Réformes Constitutionnelles : ATT et la classe politique se sont plantés

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Dans notre dernière édition, nous avions parlé d’une nécessaire Transition sans ATT et son équipe, cette fois-ci après avoir requit les avis de spécialistes de la Constitution, votre journal déballe la violation en cours de l’ordre constitutionnel par les grands « démocrates » de l’ère ATT finissant. Il s’agit d’un projet machiavélique qui démontre la mauvaise foi de ceux-là qui nous dirigent aujourd’hui, de demeurer au pouvoir  sans qu’ils en tiennent compte des expériences d’autres régimes autour de nous qui ont mal fini par entêtements.

De nos jours, la classe politique et la société civile consciente de coup de force, apportent leur contribution pour sauver notre démocratie qui est prise en otage. Qui l’aurait cru ?

Depuis quelques mois,  la classe politique dans son écrasante majorité a adulé ATT par rapport à son projet de réformes constitutionnelles ; l’Assemblée Nationale, comme à ses habitudes, a analysé et fait passer le projet présidentiel comme une lettre à la poste.

Certains partis politiques et plusieurs organisations de la société civiles s’étaient élevés contre les dites réformes avec souvent des arguments de poids, mais n’ont pas su faire entendre dans la cacophonie des soutiens partisans et à la limite dénués de tout bon sens, car ne se fondant sur aucune analyse objective tirée de notre texte fondamental.

Mais voilà, qu’il a fallu que quelques semaines pour que les situationnistes de la réforme  déchantent.

En effet, il n’est même pas exagéré d’affirmer que Dieu a volé au secours de la vérité détenue par les pourfendeurs de la réforme en mettant de l’eau à leur moulin.

C’est l’article 118 au lieu de 56 de la Constitution de 1992 (précédemment écrit dans nos colonnes) qui est un texte d’une clarté déroutante, incontournable dans le contexte actuel qui vole à leur secours.

En effet, l’article 118 précise en son alinéa 4 : «  qu’aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire ».

Depuis le 17 janvier 2012, en effet, l’irrédentisme Touareg a fait des percées remarquables et inattendues en occupant militairement plusieurs localités du septentrion, en y faisant flotter leur drapeau AZAWADIEN, car, leur objectif proclamé  et pas encore démenti, est l’érection d’une autre République, en leur république à eux, au détriment du MALIBA, uni et indivisible.

Ces occupations militaires portent une atteinte grave et intolérable à l’intégrité territoriale de notre pays, vaste étendue s’il en faut, qui se doit d’être protégée et sécurisée par l’Armée Nationale, du Mali, dont c’est la mission régalienne.

Malheureusement, la tournure dramatique que prennent les évènements, depuis un certain temps démontrent que l’effectivité du territoire National échappe à l’autorité centrale au profit de la rébellion Touareg en tandem avec les milieux mafieux du narcotrafic et d’AQMI.

Ce constat fait de la conséquence immédiate tirée par la Constitution malienne en son article 118, contrairement à tout ce qui nous a été servi par la hagiographie officielle, est qu’aucune révision constitutionnelle n’est possible et même engagée, elle ne peut être poursuivie, donc doit s’arrêter net au risque de violer délibérément la Constitution dont la réforme est demandée, la Cour Constitutionnelle du Mali est fortement interpelée pour jouer son rôle et tout son rôle dans cette étape sensible de la vie de notre Nation.

Adjoindre aux pouvoirs publics de retirer la loi organique

D’évidence, elle a déjà donné son avis de constitutionnalité au projet de loi organique ayant servi à l’Assemblée Nationale sur les réformes constitutionnelles ; aujourd’hui, par le nouveau contexte créé, prévue à l’article 118 de la Constitution malienne, un autre avis s’impose à elle, pour élucider toute tentative  de violation de notre Loi fondamentale ; elle se doit d’enjoindre aux pouvoirs publics de retirer purement et simplement la Loi organique portant révision constitutionnelle.

Il est vrai que la Cour peut attendre l’étape de la promulgation pour être sommé par le  Premier Ministre et refuser.

Cette promulgation pour inconstitutionnalité mais en ce moment le mal aura déjà été fait à un double points de vue : – d’une part, la Constitution aura été délibérément violée aux yeux de tous ; d’autre part, de faramineuses sommes ( 8 milliards de FCFA au bas mot) auront été inutilement dépensées qui pourraient servir à doter nos forces armées de moyens matériels et logistiques et financiers pour leur permettre de récupérer héroïquement et triomphalement les bases et localités entre els mains  des ennemis. Les dispositions des articles 85, 88 et 89de la Constitution ne disent pas autre chose ?

Le Président de la république a l’obligation d’aider la Cour Constitutionnelle

Le Président de la République qui est, aux termes des dispositions de l’article 29 de notre Constitution : « gardien de la Constitution ; l’incarnation de l’unité nationale ; le garant de l’indépendance nationale ; le garant de l’Intégrité du territoire » ; a l’obligation d’aider la Cour Constitutionnelle à cette fin. Le contraire équivaudrait au Président de la république à violer son Serment prêté à l’article 37 de la même Constitution.

Ce sera une leçon à nous-mêmes et surtout aux bandits armés, qu’une Constitution ne peut être impunément violée car elle est le Ciment, le Socle et le Creuset de notre diversité et de notre identité en tant que Nation.

A bon entendeur, salut !

Bokari Dicko

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.