RENTREE PARLEMENTAIRE 2006 : Les dessous du complot anti-RPM de 2005 enfin révélés

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Le parlement malien est-il devenu une assemblée des djinns sorciers pour paraphraser Massa Makan DIABATE ? En tout cas, l’honorable Mamourou BOUARE a déballé une partie de la combine qui avait été nouée en 2005 pour exclure le RPM du bureau parlementaire et le précipiter dans l’opposition. C’était hier à la faveur de la mise en place du nouveau bureau parlementaire qui a l’air du déjà vu : on prend les mêmes et on recommence. Les députés sont-ils des élus nationaux ou sont-ils à Bagadadji pour les intérêts personnels ? Les honorables y répondent eux-mêmes.

Acte I : Le président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar KEITA, s’installe au perchoir à 10h25. Il annonce l’ordre du jour avec un seul point inscrit au vote des députés : l’élection des membres du bureau de l’Assemblée nationale au titre de l’exercice 2006-2007. Aussi, autorise-t-il le secrétaire assis à sa gauche à lire l’article 12 du Règlement intérieur de l’auguste institution en ce qui concerne le renouvellement du bureau après concertation entre les présidents des groupes parlementaires.

Le boycott tisserand

Acte II : Le président du groupe parlementaire RPM/RDT, Baconi BALLO, demande une motion qu’il obtient. Il vient au micro pour lire une déclaration au nom de son groupe dont la teneur suit : « Hélas ! hélas ! hélas ! Honorable Président.
Sitôt votre discours d’apaisement prononcé, sitôt les démons dont vous aviez souhaité la déroute, ont repris de plus belle. Oui, chers collègues, le Président a souhaité lundi que nous nous détournons des démons de la division, de la désunion – Hélas !

Aucunement consultés, comme c’était malgré les désaccords, le cas jusqu’ici, cette fois – ci, nous n’avons été conviés qu’à venir entendre ce qui avait été convenu sans nous, totalement en dehors de nous.
Vous avez eu raison, Monsieur le Président de dire que « les fonds sophistiqués à souhait, ont fondu au soleil de la vérité ».

Oui, chers collègues, aucun souci d’entente à retrouver, de concorde malgré tout, en envisageant que l’essentiel, n’a présidé au choix dont on vous fera part dans quelques instants. Ainsi le nouveau, plutôt l’ancien bureau sera purement et simplement reconduit, au mépris de toutes les règles démocratiques.
Encore une fois, notre Groupe voudrait ici rappeler avec force, le propos de notre regretté Président de Groupe Feu Kadari BAMBA en disant notre décision de ne nous associer d’aucune façon à ce qui va se dérouler ici ce matin. Chacun appréciera et qualifiera selon son inclination.
En ce qui nous concerne, nous nous en remettons au seul jugement qui vaille, celui de notre Peuple et de l’Histoire.
Vive le Mali éternel ! Vive la démocratie ! Chers collègues du Groupe RPM – RDT, je vous invite à quitter l’hémicycle. Merci ».

Acte III : Le doyen des présidents de groupes parlementaires, l’honorable Abdoul BAH, réplique à l’accusation portée contre lui par Baconi BALLO à travers cette déclaration. «J’accepte le reproche qui m’a été fait de n’avoir pas pris contact avec le président du groupe RPM/RDT, car je le regrette profondément. Mais ma démarche a obéi à une logique simple : le constat étant qu’aucun changement n’a eu lieu au sujet de la composition du nouveau bureau par rapport à l’année dernière, on ne pouvait rien faire de plus avec le groupe RPM/RDT », s’est-il défendu en substance.
Légalité violée

Acte IV : L’honorable Mamourou BOUARE, ancien 1er questeur, demande à son tour une motion qu’il obtient. Il rappelle les péripéties de la requête introduite par une dizaine de députés auprès de la cour suprême sur le respect de la légalité après la mise en place du bureau parlementaire ayant exclu le RPM qui compte dans ses rangs le plus grand nombre de députés. Car, il avait été interpellé sur le sujet en plein marché par un citoyen (cousin à plaisanterie) qui l’a même qualifié de «déshonorable » député pour montrer son dépit après ce qui s’était passé à Bagadadji. Cela, parce que sa lettre adressée au président de l’Assemblée nationale est restée sans suite pour engager les débats sur les modifications à apporter au Règlement intérieur pour éviter les violations et les controverses comme celles de l’année 2005. «Même l’opposition parlementaire a un droit », confesse l’honorable BOUARE.

Acte V : C’est la succession des députés au micro pour rabattre le caquet à Mamourou BOUARE ou lui porter la contradiction sur ses « contrevérités ». Le premier à dégainer, c’est l’honorable Assarid Ag IMBACAOUANE. «En 2005, une coalition a été formée pour vous permettre de conserver votre poste de 1er questeur. Pourquoi est-ce que vous n’avez pas crié à la violation de la loi pour saisir la cour suprême ? C’est parce que, comme vous le savez, la politique est un jeu d’intérêts. Peut-être vous n’y trouvez plus votre compte personnel aujourd’hui, c’est pourquoi vous vous comportez ainsi », a-t-il dénoncé en substance.

Me Mountaga TALL, 1er vice-président de l’Assemblée nationale, réagit en indiquant qu’il n’y avait pas eu de blocage ni d’obstruction au sujet de la démarche enclenchée par M. BOUARE. Une réponse «écrite » était donnée en bonne et due forme à sa lettre pour lui apporter les éclairages nécessaires sur la question relative au respect ou non du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale après la constitution du bureau parlementaire en 2005 sans le RPM qui compte le plus grand nombre de députés à l’hémicycle. Mais il refuse de commenter l’arrêt de la cour suprême que Me Kassoum TAPO juge conforme à l’interprétation du Règlement intérieur par les députés : il ne faut pas confondre nombre et majorité. La démocratie étant la règle de la majorité, c’est sur cette base que le bureau de 2005 comme celui de 2006 sont installés.

Cabale anti RPM

Mamourou BOURE revient à la charge à peu près en ces termes : «J’ai envoyé deux lettres sans suite. Je n’ai aucune trace des réponses dans le circuit administratif de l’Assemblée nationale. La preuve, c’est que le débat décidé par la réunion des présidents n’a pas eu lieu pour réviser et adapter notre Règlement intérieur au contexte nouveau qui est le nôtre à l’Assemblée nationale. En ce qui concerne la coalition, elle n’était pas formée pour Mamourou BOUARE. Et pour cause : aujourd’hui, on est devant le résultat que l’on cherchait (à savoir l’exclusion du RPM pour le pousser à l’opposition parlementaire). Sinon, ce n’est pas moi qui ai initié cette coalition. Ceux qui l’ont initié se connaissent. Je préfère m’en arrêter-là, car comme le disent les Bambaras : m’b’a bè don, k’a bè fo, i b’a bè cèn ». Est-ce l’exorcisme que l’on appelle en milieu bambara : «K’a foronto » ?

En tous les cas, le nouvel ancien bureau parlementaire a été installé hier sans compter en son sein un seul membre du groupe RPM/RDT, l’équipe de 2005 ayant été reconduite cette année à l’identique par la voie de la liste bloquée. Les députés du groupe parlementaire RPM/RDT ayant quitté la salle pour ne pas participer au vote. Les résultats sont les suivants : 102 voix pour la liste bloquée, 3 abstentions et zéro voix contre.

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD

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