer aux défaillances de la Ruche. L’Adema, en effet, comme tous les «grands» partis politiques de la place, connait, et connaitra, des défections. Des «Abeilles», et non des moindres, ont déjà pris ou s’apprêteraient à prendre leur envol, en grappes serrées, vers des destinations inconnues ou connues.


En quête de quoi, pour quelle raison ? Nul ne le sait trop, sachant que leur formation politique a un candidat désigné et investi à la prochaine élection présidentielle: Dioncounda Traoré, en l’occurrence. En se basant sur son ADPM et en fustigeant la fraude avant l’heure, craindrait-il que ces transfuges aillent enseigner aux autres le mode d’emploi de la fraude et de la corruption politique longtemps pratiquée dans la maison-mère ? Possible. En tous les cas, le président de l’Adema, député élu à Nara, également président de l’Assemblée nationale, est tellement inquiet qu’il a décidé de changer de stratégie et d’utiliser une botte secrète. Mérite-t-il d’être autant malmené et de devoir être contraint de revoir toutes ses copies ? Certainement pas, si l’on en croit certaines personnes qui l’ont connu et pratiqué. Selon lesquelles, l’homme s’est toujours tenu au dessus des partitions de son parti et à l’écart des nombreux clans qui se succèdent dans
la Ruche. Il n’aurait qu’une seule religion: l’unité du parti. Président par défaut du PASJ, il a hérité contre son gré d’un parti dont il n’a jamais cessé de recoudre les lambeaux. Réservé sans être effacé, prudent sans être couard, il n’a jamais eu en tête que les intérêts de son parti. Parmi lesquels le maintien de l’Adema au dessus de l’élite politique, le maintien de ses cadres aux postes stratégiques de l’Etat, le maintien de la suprématie numérique de ses élus à l’Assemblée nationale et dans les collectivités territoriales. Sa stratégie? Laminer, déstabiliser, noyauter, acheter ou détruire les autres formations politiques.


L’Adema a perdu volontairement la présidence de
la République (et non pas le pouvoir politique et économique) en 2002, après dix ans d’exercice. Après une retraite qui a duré autant de temps, les Abeilles veulent revenir sur le devant de la scène politique nationale avec la reconquête de Koulouba. Avec Dioncounda Traoré comme prétentieux à la couronne.


Son parti, malgré les couacs, ratés et turbulences, est resté une véritable machine électorale utilisant tout carburant, tout lubrifiant. Mais c’est l’homme lui-même qui semble poser problème. On lui reproche d’être trop âgé pour un mandat de cinq ans au plus haut niveau. On ne lui connait pas de charisme susceptible d’attendrir les cœurs. On ne lui reconnait pas l’éloquence propre à enflammer les foules. On le trouve hautain et dédaigneux. Tout cela est sans doute vrai. Mais il y a autant vrai: il n’est plus aussi jeune, sans être plus âgé qu’Alpha Kondé ou Abdoulaye Wade ; il n’est pas charismatique, mais compte plus de militants que ses adversaires les plus tribuns; il ne parle pas beaucoup, mais sait remplir les salles; sa réserve prudente est née de plusieurs années de clandestinité, et sa morgue, de sa double charge de président du parti majoritaire et de président du parlement.
De son savoir-faire et de son savoir-être, également. Brave abeille ! Dioncounda aura goûté à tout et tout essayé. Les mathématiques pures, l’instruction militaire, le matérialisme dialectique, le socialisme scientifique, l’idéologie communiste, la pensée trotskyste. Mais aussi la clandestinité, le syndicalisme, avant l’appartenance au parti présidentiel et le bon miel de la ruche. Il ne lui restait que deux «petites» choses.


D’abord se mettre au niveau du peuple, par nature pauvre et nécessiteux. Le tout puissant président de l’Adema et de l’Assemblée Nationale a décidé de sortir de la ruche, de descendre du perchoir, de se mêler à la foule anonyme. Fréquentant les «grins» de rue, il distribue des galettes de mil par-ci, des brochettes de bœuf par-là. Et n’oublie pas de ramener ses amis vers la soupe populaire pour petit-déjeuner dans un resto de quartier. Où on ne mange certes pas du «sakaroba», mais la «bara muso» crèche non loin de la maison centrale d’arrêt. Tentant.
Ensuite, le bon Dioncounda reconnait enfin publiquement qu’au Mali, comme dans beaucoup d’autres coins du globe, les élections ne se gagnent pas dans les urnes. Loin s’en faut.
Cheick Tandina




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