Rencontre hier entre les ministres chargés des élections et la classe politique : Indécision quant au choix du fichier électoral Vers la dissolution de l’actuelle CENI et sa recomposition

0

Discussions autour du Recensement administratif à vocation d’Etat-civil (RAVEC), opérationnalisation des données biométriques ou poursuite avec le fichier consensuel (FEC), nécessité de faire l’état des lieux du processus électoral interrompu par les événements du 22 mars, préoccupations à récupérer les régions nord occupées avant de parler d’élections, engagement à l’éradication de la fraude, nécessité de dissoudre l’actuelle Commission électorale nationale indépendante pour la réformer dans sa composition. Ce sont là les préoccupations majeures exprimées par les représentants des partis politiques lors de la rencontre qu’ils ont eue  hier lundi 3 septembre, au Gouvernorat du district,  avec les ministres de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Colonel Moussa Sinko Coulibaly et son collègue délégué chargé de la décentralisation, Me Demba Traoré.

Colonel Moussa Sinko Coulibaly– Demba Traoré (photo indépendant)

Dans son mot introductif, le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Colonel Moussa Sinko Coulibaly a insisté sur “trois certitudes” : les élections ne se tiendront pas en cette année 2012, les Maliens souhaitent des élections dans les meilleurs délais; il n’y aura pas d’élections bâclées. Il a mis un accent sur le retour de l’Administration dans les régions occupées. Ce qui constitue un impératif pour un bon déroulement du processus électoral. Pour le ministre Coulibaly, “il ne faut pas céder à la précipitation. Il ne faut pas céder à la facilité. Il faut attaquer le mal malien à la racine avec Gao, Tombouctou et Kidal occupés”, a-t-il déclaré pour parler du problème du nord et de la crise institutionnelle.

Et le ministre Moussa Sinko Coulibaly d’indiquer qu’«il ne s’agit  pas de faire des élections juste pour les faire. Pour sombrer ensuite dans une crise plus grave encore que celle-ci. Certains ont pensé que le plus difficile est déjà fait. Mais, moi je dis que le plus difficile est à venir. Si nous ne prenons garde, le pire est à venir. Nous devons rester soudés, mobilisés dans une union sacrée pour sortir le pays définitivement de la crise“. Le colonel Moussa Sinko Coulibaly a, en outre, expliqué que le fichier existant est le fichier électoral consensuel (FEC) avec quelques données biométriques. Il ne peut pas promettre aujourd’hui que les élections  prévues pour 2013 seront organisées avec un fichier biométrique, c’est-à-dire, le fichier électoral tiré du RAVEC, dans la mesure où les Maliens de Côte d’Ivoire n’ont pas été recensés. Il a parlé des impératifs d’appuis techniques et financiers pour arriver à un meilleur dispositif électoral avec la préoccupation prioritaire de recouvrer l’intégrité territoriale du pays.

Pour sa part, le nouveau ministre délégué chargé de la décentralisation, Me Demba Traoré, dira que seule l’union des cœurs et des esprits permettra de sortir le Mali de la crise qu’il traverse actuellement. “Je sais que la classe politique malienne mesure les dangers qui pèsent sur notre pays, si  nous n’arrivons pas à nous unir autour de la sauvegarde de l’intégrité du territoire et de l’organisation d’élections acceptables pour tous “, a-t-il souligné.

Le chef du projet RAVEC, Moriba Sinayogo et le chef du centre de traitement des données, Abdoul Sy, ont ensuite présenté par power point, les grandes lignes de leurs documents respectifs relatifs à l’établissement du fichier électoral. Il ressort de ces exposés que le nombre total d’électeurs potentiels est de 7 152 004. Ceux qui ont des données biométriques sont au nombre de 6 800 000. Les sans données biométriques sont de 352 004. Les contraintes de mise en œuvre du fichier électoral biométrique sont l’occupation des régions de Tombouctou, Gao, Kidal et une partie de la région de Mopti ; sans oublier le cas des populations déplacées et le non recensement des Maliens résidants en Côte d’Ivoire et des populations de quelques villages.

Dans les débats, plusieurs représentants des partis politiques ont exprimé des inquiétudes quant à la situation de partition du pays, de non disponibilité de fichier électoral biométrique à ce jour, d’absence de chronogramme pour le processus électoral, de fraudes électorales.

Pour le ministre Moussa Sinko Coulibaly, le projet RAVEC doit être continué, modernisé et achevé. Avec ou sans la collecte complète des données biométriques, le projet RAVEC n’ayant pas pour seule application le fichier électoral. Aujourd’hui, le fichier disponible, a-t-il précisé, c’est le fichier consensuel par rapport auquel il faut améliorer le plateau technique (avec le partenaire SAGEM).

Par rapport au chronogramme du processus électoral, le ministre a indiqué qu’il dépend de plusieurs facteurs dont le retour de l’administration dans les régions occupées, l’enrôlement des Maliens de Côte d’Ivoire. Moussa Sinko Coulibaly a aussi ajouté que le Mali ne doit pas craindre d’amorcer des réformes par rapport à son système électoral, par exemple la loi électorale,  si elles doivent favoriser la tenue d’élections acceptables pour tous. Il  s’est interrogé sur la pertinence de la prochaine révision des listes électorales dans le contexte d’un pays privé des 2/3 de son territoire.

Plusieurs acteurs politiques ont soulevé la nécessité de dissoudre l’actuelle CENI en vue de la réorganiser. Pour des intervenants comme Amadou Koïta de l’UMAM, l’actuelle CENI est dirigée par un cadre du HCIM, dont la neutralité vis-à-vis des bords politiques est aujourd’hui contestable. Boubacar Diallo de la CD, a aussi plaidé pour la dissolution de la CENI en vue de la recomposer en intégrant l’opposition. Djibril Tangara de la FCD a exprimé sa peur face au ton alarmiste du ministre. Pour Yéah Samaké, la tenue dans un délai raisonnable des élections demeure une priorité à ne pas négliger par rapport à la question du Nord.

Bruno D SEGBEDJI

PARTAGER