À quel prix de revient d’anciens politiques veulent-ils ouvrir un nouveau chapitre ?

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La « moisson » des candidatures est prête…ou presque. Il ne reste plus qu’à le faire, et on y retrouvera alors d’émouvantes retrouvailles. Souhaitons bonne chance au Mali avec ceux qui reviennent dans la course pour Koulouba 2012. Ce ne sera pas l’expression d’un vœu pieux, on le verra. Les Maliens auront à choisir entre deux solutions.

Comme on le voit, la précampagne aura été le moment de tous les discours jusqu’à ce que la CENI ait eu envie de « siffler la partie ». Rarement, ceux qu’on commence à dénombrer, ces candidats qui entendent solliciter les suffrages de leurs compatriotes, se sont tus. Avant l’heure (c’est-à-dire celle de l’ouverture officielle de la campagne), on les a vus partir dans tous les sens (si l’on peut dire) jusque dans les recoins du pays, pour bricoler dans l’urgence des remèdes ou des solutions pour calmer la fièvre de nos préoccupations. Ce qui a fait dire au vieux cordonnier Soumounou que l’on voit déjà que tous ces gens-là ne guériront pas nos maladies. Mais pourquoi agissaient-ils donc ainsi ?  Pourtant, la réflexion politique sera particulièrement d’actualité en cette année électorale. Certains savent déjà qu’ils ne gagneront pas leur pari, et d’autres paieront de leur personne devant les électeurs. Ces politiciens -là paieront et savent pourquoi. La démocratie n’est pas que jeux des élections, mais en cette année électorale, les Maliens vont devoir choisir leur Président. 2002 ne ressemble pas à 2012.

Pour 2002, il s’agissait d’une élection d’alternance. En 2012, le choix est plus que cornélien. Les Maliens vont même trancher une question qui taraude depuis entre celui qui se juge en indépendant et l’autre retenu dans les liens du fait partisan. C’est l’élection présidentielle qui le demande, mais on se focalisera à tort sur des questions de personnes ou de détails. Pour nos compatriotes, l’important n’est- il pas plutôt de savoir comment et avec qui les candidats comptent gouverner ? Qui ne sait pas que copinage et réseautage sont les « mamelles » de nos législatures ? La connivence n’est- il pas le sésame pour ouvrir les portes ? Tous ceux qui, jusqu’ici, veulent prétendre aux suffrages des citoyens ont tous (et l’exception confirmera la règle) servi à bien des postes de responsabilité. Pourtant, en Avril 2012, ils ne veulent plus succéder à quelqu’un à Koulouba, ils tiennent à le remplacer. La grande question concernera alors le personnel en liste pour la compétition. Il y a une absence de marge de manœuvre pour les électeurs qui ne le perçoivent pas encore. Celui qui sera intronisé à Koulouba cette année aura-t-il seulement le recul nécessaire pour constater les défis de changement opérés depuis les débuts de la 3è République ? Dans la course, on retrouve des personnes avec qui furent montés des évènements à travers les souvenirs du peuple. Il y a les anciens du mouvement démocratique (comme on les appelait) qui vont se retrouver dans une confrontation inhabituelle avec des jeunes qui en veulent en arrivant dans cette course présidentielle. Les premiers, ceux que leurs adversaires politiques n’ont pas manqué d’appeler « les soutiens de la 3è République, briseurs de GMT ». Ni eux ni les plus jeunes de la compétition, ne prônent l’éclatement de ce pays. S’ils condamnent l’inertie des gouvernements passés, ils vont se contenter, pour l’essentiel, de dire comment gérer les crises actuelles, mais pas comment les prévenir. De grandes peurs de nos populations les attendent : d’abord celle des consommateurs que nous sommes, de la dégradation de la sécurité alimentaire, du marché du travail et de la santé. Nos ménages, qui pressentent que tous les sacrifices du passé ne suffiront pas, ont décidé de « bouder » les prélèvements de l’AMO. Quelle conscience des réalités du jour pousse-t-elle à cela ? Perspectives moroses et déficit de confiance sans doute. Faire de la politique ne devient plus une abstraction à laquelle on ne prêtera plus des volontés. Tous les candidats déclarés à ce jour se sont donné trois lois : faire revenir la sécurité sur le territoire, la sécurité alimentaire et celle de l’emploi. Ce qui nous fait déjà penser qu’ils ont tous une présidence analogue dans les idées et dans la tête. Un combat s’annoncera donc à l’ouverture de la campagne entre deux visages du pays : entre ceux qui portent leur foi comme un symbole identitaire et ceux qui veulent se démarquer en jouant un rôle. Un vieil adage ne dit-il pas que les toiles d’araignée (les réseaux de campagne) ne sont que ce qu’elles sont : elles ne tiennent qu’à un fil…

Verbatim, ce mot gravé sur les marches de Koulouba.

Tenons- nous en à ce que disait Monsieur Jourdain de Molière : « La belle chose que de savoir quelque chose… ». Avons- nous fait belle moisson de mots depuis ? Des bruits « blancs » nous viennent du côté de la diaspora malienne. Du côté du Haut conseil des maliens de l’extérieur, on se querelle déjà sur un possible ralliement au nom d’IBK. Ibrahim Boubacar Keïta prend de la distance avec la qualité du personnel politique rallié à sa cause et comme il est beau « phraseur », il saura s’y faire. S’il n’est pas le plus « capé » parmi les candidats, ces derniers lui doivent un respect dans le rôle de devancier dans la lutte politique. On ne joue pas sur l’âge du capitaine, mais IBK joue-t- il la « der des ders » dans cette présidentielle 2012 ? Ce qui devait être dit a été dit par lui, et il innove avec « un grand contrat à la jeunesse, des mesures fortes pour l’école gratuite et obligatoire, rendre l’Etat plus crédible et sécurisé… ». L’homme n’est pas le premier des anciens du mouvement démocratique à se présenter pour cette énième course à la présidentielle. Son jeune frère, Me Mountaga Tall, le secondera. Son entrée en scène n’est pas une surprise, car elle est la première des candidatures témoins. Il est le seul à avoir fait le « « coup de feu » lors de la première présidentielle de 1992. Dès lors, il a appris par cœur une autre version du manuel du parfait résistant à un régime. Il a donc changé de posture politique à l’avènement de ATT, mais s’est toujours tenu prêt jusqu’à cette nouvelle entrée en scène pour Koulouba 2012. Me Tall vient proposer « un nouveau pacte social et culturel où la famille sera protégée ». Il se dit « prêt à gouverner ». Est-ce une faiblesse de son armure quand à ce jour encore, il n’a exercé aucune fonction dans l’administration ?

Autre poids lourd dans la balance : Soumaïla Cissé qui, depuis Djenné, « ajuste » ainsi nos compatriotes en les invitant au calme : « Il ne faut pas semer le trouble au Mali à travers une guerre ethnique ». Ce sont des paroles qui valent leur pesant d’or. Il se rend aussi à l’extérieur à Paris pour tâter le pouls de ses soutiens. Moussa Mara revient avec des idées- force. Il veut protéger nos valeurs sociétales et religieuses. Il donnera un « tour de vis » pour l’ouverture des maisons closes, et le ministère de la Culture « prendra de l’étoffe » pour gérer un éventail d’activités. Un point focal culturel sera mis en place dans les villages. Enfin, l’entrée dans l’arène des élections de celui qui était attendu. C’est une première pour lui, à coté d’une riche carrière administrative et politique parce que certains partis politiques l’ont sollicité, dit-il. Ce 17 janvier 2012, Modibo Sidibé entrait en compétition. Il vient de parcourir, un mois durant, un petit marathon à travers dans tout le pays ; ce qui a suffi pour forger sa détermination. Le candidat Modibo Sidibé vient solliciter « un contrat de confiance » avec le peuple malien, ce même peuple à qui il décerne un « label démocratique qui n’est point usurpé ». Modibo Sidibé a salué « le rôle fondamental et les leçons de démocratie » des anciens Chefs d’Etat de la troisième République, comme pour démontrer qu’il a été à bonne école. Il se posera donc en « candidat de la convergence et de la synthèse ». Pour ce faire, il saluera « l’énergie décomplexée » de la jeunesse, sa cellule de communication ayant déjà prévenu que «  la campagne sera à la limite du supportable ». L’équipée sera… à fond la caisse ! Le projet du candidat Modibo Sidibé : « Mali horizon 2030 ». Quelque part, on parle donc de continuité…

S. Koné

 

 


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